> Maurice Edgar Coindreau (Traducteur)

ISBN : 2070364380
Éditeur : Gallimard (1973)


Note moyenne : 4.05/5 (sur 20 notes) Ajouter à mes livres
Erskine Caldwell est né en 1903, près d'Atlanta en Géorgie. Comme nombre d'écrivains américains, c'est au contact de la vie réelle qu'il va puiser son inspiration. En 1926, il quitte le journal d'Atlanta pour lequel il travaille et se retir... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 4.00/5
    Par nastasiabuergo, le 23 avril 2012

    nastasiabuergo
    Erskine Caldwell nous offre une vision monstrueuse mais pleine de nostalgie de l'Amérique rurale de la fin des années 1920. le style et le sujet annoncent grandement les merveilles que saura nous livrer John Steinbeck dans des romans régionalistes des années de dépression économique comme les deux ultra célèbres "Des souris et des hommes" et surtout "Les Raisins de la colère".
    Ici, cependant, la crise vient à peine de frapper, mais la misère est déjà là chez les cultivateurs de coton. Jeeter Lester, le vieux métayer ruiné est le véritable héros (ou plutôt anti-héros). Il est roublard, voleur, fainéant, lubrique, faux croyant mais pourtant, l'auteur n'arrive pas à nous le rendre détestable, il est minable mais on a de la pitié et de l'affection pour lui car il n'aspire, dans le fond, qu'à poursuivre la vie qu'il a toujours menée sur sa terre médiocre. Ses douze enfants l'ont plaqué les uns après les autres pour aller travailler à la ville sans se soucier de le voir crever de faim, tout comme lui d'ailleurs, se souciant comme d'une guigne de sa vieille mère devenue un vrai sac d'os fantomatique. Il est entouré de monstres, tous à leur façon, soit physiquement, soit moralement. Sa fille laissée à l'état de bête sauvage avec son bec de lièvre, son fils simplet qui passe sa vie à balancer une balle de base ball contre la baraque déjà croulante et qui s'entiche d'une pseudo prêcheuse elle-aussi monstrueuse pour la seule raison qu'elle lui autorise à conduire sa voiture et jouer du klaxon toute la journée. La mère, aimante comme une vieille pierre sans mousse, le gendre qui les regarde crever de faim en s'empiffrant de navets. Bref, une sacrée peinture, une vraie galerie de monstres, souvent drôle et grinçante de l'Amérique rurale, bouffée par le cynisme de l'économie moderne (cf, la scène de l'achat de la voiture neuve par Bessie, elle ne sachant pas lire, les vendeurs lui vident les poches autant qu'ils peuvent). En tous les cas, merci à Maurice-Edgar Coindreau pour cette superbe traduction de ce qui me semble une bonne porte d'entrée pour la littérature américaine régionaliste de l'entre deux guerres dont, bien évidemment, John Steinbeck reste le fleuron inégalé, du moins c'est mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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    Critique de qualité ? (12 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 11 février 2009

