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Michel Leiris (Auteur de la postface, du colophon, etc.)
ISBN : 2707303127
Éditeur : Editions de Minuit (1980)

Note moyenne : 3.59/5 (sur 263 notes)
Résumé :
Lors d'un aller Paris-Rome en train, un passager remet en question son existence, ses choix, avant de se résigner à la médiocrité. Léon Delmont, 45 ans, est un homme qui a réussi. Pourtant, il étouffe auprès d'une épouse acariâtre et de quatre enfants qui sont pour lui des étrangers. Tandis qu'il se rend à Rome, comme chaque mois, il repense à sa maîtresse, la belle romaine, Cécile, qu'il a l... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
Nastasia-B17 avril 2014
  • Livres 3.00/5
Voici l'un des fleurons du mouvement littéraire plutôt francophone d'après guerre qu'on nomme (un peu pompeusement) le Nouveau Roman. Indépendamment de toute notion d'appartenance à telle ou telle école romanesque, à son contexte de publication, toutes choses propres à nous emmener trop loin sur des chemins de traverse, je vais m'efforcer d'émettre un avis actuel et ciblé pour le lecteur d'aujourd'hui désireux de découvrir cette oeuvre.
La Modification est un petit roman que je qualifierais de lent, peu captivant mais extrêmement bien construit. Lent et peu captivant car il est presque une allégorie de la lenteur du temps qui passe et du travail de sape que ce temps peut créer.
Un voyage en train, tel qu'on peut se l'imaginer dans l'Europe des années 1950, déroulant sa lenteur et sa pénibilité. Un homme entre deux âges, vous en l'occurrence (c'est ici que siège LA grande trouvaille formelle de Michel Butor qui ne passe pas inaperçue), dans une situation bancale entre une épouse et une maîtresse, entre Paris et Rome, entre la raison grise et le grain de folie coloré, vous en qui va s'opérer une modification au cours de ce long et fastidieux voyage en train (je vous laisse découvrir laquelle).
C'est là toute la prouesse de Michel Butor, faire le portrait de l'oeuvre du temps, nécessairement lent et par touches. L'action, inexistante puisque vous êtes assis dans un train à compartiment ancienne école, est remplacée avec maestria par un étonnant voyage dans le temps : présent, futur, passé(s). Les amateurs de Mario Vargas Llosa apprécieront l'illustre instigateur du roman à plusieurs temps.
En résumé, j'admire donc la technique formelle de ce roman, réglée comme un aiguillage SNCF mais je ne peux toutefois pas dire que j'ai particulièrement palpité en lisant cette modification, mais, bien sûr, ce n'est là que mon avis auquel on pourrait apporter de nombreuses modifications, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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DanD
DanD11 septembre 2016
  • Livres 4.00/5
J'ai appris sa mort par la television et je me suis dit que son oeuvre valait surement une lecturequiem. J'ai opte pour le livre le plus facile a trouver, qu'on dit etre son – ou un de ses - chef-d'oeuvre. De prime abord il m'a decontenance avec son vouvoiement que j'ai pris pour un gimmick, le genre de petite astuce qui ne laisse presager rien de serieux. L'accumulation de details a commence a me fatiguer et je me suis demande si je n'allais pas abandonner cette lecture. Puis je me suis fait prendre aux vas-et-viens de l'histoire, aux balancements saccades du roman, et j'etais dans le train, tout le voyage de Paris a Rome, en troisieme classe. Avec en tete beaucoup d'autres allers et retours, de Paris a Rome, deRome a Paris. Avec ce petit bourgeois a la quarantaine triste qui est mis en scene par Michel Butor dans La Modification.
Mise en scene est un mot cle de mon impression de lecture. Tout se passe dans un train, et c'est comme si dix cameras differentes etaient braquees a l'interieur, nous donnant tous les details des couloirs, des compartiments, des sieges, des fenetres, et bien sur des voyageurs, leurs habits, leurs attitudes, leurs mouvements. Tous ces personnages secondaires parlent, mais le lecteur ne les entend pas. Leurs portraits (j'allais dire leur image), leurs gestes, sont tres nets, mais leurs raisons de se remuer et d'agir, leurs possibles destinations et destinees ne nous parviennent qu'a travers le philtre du personnage principal, qui s'imagine et invente leur passé, leur futur immediat, leurs possibles vies. Eux aussi ne sont que le décor ou se deroule le drame interieur de ce personage: un quarantenaire parisien, directeur de la succursale francaise d'une firme italienne, faisant donc des sauts periodiques a Rome, ou il a une amante. Il a decide de rompre avec sa terne vie, c.a.d. avec sa femme qui le meprise (c'est du moins ce qu'il comprend ou s'imagine), ses enfants qu'il ne comprend pas et qui ne le comprennent pas mieux; d'abandonner les facilites falotes de sa grise routine, de ramener son amante a Paris pour vivre avec elle une nouvelle jeunesse. Il prend donc – cette fois ci en maquillant son voyage, en se cachant de ses employeurs – le train de Rome pour la surprendre et lui annoncer sa decision. Mais voila, le trajet est long.
