Marcovaldo, c'est la vie d'un manoeuvre sans perspectives. Quand les journées se résument à des tâches ingrates faites en boucle, quand ses jambes tournent sur une roue de cirque, flanquée de couteaux, et puisque l'horizon est nul, il faut savoir creuser ses rêves sur les côtés. Ainsi vit
Marcovaldo, sur les bords (« le bord du mur était assez large pour qu'on pût y marcher sans perdre l'équilibre »).
Plus que la pauvreté, c'est la ville qui gangrène
Marcovaldo et ses enfants. « —
Marcovaldo était l'unique citadin à ne pas quitter la ville. » Tentant par tous les moyens de percevoir le bonheur de la nature, au travers de champignons, de collines, de sonorités poétiques, de verdure caractéristique, son incompétence et son ignorance le ramènent inévitablement aux points de départ (hôpital, foyer, travail), quand ce ne sont pas, à l'inverse, la nuit ou les usines qui le capturent. Les bords se déversent toujours au centre, comme un entonnoir, duquel il ne serait possible de s'échapper qu'en chutant, par dessus les parois, ou au fond du trou. [...]
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