    Woland
    Tobbaco Road
    Traduction : Maurice-Edgar Coindreau
    De "La route au tabac" comme d'ailleurs du reste de l'oeuvre de Caldwell, j'avais toujours entendu dire qu'il s'agissait de livres certes féroces mais où prédominait le comique, voire le burlesque. Lecture faite de cette "Route au Tabac", je me demande bien ce qui a valu à ce roman des critiques aussi peu justifiées.
    Bien qu'on ne puisse dénier à certaines scènes une force à la fois comique et absurde, l'ensemble plonge surtout le lecteur dans une profonde tristesse devant ces existences abruties qui ne semblent avoir aucun sens.
    Naître, crever de faim et puis mourir, écrasée comme l'est la vieille grand-mère Lester dans la cour de sa propre ferme ou asphyxiés dans l'incendie de leur maison toute décrépite comme le sont son fils et sa belle-fille, tel paraît être la seule destinée prévue pour les protagonistes de "La route au tabac", ces "pauvres blancs" dégénérés qui se cramponnent à un lopin de terre que leur famille à jadis possédé mais sur lequel ils ne sont plus, eux, que des métayers.
    Nous sommes dans les années trente, dans la Géorgie profonde sur laquelle souffle l'ouragan de la Grande dépression. Ah ! cette "Crise", comme on l'appelait aussi à l'époque, quel excellent prétexte elle donne à Jeeter Lester, le père, pour continuer à creuser son propre tombeau et celui des siens ! Car, Grande dépression ou pas, Jeeter a toujours tellement réfléchi, tellement rêvé de ce qu'il pourrait faire sur son lopin de terre qu'il n'a jamais eu le courage de passer à l'acte et que, de tous temps, la Faim et la Misère se sont disputé ses quelques acres.
    Des enfants, il en a eu toute une ribambelle mais en grandissant, les filles comme les garçons ont compris ce qu'avait de suicidaire le refus entêté de leur père de tout quitter pour aller à la ville prendre un emploi dans les filatures, et ils se sont enfuis sans jeter un seul regard derrière eux. Dans la ferme minuscule à l'abandon, ne restent plus que Dude, un gamin de seize ans un peu simple et Ellie May, une fille qui serait jolie sans le bec-de-lièvre qui la dépare. La petite Pearl, douze ans, vient d'être mariée à Lov, un ouvrier agricole et, même si l'on parle beaucoup de ses boucles blondes et du désespoir qui est le sien à l'idée de vivre avec son époux tout neuf et beaucoup plus âgé qu'elle, on ne la voit jamais. Tout juste apprend-on sur la fin du livre que, en définitive, elle aussi a mis le cap sur la grande ville, fuite qui permet à Ellie May de prendre sa place dans le lit de Lov.
    Autre personnage-clef du livre : Soeur Bessie, veuve de l'un de ces prédicateurs typiques de l'Amérique rurale, qui se met en tête d'épouser Dude en lui faisant miroiter, pour l'appâter, la voiture neuve qu'elle va acheter à Augusta et qu'il pourra conduire tous les jours que Dieu fait pourvu qu'il devienne son mari.
    Tous, tant qu'ils sont, ne pensent qu'à manger (mais comment ne pas y penser normal quand on crève de faim ? le début du roman tourne d'ailleurs autour d'un sac de navets achetés par Lov pour son usage et dont les Lester cherchent à le délester par tous les moyens.), boire, copuler et chiquer. Ces obsessions communes s'accompagnent d'une idée fixe pour chacun d'eux : Jeeter est obsédé par l'idée d'acheter à crédit semences et guano ; sa femme rêve de provisions de tabac telles qu'elles la libéreraient de la faim ; la grand-mère ne songe qu'aux restes, les seules miettes que veuille bien lui laisser son fils ; Ellie May est nymphomane ; Dude passerait sa vie entre la voiture et son lit ; Soeur Bessie ne songe qu'aux sexe et aux prêches ; Lov veut à tous prix que Pearl admette ses droits conjugaux et Pearl l'Invisible, elle, n'envisage qu'une chose : partir loin de tous ces enragés. (On la comprend.)
    Selon la formule consacrée, il n'y en a pas un pour racheter l'autre. Grandioses dans leur dégénérescence, ignobles et tout-à-fait inconscients de l'être, ils évoquent, pour le lecteur européen, les serfs décrits dans le chantefable du XIIIème siècle, "Aucassin & Nicolette." Mais l'anonyme rédacteur du texte moyen-âgeux avait pris la précaution de faire de son Aucassin un fils de comte tandis que Nicolette, en dépit des apparences, n'était pas une esclave mais la fille du roi de Carthage, enlevée par les Sarrazins. Ses deux héros devenaient ainsi présentables aux yeux du public de l'époque.
    Dans "La route au tabac", aucun miracle de ce genre : les personnages de Caldwell non seulement sont nés comme ça mais en plus, ils mourront dans cet état lamentable. Prisonniers de leur condition sociale, ils ne se révoltent même pas : pour leurs pères, c'était pareil, alors, à quoi bon ? On n'ose même pas dire qu'ils cherchent avant tout à survivre car l'apathie avec laquelle ils tolèrent leur misère ne le permet pas.
    Sans fioritures, en un langage simple et naturel, Erkine Caldwell les raconte, scène par scène, plongeant parfois dans la tête de Jeeter pour éclairer non pas son comportement mais la situation économique de l'époque. Pas plus qu'il n'entend les sauver, il ne les juge. Ils sont comme ça et c'est ainsi : le Sud est mort depuis longtemps, ne laissant pour tout souvenir que ces spectres émaciés, aux instincts si primitifs qu'on hésite à les traiter d'animaux. Pour atteindre à une telle déchéance, il faut appartenir à l'espèce humaine.
    A mille lieux des splendeurs faulknériennes, "La route au tabac" n'en est pas moins un grand roman. ;o)
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    • Livres 5.00/5
    Par lecassin, le 04 décembre 2011

