Plus qu'une histoire, l'auteur nous offre matière à réfléchir en opposant deux visions des choses. D'un côté, nous avons la narratrice, Kwei-Lan, élevée dans la cour des femmes, dont elle n'est jamais sortie depuis sa naissance, par sa mère en vue de se marier et de donner un fils à son mari et à sa belle-famille à laquelle elle appartiendra désormais. Toute en retenue et en pudeur, elle accepte son sort sans jamais se rebeller. Malheureusement, celui à qui on l'a mariée a étudié en Europe et en est revenu avec des idées nouvelles, en opposition avec les anciennes coutumes. Il lui fait clairement comprendre que lui non plus n'a pas eu son mot à dire pour ce mariage et qu'il l'a accepté de mauvais gré. Elle va donc tout faire pour le conquérir et honorer ses ancêtres. Je l'ai trouvée très touchante dans ses tentatives désespérées pour plaire à son mari. Elle va tout tenter pour que cela fonctionne et petit à petit, va faire des compromis qui ouvriront le cœur de son bien-aimé. On la voit évoluer. Elle va apprendre à composer, garder le meilleur de la civilisation chinoise comme le culte des Anciens, le respect des parents et s'ouvrir à la modernité en quittant le toit de ses beaux-parents pour suivre son mari dans leur maison occidentale, en débandant ses pieds ou bien encore en gardant son fils près d'elle.
A côté de cela, une deuxième histoire se fait jour : celle de son frère. Tout comme son mari, il est parti étudier à l'étranger mais lui revient avec une femme étrangère. Nous assistons alors à un conflit ouvert entre le frère de Kwei-Lan et ses parents, notamment sa mère.
Cette lecture m'a interrogée : doit-on systématiquement rejeter les traditions au profit de la modernité ? Plus que cela, elle montre le conflit entre les parents et les enfants, entre l'ancienne et la jeune génération. Finalement, les enfants vont s'affranchir des usages ancestraux pour grandir, devenir adultes. Ils prennent leur indépendance, suivent leur propre chemin. C'est une métaphore de la vie. C'est donc un livre qui parlera à tout le monde. C'est aussi un appel à l'ouverture, qui nous montre que tout ce qui vient de l'étranger n'est pas mauvais, un choc des cultures pour les uns (les parents) et une assimilation pour les autres (le frère et le mari). le regard de la narratrice nous aide à voir tout cela et l'écriture de
Pearl Buck le met magnifiquement en forme. Elle ne prend jamais parti, nous relate les faits à travers la voix de Kwei-Lan, soulève des questions mais ne donne pas de réponses tranchées. A chacun de se faire sa propre opinion.
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