Pendant ce long trajet vont lui passer par la tete des details, decousus, de ses rencontres avec son amante, de ses deambulations a Rome, de son travail a Paris, de ses habitudes familiales, de ses rapports avec sa femme, melant passé present et futur. Et c'est en ressassant ses souvenirs et sa decision qu'il arrive, en fin de voyage, a la modifier. Je ne devoile rien qui ne soit dans le titre, et si je devoile cela n'a aucune importance. L'interet du livre de Butor, sa grandeur, n'est pas dans le suspense mais dans la reproduction, a l'infinitesimale, du processus mental qui amene la modification.

Je sais bien que ce livre est apparente au "Nouveau Roman". Par contre je ne sais pas tres bien ce qu'a ete, ou ce qu'a voulu faire ce "nouveau roman", si ce n'est abandonner, detruire ou deconstruire tout ce qui a trait a l'intrigue ou au personnage. Mais ici il y a bien une sorte d'intrigue, il y a bien une action –pas seulement mentale – qui se deroule en un espace-temps determine, il y a bien un personnage, auquel on peut s'attacher bien qu'il soit falot; avec lequel on peut meme arriver a s'identifier (nous ne sommes pas tous des hommes et des femmes forts et surs de nous, et nous avons tous passé, ou nous passerons tous, une sorte de crise de la quarantaine), meme si on ne se sent pas directement concernes par le "vous" qu'emploie Butor en decrivant son personnage. Si le "nouveau roman" a voulu se differencier des classiques, si La Modification s'est voulu de cette ecole, le temps, espiegle et inattendu comme toujours, leur a fait un beau pied de nez. Ce livre est aujourd'hui un classique. Un classique par son ecriture, un classique par son personnage. Et comme tous les classiques, a lire et a relire.
Ce que j'ai fait. Ce que j'invite d'autres a faire. Cette lecture sera un voyage, depaysant et merveilleux.
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michfred
michfred21 février 2015
  • Livres 4.00/5
Vous prenez ce livre, et vous l'ouvrez, vous vous installez confortablement, et vous laissez s'égrener les heures. C'est long, vous le savez, d'ici à Rome, vous l'avez fait souvent, ce trajet, inutile de le nier. On vous a reconnu!!
D'ici l'arrivée en gare de Rome Termini, vous avez le temps de changer d'avis dix fois...
Notez que malgré tout ce qu'on vous a dit sur le nouveau roman, qu'il était fastidieux, snob et rasoir, c'est l'occasion de vérifier: les jolis boogies vous font bouger, ce sont des jolis boogies gais, chantonnerait Souchon. Je déraille, erreur d'aiguillage...Laissons -nous porter..ou plutôt laissez-vous, n'oubliez pas la deuxième personne, la deuxième personne avant toute chose et pour cela préfère l'impair...d'ailleurs si avez oublié le vôtre, d'imper: ce n'est pas grave, il fait si beau à Rome...
Bref, si vous lisez ce livre, et si vous changez d'avis en cours de route, c'est que le charme a opéré. Un nouveau roman a fait votre conquête. Vous voyez que ce n'était pas si dur que cela, pas si Butor, votre Michel: il a opéré une sérieuse modification en vous, non? Je m'é-gare? Bon, bon, revenez à vos moutons...
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koukich
koukich18 novembre 2013
  • Livres 5.00/5
Quel livre! dans mes trois préférés. le temps a passé; je l'ai relu; et il est resté dans mes préférés. Disons que je l'ai relu en diagonale cette fois!. J'ai sauté tous les passages descriptifs dans le train! (c'est pas bien, mais bon...) je me suis attachée uniquement aux considérations du narrateurs sur sa vie privée. La lâcheté de ce pauvre homme bourgeois n'est pas navrante car c'est la nôtre. C'est la lâcheté ordinaire. le sujet importe peu d'ailleurs. En l'espèce il concerne la vie privée du narrateur qui croit pouvoir choisir entre son épouse Henriette et Cécile, sa jeune maîtresse. L'auteur aurait pu, tout aussi bien, illustrer son propos, sur la lâcheté (à supposer que la lâcheté soit le thème central!), en décrivant le manque de volonté du narrateur face à son désir de changer de boulot par exemple, ou face à son désir d'affronter tel obstacle psychologique insurmontable du genre: envoyer chier une bonne fois son patron, sa belle-mère, ses parents ou que sais-je, tout en supposant que l'acte de bravoure aura des conséquences irréparables sur la vie du narrateur..