    lecassin
    Fin des années 20 ; la ferme des Lester, une quasi ruine écrasée de soleil, ses champs laissés à l'abandon envahis par les ajoncs…
    Les Lester ?
    le père, Jeeter , vieux métayer ruiné qui cherche à vendre à la ville du chêne noir dont personne ne veut ; et dont l'unique l'obsession est de faire repousser du coton sur ses terres.
    La vieille Lester et Ada, respectivement, mère et épouse de Jeeter, toutes les deux atteintes par la maladie.
    Ella May, la fille, nymphomane affublée d'un bec de lièvre.
    Dude, le fils simplet et Pearl la petite sœur âgée de douze ans, déjà mariée au voisin.
    « La route au tabac », premier grand succès de l'auteur est en fait un récit sans réelle construction composé d'épisodes burlesques avec pour dénominateur commun la faim ; sur fond de modernisation et d'expropriation du monde rural avec, en filigrane, la chaleur du désir sexuel et de la sensualité animale ...
    Erskine Caldwell nous offre ici une vision monstrueuse mais pleine de tendresse de l'Amérique rurale de la fin des années 1920 : tout dans ce récit est volontairement déformé, démesuré, accentué à l'extrême pour en devenir une caricature néanmoins drôle et grinçante ou les drames de la folie quotidienne sont décrits simplement, comme des faits anodins d'une banalité dérisoire.
    Dans le fond, une grande œuvre même si la forme peu surprendre.
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 11 février 2009

    [...] ... Le Seigneur m'a dit d'aller chez les Lester," dit l'évangéliste. "J'étais chez moi, en train de balayer ma cuisine, quand Il m'est apparu et Il m'a dit : "Soeur Bessie, Jeeter Lester fait en ce moment quelque chose de vilain. Va chez lui, et prie pour lui avant qu'il ne soit trop tard, et tâche de le faire renoncer à ses mauvaises pratiques." Alors, j'ai regardé le Seigneur bien en face, et je Lui ai dit : "Seigneur, Jeeter Lester est un grand pécheur, mais je prierai pour lui jusqu'à ce que le diable s'en retourne en enfer." C'est ça que je Lui ai dit, et me voilà. Je suis venue prier pour vous et pour les vôtres, Jeeter Lester. Peut-être n'est-il pas encore trop tard pour vous remettre dans les bonnes grâces du Seigneur. C'est les gens comme vous qui devraient être bons, au lieu de permettre au diable de leur inspirer un tas de vilaines choses.

    - Je savais bien que le Bon Dieu ne me laisserait pas glisser entre les griffes du démon !" hurla Jeeter en dansant tout autour du fauteuil de Bessie. "Je le savais bien ! Je le savais bien ! Dieu a toujours été de mon côté, même quand les choses étaient au pire, et je savais bien qu'Il me retirerait de l'enfer avant qu'il ne soit trop tard. J'suis point pécheur par nature, Soeur Bessie. Seulement voilà, c'est ce vieux diable qu'est tout le temps à me harceler, à me pousser à faire des petites choses pas bien. Mais je ne le ferai plus. Je veux aller au ciel quand je mourrai.

