Marcovaldo est manœuvre. Il vit, avec sa femme et ses six enfants, dans une grande ville d'Italie du Nord. Un citadin parmi d'autres. Mais lui, est différent. La publicité, le néon, la circulation, il ne les voit pas. Par contre, la moindre manifestation de la nature ac... > voir plus
La littérature intellectuelle la plus amusante qui soit, ce recueil hyper-structuré d'Italo Calvino est un dédale d'idées qui s'emmêlent volontairement et qui ne laissent pas s'échapper si facilement le lecteur, qui perd et retrouve sans cesse son fil d'Ariane.
J'ai adoré ce livre. Ce père de famille nombreuse, ouvrier vivant dans des conditions épouventables et ramant pour nourrir son petit monde, regorge d'inventivité incroyable pour donner un peu de couleurs et d'espoirs dans son quotidien plutôt noir.
Marcovaldo est un ouvrier rêveur. Il n'est pas fait pour la vielle mais il y vit avec sa petite famille. Son étourderie, se naïveté, son besoin de s'évader lui font faire des bourdes, c'est un Charlie Chaplin. le roman est une sorte de petite nouvelles misent bout à bout.
On y retrouve le style "léger" de Calvino, frais, imaginatif et distrayant
Je ne connais pas bien Italo Calvino et j'ai choisi ce livre par hasard et comme on le dit, parfois le hasard fait bien les choses ;-) 9782211087100Marcovaldo ou les Saisons en ville est constitué d'une série de petites histoires qui se déroulent au fil des saisons, des anecdotes de la vie quotidienne de Marcovaldo, ouvrier italien pas comme les autres. le personnage est, en effet, souvent en décalage avec son environnement urbain, alors qu'il est sans cesse à l'affût des solitudes et des attraits de la nature. Cette antinomie est déjà sous-jacente dans le titre qui oppose le cycle des saisons et la ville.[...]
Marcovaldo retourna voir la lune, puis alla regarder un feu de signalisation qui se trouvait un peu plus loin. Jaune, jaune, jaune, c'était toujours le même jaune qui s'allumait et se réallumait. Marcovaldo compara la lune et le feu de signalisation. La lune et sa pâleur mystérieuse, également jaune, mais au fond verte et même bleu clair; la lune et le feu de signalisation avec son jaune plutôt vulgaire. La lune, on ne peut plus calme, irradiant doucement sa lumière, et veinée de temps en temps d'infimes restes de nuages qu'elle laissait tomber derrière elle d'un air souverain; la lune et le feu de signalisation toujours là, lui, allumé, éteint, allumé, éteint, haletant, fébrile, faussement affairé, esclave et harassé.
La nuit durait vingt secondes, et vingt secondes aussi le GNAC. Pendant vingt secondes, on voyait le ciel bleu traversé de nuages noirs, la faucille dorée de la lune croissante, entourée d'un halo immatériel, impalpable, puis des étoiles dont les multiples points scintillants - plus on les regardait - allaient s'épaississant jusqu'aux nuages de poussière de la Voie lactée. Tout cela vu très vite, très vite: chaque détail sur quoi on s'arrêtait vous faisant perdre quelque chose de l'ensemble, car les vingt secondes finissaient tout de suite, et le GNAC commençait.
Le GNAC était une partie du panneau publicitaire SPAAK-COGNAC qui se trouvait sur le toit d'en face, qui restait allumé vingt secondes et, vingt secondes, éteint. Quand il était allumé on ne voyait rien d'autre. La lune pâlissait brusquement, le ciel devenait uniformément noir et plat, les étoiles ne scintillaient plus, les chats et les chattes qui, depuis dix secondes, miaulaient amoureusement en se frôlant, l'air langoureux, le long des gouttières et au faîte des toits, se blottissaient sur les tuiles, le poil hérissé, dans la fluorescente lumière du néon.
La plante - on l'appelait simplement ainsi comme si tout autre nom plus précis eût été inutile en un milieu où elle représentait à elle seule le règne végétal -, la plante avait une telle importance dans la vie de Marcovaldo qu'elle occupait ses pensées à toute heure du jour et de la nuit. L'air dont il scrutait le ciel pour observer les nuages n'était plus celui du citadin qui sedemande s'il doit ou non prendre son parapluie, mais bien celui du paysan qui guette de jour en jour la fin de la sécheresse. Et dès que, levant le nez de son travail, il apercevait en contre-jour, par la petite fenêtre du magasin, le rideau de pluie qui avait commencé de tomber silencieuse et drue, il lâchait tout, courait à la plante, prenait le pot dans ses bras et le déposait dehors dans la cour.
(...) Ils demeuraient là dans la cour, l'homme et la plante, l'un en face de l'autre. L'homme éprouvant presque des sensations de plante sous la pluie ; la plante - déshabituée du plein air et des phénomènes de la nature -, stupéfaite presque autant qu'un homme qui se trouve brusquement mouillé de la tête aux pieds, avec ses vêtements trempés.
Déblayer la neige n'est pas un jeu d'enfant, surtout quand on a l'estomac presque vide, mais pour Marcovaldo, la neige était comme une amie, comme un élément qui annulait les murs qui emprisonnaient sa vie.
C'est une ville d'intervalles, de soupiraux, de conduits d'aération, de passage charretiers, de placettes intérieures, d'escaliers de sous-sols; c'est comme un réseau de canaux à sec sur une planète de plâtre et d'asphalte. Et c'est à travers ce réseau que court encore, en rasant les murs, l'ancien peuple des chats.
Quelquefois, pour passer le temps, Marcovaldo suivait un chat.