> Franck Planeille (Éditeur scientifique)

ISBN : 2070783316
Éditeur : Gallimard (2007)


Note moyenne : 3.67/5 (sur 6 notes) Ajouter à mes livres

On savait Char et Camus frères en amitié. Les quelque deux cents lettres inédites ici rassemblées l'attestent. qui retracent ce que furent les engagements et les travaux communs des deux hommes après-guerre et leur proximité attentive et réciproque. Mais ce ... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 5.00/5
    Par Petitebijou, le 24 mai 2011

    Petitebijou
    J'étais un peu réticente à l'idée d'entrer dans l'intimité des lettres que se sont adressés deux hommes aussi pudiques et réfractaires à tout étalage superflu que sont Albert Camus et René Char, mais ma curiosité a été la plus forte à l'idée d'approcher au plus près de ces deux auteurs qui habitent ma propre intimité depuis pas mal d'années maintenant.
    Que découvre-t-on dans ces lettres datées de 1946 (Camus a 33 ans, Char 5 de plus) ? Une formidable histoire d'amitié tout d'abord, entre deux êtres qui se reconnaissent très vite comme frères en littérature et en résistance. Amitié qui s'écrit dans des mots aussi bien du quotidien au travers de menus services, de renvoi d'ascenseur, d'une présence fidèle de sentinelle, que dans des échanges d'idées de haute volée, amitié qui ne fait que croître au long des années, bientôt foudroyée par la mort de Camus en janvier 1960.
    Mais le plus intéressant est la solidarité constante entre ces deux créateurs en proie aux affres de la création, au doute quant à leur capacité à triompher des obstacles (ennuis de santé, principalement pour Camus, bataille contre l'intelligentsia parisienne...). Chacun, tour à tour, encourage l'autre, le suit dans son travail, le critique sans complaisance mais avec bienveillance, et découvre chez l'autre la merveilleuse altérité d'un ami si proche et si nécessaire dans sa différence. Toujours d'accord sur les points essentiels, Camus et Char n'auront de cesse de s'envoyer leurs épreuves pour connaître le regard de l'autre sur leurs textes. Aucune jalousie, aucune mesquinerie, c'est au contraire une tenace et entétante fraternité arc-boutée sur une éthique et des engagements politiques communs. Que l'un flanche, l'autre est là, avec ses mots, pour réconforter, revivifier l'âme créatrice, accompagner le travail en marche. On ne peut pas vraiment parler d'influence, mais plutôt d'un don équitable, d'un espace libre où chacun évolue sur son propre chemin avec l'autre, relation d'égal à égal non étouffante, toujours soucieuse de ne pas empiéter sur l'espace de l'autre.
    Pour finir, ce qui m'a touchée le plus, dans cette amitié entre deux esprits majeurs de notre époque, c'est la pudeur qui habite toutes ces lettres. Un détail, qui peut paraître insignifiant aujourd'hui, mais Char et Camus, tout en se faisant des déclarations d'amitié au vocabulaire presque amoureux (mais toute amitié n'est-elle pas une histoire d'amour ?), utilisent le vouvoiement. Ce n'en est que plus beau.
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    • Livres 3.00/5
    Par meyeleb, le 05 août 2011

    meyeleb
    Je m'attendais à des échanges exceptionnels entre deux écrivains exceptionnels. J'avais oublié qu'ils sont avant tout des hommes, et que leur quotidien n'est pas forcément de la littérature. Ils échangeaient sans doute l'essentiel quand ils se rencontraient...
    Déçue donc. Malgré tout le plaisir de suivre une amitié qui marque la reconnaissance de deux grands esprits de notre temps.
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Citations et extraits

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  • Par Petitebijou, le 24 mai 2011

    Albert Camus à René Char. 18 mai 1956

    (...)
    Avant de vous connaître, je me passais de poésie. Rien de ce qui paraissait ne me concernait. Depuis dix ans au contraire, j'ai en moi une place vide, un creux, que je ne remplis qu'en vous lisant, mais alors jusqu'au bord.
    Qu'allons-nous devenir est une question qui n'a pas de sens. Nous sommes devenus. Je le sais en vous lisant. Nous avons seulement à fructifier, de nos propres fruits, quoique dans l'hiver. La question est seulement de savoir ce que la vie, ou du moins ce qu'il y a en elle d'adorable, va devenir. Cela seul suffit à nous faire souffrir. Mais si nous sommes malheureux, du moins nous ne sommes pas privés de vérité. Cela, je ne le saurais pas tout seul. Simplement, je le sais avec vous.
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  • Par Petitebijou, le 24 mai 2011

    René Char à Albert Camus. 03 novembre 1951

    (...)
    Je crois que notre fraternité - sur tous les plans - va encore plus loin que nous l'envisageons et que nous l'éprouvons. De plus en plus, nous allons gêner la frivolité des exploiteurs, des fins diseurs de tous bords de notre époque. Tant mieux. Notre nouveau combat commence et notre raison d'exister. Du moins, j'en suis persuadé... Je le devine et je le sens. Très affectueusement à vous et très étroitement.
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  • Par Messager, le 05 août 2011

    Mon cher René,
    Oui, je crois comprendre - et je suis avec vous. La vérité est qu’il faut rencontrer l’amour avant de rencontrer la morale. Ou sinon, les deux périssent. La terre est cruelle. Ceux qui s’aiment devraient naître ensemble. Mais on aime mieux à mesure qu’on a vécu et c’est la vie elle-même qui sépare de l’amour. Il n’y a pas d’issue - sinon la chance, l’éclair - ou la douleur.
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