Bon!. le sujet, donc, importe peu. Et c'est ce qui fait dire à certains qu'il ne se passe rien dans ce roman. C'est normal!! :-) C'est pas un roman fait pour raconter une histoire dont on a strictement que faire. Car, en fait d'histoire, on s'accordera pour dire (je pense ?) qu'on en a vite fait le tour. L'histoire se résume très vite. C'est donc que le livre de Michel Butor a une toute autre ambition que de nous raconter les atermoiements d'un Monsieur, certainement très fréquentable et bien sous tous rapports, face à un tournant dans sa vie, à l'âge où les hommes de cette espèce ont ce genre de préoccupation qui passe aussi vite que l'acné chez leurs ados.
Bref. Changer de vie; l'aventure etc... on se doute, pratiquement dès le début du bouquin, que le narrateur n'est pas très doué pour la sincérité !! (avec lui-même, plus qu'avec ses bonnes femmes... ); on se doute qu'à l'issue de ses délibérations intérieures, c'est l'inaction qui l'emportera!
La modification, c'est donc la narration d'une modification. Ce que Michel Butor décrit à merveille, c'est, en effet, l'évolution de la pensée du narrateur face à sa supposée "décision" de changer de vie avec Cécile, évolution dont on mesure la lenteur grâce au voyage dans le train entre Paris et Rome.
Au fil de cette narration, on passe donc d'une décision (changer de vie avec Cécile) à un renoncement (rester avec Henriette). Et les réflexions et prises de décisions successives du narrateurs sont étayées par ses évocations du passé qui sont là comme pour les justifier. le narrateur cherche des excuses pratiquement tout le long de son voyage; parce qu'au fond, il a pris sa décision, dès son départ de Paris! Disons que sa décision de maintenir le statut quo n'a jamais varié, mais que le narrateur a dû prendre le train, en dehors de ses trajets professionnels habituels entre Paris et Rome, et se faire suffisamment peur sur les conséquences de sa décision, pour s'avouer, finalement, qu'il n'a jamais eu l'intention de quitter Henriette! Ce livre est un délice!
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Khovarn
Khovarn21 septembre 2014
  • Livres 3.00/5
Il me semble important de découvrir avant toute chose que je ne suis pas un grand amateur du Nouveau Roman, qui me semble toujours aussi fade et aussi vain que ces adolescents et ces stars actuelles qui cherchent avant toute chose l'originalité, qui sautent sur tous les sentiers non encore battus juste pour le plaisir de ne pas être comme les autres, sans savoir où cela va les mener.
Peu des propositions, des "nouveautés" du Nouveau Roman m'ont séduit jusqu'aujourd'hui, mais j'avoue que l'idée de la Modification m'avait quelque peu rendu curieux, c'est pourquoi je l'ai emprunté en pensant le lire en un soir - c'est un petit ouvrage - pour m'initier à Michel Butor. Je mis presque une semaine, tant l'enthousiasme me manquait au fil de la lecture. Assez parlé de moi, entrons dans le roman.
Qu'est ce qui gêne dans le style de Butor ? Si l'idée originale est plutôt plaisante - le narrateur raconte le roman à la seconde personne du pluriel, un "vous" qui donne plus que jamais l'impression d'être le héros du roman, certaines caractéristiques du discours de l'auteur vont contre ce parti pris et gênent la lecture : l'esthétique très nouveau roman, avec une intrigue totalement décousue - l'action est censée se dérouler en vingt heures dans un train mais se nourrit de souvenirs et prospectives diverses -, des phrases de vingt kilomètres de long sur lesquelles Proust se serait essoufflé, gonflée de descriptions sans fin que seuls des habitués de Paris et de Rome pourront apprécier, et un personnage qui échappe tout à fait au "vous" par lequel on s'y réfère, puisqu'il a un nom, un âge, que ses sensations et ses pensées ne sauraient adhérer à la plupart des lecteurs et qu'il semble être plus un étranger peu recommandable, peu appréciable, qu'autre chose. Dieu que cette phrase était longue elle aussi.
