Dans l'Amérique triomphante des années soixante, la jeunesse est belle et saine. Saine ? Pas si sûr. Car une maladie étrange frappe depuis quelques temps les adolescents et eux seuls. On l'a surnommé "la crève". Les symptômes ne s... > voir plus
Au bout d’un moment, j’ai enfin été saoule, et puis, plus que saoule, je flottais, sans plus de lien avec rien. Après ça, je ne me rappelle plus grand-chose. Seulement des bribes. Tomber dans un terrain vague, vouloir aller nager. Retirer mes chaussures. La morsure de l’eau salée sur ma coupure au pied. Errer, chercher quelque chose… Regarder dans les flaques laissées par la marée. Voir des choses. Des choses qui tournent. Voir double, voir triple. Devenir grise, avancer vers une énorme noirceur. Une noirceur qui grandissait devant moi et finissait par me remplir.
Ils étaient dans la chambre de John, à regarder la télé avec toutes les lumières éteintes… Sauf qu’ils ne la regardaient pas vraiment : ils l’avaient réglée entre deux chaînes et tout ce qu’on voyait, c’était de la neige. Ils étaient en train de s’imaginer qu’ils faisaient partie d’une tribu sauvage, ou un truc comme ça… La télé, c’était leur feu de camp.
C’était le pied où je m’étais coupée… La peau pendait, détachée, comme sur mon dos. J’en avais assez. Je voulais sortir. J’ai tout arraché. Ca n’a pas fait mal. Tout est venu d’un seul bloc.
J’étais resté trop longtemps assis dans le noir… Quand je suis entré dans la salle de bains, tout a changé de nouveau. C’était la lumière. Sous cette dure lumière jaune, rien n’allait.
Tout à coup, son corps a été secoué de tremblements et il a émis un son qui ressemblait à un aboiement. Il m’a fallu un moment pour comprendre qu’il riait.
TOXIC de Charles Burns - Éditions Cornélius - novembre 2010 Mediapart Extrait de Mediapart le 15 novembre 2010. TOXIC de Charles Burns édité par les Éditions Cornélius le 21 octobre 2010. Explorant dans ce dyptique sa fascination pour Hergé et William Burroughs, Charles Burns, pour sa première bande dessinée en couleurs, réussit un objet obscur et limpide à la fois, perdant le lecteur dans les méandres d'un univers instable et fascinant éclairé par la rigueur graphique qu'on avait pu apprécier dans Black Hole. Avec TOXIC, Burns signe un manifeste punk et poétique, un rêve sombre et captivant.