Une écriture rapide, des phrases courtes, un vocabulaire courant, voilà aussi ce qui fait la force de ce
Requiem des innocents.
Premier livre de
Louis Calaferte, cinquante ans après son écriture, il reste une claque reçue en pleine figure.
Décrire le malheur et la détresse qui habitent des pauvres, des moins que pauvres, dans la zone d'une grande ville, comme l'auteur le fait, nous force à ouvrir les yeux.
La crasse physique, la crasse intellectuelle, la crasse morale sont si épaisses que ces femmes et ces hommes peuvent sembler moins que des bêtes.
Et pourtant, quand la société ouvre les yeux, quand elle veut bien faire l'effort de se regarder en face, elle fait naître l'espoir et des sentiments nouveaux, presque inconnus chez le héros, l'auteur lui-même.
Et là, ces enfants qui n'ont pas d'enfance, deviennent des êtres sensibles, émouvants, à qui pour une fois on tend la main, pour les caresser, pas pour les battre. Présenté de manière crue, ce monde à la lisière du monde « normal » nous rappelle toute l'injustice qui règne autour de nous. Il nous rappelle aussi la spirale infinie que vivent celles et ceux à qui on ferme la porte. Il nous rappelle enfin que l'homme est toujours prêt à s'oublier, pour oublier.
Il nous crie, au visage, aux oreilles, que transposée aujourd'hui cette histoire reste vraie et qu'il est plus que temps de sortir la tête du sable.