Cette densité syntaxique et culturelle, aussi lourde à digérer que l'intrigue condensée dans ces vingt heures de trains pluvieuses est mise "au service" d'une histoire d'adultère qui ne choque personne, n'engage personne et finit par se désagréger sans qu'aucun des personnages n'ait réellement eu un rôle à jouer, n'ait réellement agi. La lourdeur du personnage, ses sensations émoussées par l'âge, c'est aussi pour moi la lourdeur de ce roman, de ce style que j'ai peu apprécié alors que j'ai longtemps goûté celui de Proust et me suis rompu à celui de Duras, et qui ne donne pas envie d'essayer l'Emploi du Temps, autre ouvrage clef de l'oeuvre de Butor. Pour finir sur une meilleure note, il me faut avouer que, tout de même, même si cela m'a paru ennuyant, faire un roman sur le voyage d'un homme seul dans un train et axer toute l'action de la pièce sur ses pensées et sa réflexion au propos de son adultère, faire de cette histoire l'un des fers de lance du Nouveau Roman, cela force un certain respect.
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Citations & extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
AlainDAlainD12 novembre 2015
Dans le lampadaire au plafond la petite ampoule bleue veillait. Il faisait chaud et lourd, vous aviez de la peine à respirer ; les deux autres occupants dormaient toujours, balançant leurs têtes à droite et à gauche comme des fruits agités par un grand vent, puis l’un d’eux s’est éveillé, un homme épais qui s’est levé, qui s’est avancé vers la porte en titubant.
Comme vous vous efforciez de chasser de votre esprit ce visage de Cécile qui vous poursuivait, ce sont les images de votre famille parisienne qui sont venues vous tourmenter, et vous avez tenté de les chasser aussi, retombant sur celles de votre travail sans parvenir échapper à ce triangle.
Il aurait fallu que la lumière fût revenue, que vous fussiez capable de lire ou même seulement de regarder avec attention quelque chose, mais il y avait encore cette femme dans l’ombre dont vous ignoriez les yeux et les traits, la couleur des cheveux et du costume, que vous aviez peut-être vue entrer la veille au soir mais que vous aviez oubliée, cette forme confuse recroquevillée dans le coin près de la fenêtre face à la marche, protégée derrière l’accoudoir qu’elle avait baissé, dont vous entendiez la respiration régulière un peu rauque et que vous n’osiez pas troubler.
Par la porte restée à demi-ouverte, un pan de clarté jaunâtre entrait, tout habité par l’agitation des poussières, détachant de la nuit votre genou droit, dessinant sur le sol un trapèze qu’a écorné l’ombre du gros homme revenant, qui s’est adossé au panneau coulissant, dont la jambe droite, la manche droite, le bord défraîchi de la chemise, le bouton d’ivoire de la manchette, et la main qui s’est enfoncée dans sa poche pour en tirer non pas un paquet de gauloises mais de Nazionali vous sont devenus visibles ; puis comme vous suiviez les écheveaux de fumée qui s’élevaient, qui se tordaient, qui tentaient des incursions dans le compartiment, s’étalaient enfin, une secousse plus brutale vous a averti que vous étiez arrivé à Dijon.
Dans le silence ponctué de quelques grincements, quelques roulements isolés, la femme qui s’était réveillée a détaché les boutons du rideau auprès d’elle et l’a remonté de quelques centimètres, laissant apparaître, parce qu’il faisait déjà un peu moins sombre dehors, une mince bande grise qui peu à peu, comme le train s’était remis en marche, s’est élargie, s’est éclaircie sans qu’eussent paru les couleurs de l’aurore.
Bientôt la fenêtre entièrement dégagée vous a fait voir le ciel nuageux, et sur la vitre des gouttes d’eau se sont mises à marquer leurs petits cercles.
La lampe bleue s’était éteinte dans le globe du plafond, les lampes jaunâtres dans le corridor ; une à une toutes les portes s’ouvraient et des voyageurs en sortaient, écarquillant leurs yeux encore tout envasés de sommeil; tous les rideaux se relevaient.
Vous êtes allé jusqu’au wagon-restaurant pour y prendre non point le précieux café italien, cette liqueur vivifiante et concentrée, mais simplement une eau noirâtre dans une épaisse tasse de faïence bleu pâle avec les curieuses biscottes rectangulaires enveloppées par trois dans la cellophane que vous n’avez jamais vues que là.