    - Est-ce que vous n'allez pas me donner un navet, Jeeter ?" dit-elle. "Je n'ai pas beaucoup mangé, ces temps-ci. Les temps sont durs pour les bons comme pour les méchants, bien qu'il m'arrive de trouver que ce n'est peut-être pas très juste. Les bons ne devraient pas être éprouvés tout le temps comme les pécheurs le méritent.

    - Certainement, Bessie," dit Jeeter en lui donnant plusieurs navets qu'il avait choisis parmi les plus gros. ... [...]
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  • Par Woland, le 11 février 2009

    [...] ... Il y avait déjà quelques semaines que Lov envisageait la possibilité de prendre des cordeaux de labour pour attacher Pearl, la nuit, dans son lit. Il avait essayé tous les moyens auxquels il avait pu penser, sauf la force, et il était toujours bien décidé à la faire agir comme, à son avis, une femme devait le faire. Il en était arrivé au point où il lui fallait l'opinion de Jeeter avant d'oser aller plus loin. Il croyait que Jeeter saurait lui dire si son idée était sage du point de vue pratique, car Jeeter avait eu affaire à Ada [sa femme et la mère de Pearl] pendant toute sa vie ou à peu près. Il savait que, pendant un temps, Ada avait agi comme Pearl agissait maintenant. Toutefois, Jeeter n'avait pas été traité comme lui car Ada lui avait donné dix-sept enfants alors que Pearl n'en avait pas encore commencé un. ... [...]
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  • Par Woland, le 11 février 2009

    [...] ... En automne, le jour où il avait vendu sa récolte, il ne lui était resté que sept dollars. Pour commencer, il lui fallait payer trois pour cent par mois pour son emprunt, et, au bout de dix mois, il avait dû payer trente pour cent, sans compter un autre trente pour cent sur les intérêts non payés. En plus, pour assurer la sécurité de l'emprunt, Jeeter avait dû verser la somme de cinquante dollars. Il n'avait jamais pu comprendre pourquoi il avait dû payer cela, et la banque ne prit pas la peine de le lui expliquer. Quand il avait demandé ce que représentaient ses cinquante dollars, on lui avait dit que c'était simplement le droit de contracter un emprunt. Quand tous les comptes furent réglés, Jeeter s'aperçut qu'il avait payé plus de trois cents dollars et qu'il en retirerait personnellement un profit de sept dollars. Sept dollars au bout d'une année de travail ne lui paraissaient pas une juste rétribution pour la culture du coton, surtout étant donné qu'il avait fait tout le travail et avait, par-dessus le marché, fourni le terrain et la mule. Il était même encore endetté car il devait encore dix dollars à celui qui lui avait prêté la mule pour faire pousser son coton. Avec l'aide de Lov et d'Ada, il avait découvert qu'il avait perdu finalement trois dollars. L'homme qui lui avait loué la mule insistait pour être payé, et Jeeter lui avait donné les sept dollars, et il en était encore à chercher les trois autres pour finir de solder sa dette. ... [...]
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  • Par lecassin, le 04 décembre 2011

    Lov posait des questions à Pearl. Il lui donnait des coups de pied, il lui jetait de l'eau à la tête, il lui lançait des pierres et des bâtons, il lui faisait tout ce qu'il croyait susceptible de la faire parler. Elle pleurait beaucoup, surtout quand Lov lui avait fait sérieusement mal, mais Lov ne considérait pas cela comme une conversation. Il aurait voulu qu'elle lui demandât s'il avait mal aux reins, quand il irait se faire couper les cheveux, s'il croyait qu'il allait pleuvoir. Mais Pearl ne disait pas un mot.
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  • Par lecassin, le 04 décembre 2011

    Jeeter, il aurait mieux aimé faire une bonne récolte de coton que d'aller au paradis.
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Erskine Caldwell à propos de "Les braves gens du tennessee"
Erskine CALDWELL, interviewé par Pierre DUMAYET, parle, en anglais, de son livre "Les braves gens du tennessee" et à travers ce roman, du racisme dans le Sud des Etats-Unis, de la haine des blancs envers les noirs, de la violence. Malentendu entre DUMAYET et CALDWELL à propos d'un cabriolet rouge. Présence d'un traducteur.








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