«
L'île des valeureux & autres nouvelles » est un recueil collectif de nouvelles. Il comprend 22 nouvelles de 7 auteurs différents :
Barbara Busquet,
Pierre-Olivier Caussarieu, Armandine Chasle,
Cyrille Cléran, Arnaud Génois, Nicolas Maier, Michèle Souchet-Gavel. Cette lecture a été rendue possible par le partenariat de Vincent Beghin du blog Les Agents Littéraires et les Editions de la rue nantaise.
Encore ce format cahier d'écolier que j'affectionne. Je suis sur la plage, ciel couvert mais température estivale. Cette fois-ci, le livre est ouvert par hasard.
Tout d'abord, je commence par « Voilà la maison que j'ai trouvé pour toi » de Michèle Souchet-Gavel. Triste mais j'ai adoré ! A peine une page et demie, une vraie courte nouvelle, qui exprime en si peu de mots tant de sentiments. J'ai été scotchée par la justesse des termes et par la véracité des perceptions. Dans cette nouvelle, la vieillesse est vécue de l'intérieur, quitter la maison pour le home. « Son corps s'était tassé de plus en plus lourdement dans le creux de son lit, ce corps si gourd maintenant et qui lui obéissait chaque jour un peu moins. Une tasse qui vous échappe…le café qui tache la nappe et qu'on peine à essuyer…ces marches de semaines en semaines plus hautes…l'univers qui peu à peu se rétrécit. de la chambre à la cuisine, de la cuisine au lit…la chanson de Brel qu'elle avait si souvent fredonnée, voilà qu'elle l'assaillait et lui renvoyait une réalité qui deviendrait, qui devenait la sienne. » J'adore ce mot « gourd », il exprime si bien la sensation ressentie par la vieille dame.
Ensuite, j'ai eu envie d'en lire une autre du même auteur : « Momo » est arrivé ! Une page et deux lignes…Phrases courtes, mitraillées, brutes. « On », c'est qui « on », c'est toi, c'est moi, c'est tout le monde…c'est personne. Momo, c'est qui ? C'est personne. C'est tout le monde. « Alors, on passe à côté de Momo et on lui donne un petit quelque chose, mine de rien. On est comme ça dans le quartier, on n'est pas curieux mais on a le cœur sous la main. »
Encore une autre : « Trio infernal » Trois meilleures amies se retrouvent. Amitié vieille de 15 ans. Un hasard ? Tous les sentiments de l'adolescence affleurent à la surface, crèvent la platitude de la vie des adultes devenues. Cela laisse un goût amer en bouche.
« Lettre à une ombre » suivie de « Rendez-vous » encore du même auteur. Ultra courtes. Une touche d'humour comme une pointe de pastel pour illuminer la grisaille de la réalité.
Bon, à qui le tour ?
Cyrille Cléran, une pointe de machisme dans tous ces sentiments. Je commence « le poids des lustres ». « Je regardais la mer, assis dans mon fauteuil lorsque ma seconde épouse m'a hélé. [...] Tu peux m'apporter mes lunettes, s'il te plaît, j'ai dû les laisser quelque part sur mon bureau. Ou près de la porte de la salle de bain [...] Tu peux aller me chercher mon papier à lettres ? Il est dans la bibliothèque, dans le tiroir où je range mes cigares. [...] Elles ne sont pas dans ton tiroir ! entendis-je. Alors c'est qu'elles sont sur la table de la chambre et pendant que tu y es, sers-moi une limonade s'il te plaît, s'il en reste ! » Hum… celui-là alors…puis au fur et à mesure de la lecture, la dure réalité de la vie revient vers vous comme un boomerang.
« C'est ainsi que la terre prit la forme d'une banane » termine « Avant la terre » également de
Cyrille Cléran. Bon sang ne saurait mentir, me dis-je en souriant. Moi aussi, j'ai la banane !
Je ne vais pas passer en revue toutes les nouvelles. Je vous laisse le soin de les découvrir.
La couverture est d'un beau bleu lumineux avec un dessin reprenant plusieurs des thèmes de ces nouvelles. le bateau de l'Ile des valeureux d'Arnaud Gênois qui a donné son nom au recueil, avec l'enfant et « L'arbre creux » de Michelle Souchet-Gavel, la libellule de
Pierre-Olivier Caussarieu et le meuble aux poignées d'or et la banane de
Cyrille Cléran.
Véritable coup de cœur pour ce recueil. Je ne vais pas prétendre que j'ai tout aimé. L'existentialisme des libellules m'a laissée un peu froide mais rien ne m'empêche de reprendre ce petit livre plus tard et de reconsidérer la question.