Dehors, sous la pluie, passait la forêt de Fontainebleau dont les arbres étaient encore garnis de feuilles que le vent arrachait comme par touffes et qui retombaient lentement pareilles à des essaims de chauves-souris pourpres et fauve, ces arbres qui en quelques jours ont perdu tout leur apparat, sur lesquels il ne restait plus tout à l’heure, au bout de leurs branches sévères, que quelques fines taches tremblantes, quelques rappels de cette pompe alors si généreusement répandue qu’elle fourmillait jusque dans les clairières et les halliers, et il vous semblait voir apparaître, cause de tout ce remuement, à travers taillis et futaies, la figure d’un cavalier de très haute stature, vêtu de lambeaux d’un habit superbe dont les rubans et les galons métalliques décousus lui faisaient comme une chevelure de ternes flammes, sur un cheval dont transparaissaient à demi les os noirs semblables à d’humides ramures de hêtre se carbonisant, à travers ses chairs flottantes, ses fibres détachées, ses lanières de peau claquantes qui s’ouvraient et se refermaient, la figure de ce grand veneur dont vous aviez même l’impression d’entendre la célèbre plainte : « M’entendez-vous ? »
Puis il y a eu les abords de Paris, les murs gris, les cabines des aiguilleurs, l’entremêlement des rails, les trains de banlieue, les quais et l’horloge.
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PalmyrePalmyre14 juillet 2013
Tout d'un coup la lumière s'éteint: c'est l'obscurité complète, sauf le point rouge d'une cigarette dans le corridor avec son reflet presque imperceptible, et le silence sur cette base de respirations très fortes comme dans le sommeil et du bourdonnement des roues répercuté par l'invisible voûte. Vous regardez les points, les aiguilles verdâtres de votre montre; il n'est que cinq heures quatorze, et ce qui risque de vous perdre, soudain cette crainte s'impose à vous, ce qui risque de la perdre, cette belle décision que vous aviez enfin prise, c'est que vous en avez encore pour plus de douze heures à demeurer, à part de minimes intervalles, à cette place désormais hantée, à ce pilori de vous-même, douze heures de supplice intérieur avant votre arrivée à Rome.
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TRIEBTRIEB01 août 2011
ce voyage devrait être une libération, un rajeunissement, un grand nettoyage de votre corps et de votre tête;ne devriez-vous pas en ressentir déjà les bienfaits et l'exaltation?
Mais n'est-ce pas justement pour parer à ce risque dont vous n'aviez que trop conscience que vous avez entrepris cette aventure, n'est-ce pas vers la guérison de toutes ces premières craquelures avant-coureuses du vieillissement que vous achemine cette machine vers Rome où vous attendent quel repos et quelle réparation ?
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mandarine43mandarine4329 juillet 2011
[ Incipit ]

Vous avez mis le pied gauche sur la rainure de cuivre, et de votre épaule droitre vous essayez en vain de pousser un peu plus le panneau coulissant.
Vous vous introduisez par l'étroite ouverture en vous frottant contre ses bords, puis, votre valise couverte de granuleux cuir sombre couleur d'épaisse bouteille, votre valise assez petite d'homme habitué aux longs voyages, vous l'arrachez par sa poignée collante, avec vos doigts qui se sont échauffés, si peu lourde qu'elle soit, de l'avoir portée jusqu'ici, vous la soulevez et vous sentez vos muscles et vos tendons se dessiner non seulement dans vos phalanges, dans votre paume, votre poignet et votre bras, mais dans votre épaule aussi, dans toute la moitié du dos et dans vos vertèbres depuis votre cou jusqu'aux reins.
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OlivierH77OlivierH7710 mai 2014
Vous serez réconciliés sans doute, puisque vous serez revenu à Rome exprès pour elle, que vous lui aurez annoncé votre découverte de cette place à Paris qu'elle désirait, mais cette réconciliation ne sera qu'une apparence terriblement mince et fragile, et malgré cette réconciliation vous saurez, vous, que vous vous êtes éloigné d'elle; il y a aura toujours en vous cette inquiétude encore plus rongeante, car vous vous demanderez en tremblant comment tournera votre amour lorsqu'elle vous aura rejoint, séduite par cette situation que vous aurez fait miroiter à ses yeux, trompée, prise au piège de ces déclarations, de ces protestations que vous n'aurez pas manqué de renouveler, de renforcer dans votre bonheur poignant de vous retrouver avec elle à Rome si libre pendant ces quelques jours, tout à elle, d'autant plus passionné que l'avenir vous apparaît désormais si incertain, si plein de dangers et de déceptions.
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