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ISBN : 207045472X
Éditeur : Gallimard (2013)


Note moyenne : 3.94/5 (sur 871 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Dans un bourg d'Amsterdam où se croisent matelots de toutes nations, souteneurs, prostituées et voleurs, un homme que le hasard a mis sur le chemin de l'un de ses compatriotes, se raconte. Qui est-il ? C'est la source de cet admirable monologue, où Jean-Baptiste Clamenc... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par fredho, le 11 novembre 2012

    fredho
    "La chute" d'Albert Camus est le monologue d'un individu à bout de souffle dont les phrases se succèdent dans un rythme effréné, se livrant à un interlocuteur attentif. Les confessions d'un homme rongé par la culpabilité de ne pas avoir réagi au suicide d'une jeune femme qui s'est laissée jeter d'un pont.
    Cette culpabilité va réveiller sa conscience humaine...
    Jean Baptiste Clamence, bourgeois vaniteux et égocentrique, avocat renommé, que ses bonnes actions calculées distinguent, va abandonner sa riche vie parisienne, son travail suite au suicide d'une jeune femme, il décide alors d'inverser son rôle en se positionnant au banc des accusés afin de se juger sans duplicité.
    Il s'exile donc en Hollande, pays rocailleux froid, hostile qu'il décrit comme les portes de l'Enfer.
    Clamence veut se repentir de ses péchés, il devient observateur, contemple l'ignominie humaine, mais il souffre, s'enivre et côtoie des endroits mal famés. Il s'attribue un poste de juge pénitent au bar Mexico City où il se confesse à nu publiquement et s'accuse des fautes de l'humanité afin de les renvoyer à ses interlocuteurs espérant qu'eux mêmes prendront conscience de leurs erreurs. Ainsi tel un prophète en pleine rédemption, il s'accorde le droit de juger les hommes (Plus je m'accuse et plus j'ai le droit de vous juger), sa cible la bourgeoisie!
    Mais sa culpabilité le poursuit amèrement, la confession et la rédemption ne peuvent pas toujours offrir le pardon...
    Dans un ton froid, glacial, écrit avec une grande éloquence Albert Camus nous frappe à coup de mots percutants, critique l'humanité égoïste sans oublier toutefois qu'il est bien conscient d'en faire partie.
    "La chute" provoque chez le lecteur un malaise troublant et nous amène à se poser certaines questions existentielles.
    A lire ou étudier du moins par curiosité.
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    • Livres 3.00/5
    Par mickbu, le 16 avril 2014

    mickbu
    Réitérer le pitch de ce Roman ne comporte aucun intérêt particulier, chacun connait les vicissitudes de Jean-Baptiste Clamence et les événements qui l’ont conduit à remettre son existence en question. Un récit finalement assez tragique que nous livre Camus, et l’on reconnaîtra l’homme moderne et son aristocratie endimanchée, histoire de masquer les apparences perfides d’une réussite au désengagement humain explicite. Mais un point en particulier appelle l’attention, car ce Brave JB se décrit lui-même comme quelqu’un d’intelligent mais aussi profondément cruel « Je jouais à être efficace, intelligent, vertueux, civique, indigné, indulgent, solidaire, édifiant…bref …», or la vérité qu’exprime l’intelligence à travers la cruauté se confond à une certaine forme de vulgarité, un cynisme collectif où chacun répondra de l’insincérité de l’autre avec trivialité, celle des conditions quelconques sacrifiées à la tâche, une ambition indifférente, écrasante. Ainsi on peut aisément reconnaître les degrés inférieurs de l’objectivité de cette volonté, lorsqu’elle ne peut masquer sa nature, en quelques sortes la fin qui justifie les moyens ; mais mieux encore lorsque cette même intelligence parvient à faire la preuve de son authenticité, qu’elle ne nage plus dans cette pesanteur inanimée des concepts flous, des idées inconséquentes, on pourrait croire que le pari est gagné, mais si cet esprit brillant reste marqué par le sceau viscéral d’une cruauté maladive, on notera chez elle une souffrance récurrente, sporadique, apparaissant par gémissement plus ou moins silencieux, c’est seulement que son sadisme intellectuel n’a pu être nourri, son instinct se divertit peut-être à rechercher la désolation des sentiments à l’endroit où seule la théorie de la variation subsiste ; alors certes on peut écrire des critiques à n’en plus finir, on déploie inutilement ses efforts, et les motifs secrets d’un tel déchaînement sinon de montrer une force de caractère, affichent juste un besoin manifeste d’être consolé [C...].
    Nul besoin de donner à la réflexion de JB des accents bibliques comme le fit Camus, il suffit seulement de recouvrer cette vanité triomphante de la raison, des sentiments subtils et conformes à la hauteur intellectuelle qu’on prétend déclamer.
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    • Livres 4.00/5
    Par aaahhh, le 12 août 2012

