> Jean Thibaudeau (Traducteur)
> Mario Fusco (Éditeur scientifique)

ISBN : 2020413892
Éditeur : Seuil (2002)


Note moyenne : 3.4/5 (sur 15 notes) Ajouter à mes livres
Ce volume rassemble toutes les nouvelles cosmicomiques -celles du volume homonyme et de Temps zéro, augmentées d'autres textes inédits- ces récits dans lesquels, à partir de 1964, Calvino s'était assigné la tâche drolatique d'alléger et de rendre d'une certaine façon vi... > voir plus
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Citations et extraits

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  • Par brigetoun, le 18 novembre 2009

    Notre famille, je dois le dire, grands-parents en tête, gambillait sur le plage, au complet, comme si nous n'avions jamais connu d'autres vocation. N'eût été l'obstination du grand-oncle N'ba N'ga, tout contact avec le monde aquatique aurait été perdu depuis longtemps..
    Oui, nous avions un grand-oncle poisson... Quelque fut la saison, il suffisait de s'avancer sur les couches de végétation les plus molles.. et là dessous, à quelque pieds du bord, nous voyions la colonne montante de petites bulles qu'il dégageait en soufflant..
    Nous allions rendre visite au grand-oncle une fois l'an, toute la famille au complet.. et nous échangions des nouvelles et des insectes comestibles..
    Le grand oncle prenait part à des conversations.. et il donnait raison aux uns ou aux autres selon ses critères qui étaient toujours aquatiques... Nous finissions par lui demander conseil en des matières où il ne connaissait rien.. Peut être son autorité lui venait-elle précisément de ce qu'il était un vestige du passé, et de ses façons de parler très anciennes.
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  • Par brigetoun, le 18 novembre 2009

    A intervalles réguliers la matière calcaire que je secrétais se colorait ; ainsi se formaient de belles stries qui continuaient tout droit à travers les spirales, et cette coquille était une chose différente de moi mais aussi la partie de moi la plus vraie, l'explication de ce que j'étais, mon portrait traduit dans un système rythmique de volumes et de stries et de couleurs et d'une matière dure,
    ... et tous les autres étaient en train de copier tous les autres et ils se construisaient ces coquilles toutes pareilles, et ainsi on en serait resté au point de départ, s'il n'était trop vite dit de ces coquilles qu'elles étaient toutes pareilles, car si on les regarde bien on y découvre beaucoup de petites différences qui pourront bien, par la suite, devenir très considérables.
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  • Par brigetoun, le 18 novembre 2009

    je rencontrais quelqu'un qui "était quelqu'un", bien plus que je ne l'étais moi-même : quelqu'un qui annonçait l'avenir, l'ornithorynque allaitant le petit sortant de l'oeuf, la girafe déguigandée au milieu de la végétation encore basse ; ou encore quelqu'un qui témoignait d'un passé révolu, un dinosaure survivant alors qu'avait commencé la cénozoïque, ou bien - le crocodile - un être du passé qui avait trouvé le moyen de se tenir tel quel au long des siècles. Tous, ils avaient quelque chose, je le sais bien, qui de quelque façon les rendait supérieurs à moi, sublimes.
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  • Par brigetoun, le 05 novembre 2011

    Par exemple, à un moment donné j’étais sûr que j’allais faire un geste qui me donnerait dignité et prestige ; je me dépêchais de déployer la pancarte avec l’index pointé sur moi ; et précisément à ce moment je me plantais, je commettais une gaffe impardonnable, une manifestation de la misère humaine à vous enfoncer sous terre de honte. Mais les dés étaient lancés : l’image, avec son signal indicateur pointé sur elle, naviguait à travers l’espace, personne ne pouvait plus l’arrêter, elle dévorait les années-lumière, elle se propageait de galaxie en galaxie, elle suscitait pour des millions de siècles à venir des commentaires et des rires et des froncements de nez, lesquels du fond des millénaires me reviendraient et m’obligeraient à des justifications encore plus bouffonnes, à de maladroites tentatives de rectification.
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  • Par brigetoun, le 18 novembre 2009

    la grande révolution était advenue : tout à coup, autour de nous, des yeux s'ouvrirent, munis de cornées, d'iris et de pupilles : oeil enflé et délavé des poulpes et des seiches, oeil atone et gélatineux des dorades et des rougets, oeil saillant et pédonculé des écrevisses et des langoustes, oeil bouffi et taillé à facettes des mouches et des fourmis ... Les yeux inexpressifs d'un goéland scrutent la surface de l'eau. .. un banc de minuscules anchois tout juste nés passe devant moi, tellement minuscules que, semble-t-il, il n'y a en chacun de ces poissons blancs que la place du tout petit point noir de l'oeil, et c'est une poussière d'yeux qui traverse la mer
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"Les villes invisibles" d'après Italo Calvino Photographies et conception : Francesco Acerbis.











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