    aaahhh
    Dans un bar d'Amsterdam, un homme se confesse à un autre. Narrateur unique de cet étrange et sombre récit, cet homme, Jean-Baptiste Clamence, va se raconter et, revenant sur les grands épisodes de sa vie passée, il nous narre sa chute, qui a débuté un soir, quand il n'a pas réagit devant le suicide d'un jeune fille se jetant sous un pont de Paris.
    A partir de cet évènement, l'homme est non seulement descendu aux enfers, mais il a aussi commencé le chemin d'une prise de conscience peu habituelle sur l'humanité et le sens de la vie. S'auto-proclamant "juge pénitent", Jean-Baptiste Clamence observe, juge et condamne sans concessions, lui-même mais aussi toute l'humanité avec lui. Revenant sur ses expériences, c'est un portrait noir et peu glorieux de l'Homme avec un grand H, qu'il dresse dans son récit, et comme il le conclut lui-même, "Quand on a beaucoup médité sur l'homme, par métier ou par vocation, il arrive qu'on éprouve de la nostalgie pour les primates."
    Roman sombre et terrible réflexion sur l'homme moderne, "La Chute" est un livre puissant qui m'a beaucoup marquée. L'intelligence de nombre de réflexions de notre narrateur pénitent sur l'homme ainsi que certaines descriptions merveilleusement troublantes d'Amsterdam restent très vives dans ma mémoire. Certes c'est lourd, certes c'est noir, mais paradoxalement, "La Chute" est l'un des romans qui me redonnent confiance en l'homme, car il faut que son auteur ait été bien loin du primate, pour pousser sa réflexion et ses mots aussi loin sur le chemin de la conscience!
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    • Livres 5.00/5
    Par MissSugarTown, le 29 février 2012

    MissSugarTown
    Voici un livre brillant ! Pertinent et juste ! Si on peut user de ce dernier adjectif.
    J'adore son style ! Ses mots dans ce livre sont un délice ! Et pourtant, je ne dirai pas pareil pour tous ses livres, j'ai eu beaucoup de mal avec plusieurs livres de Camus dont L'Homme révolté, La mort heureuse, et Noces suivi de l'été.
    Mais là, yummy ! Des sujets sérieux abordés avec un style délicieux. Une jolie métaphore entre le capitalisme et les piranhas, ou encore une jolie description de l'homme moderne il forniquait et lisait des journaux ! Vous l'aurez compris, une critique de la société avec beaucoup d'ironie !
    Il s'est étonné qu'un juge puisse se désigner lui-même pour exercer cette fonction, c'est vrai que ce n'est pas très sensé, je n'y avais jamais pensé pourtant. C'est malin comment la justice a été enlevée au sage du village pour en faire un business comme les autres... allez, presque !
    On n'a fait que tout pourrir en effet, de l'extérieur c'est l'évolution et la modernité, mais au fond c'est tout moisi. On a tout déformé. Puis on l'a mis dans un joli paquet, et voilà. On a confondu la beauté extérieure et la beauté intérieure en tout point.
    Un passage que j'ai également adoré, lorsqu'il a parlé de l'importance d'avoir une bonne estime de soi-même, et que c'est ce qui nous permet de tenir debout et d'avancer, si vous en privez les hommes, vous les transformez en chiens écumants. Puis il cite des exemples de crimes commis parce que leur auteur avait une basse estime de lui-même. Combien d'hommes trompent leurs belles femmes parce qu'ils ne se sentent pas à la hauteur ? le vol, le terrorisme, le viol, le meurtre... autant de crimes dont l'auteur n'est pas satisfait de ce qu'il est. C'est tellement vrai.
    Le narrateur de ce livre est un juge pénitent, et Camus lance encore une fois le débat sur ce sujet très compliqué à mon sens, qu'est la justice. J'avais adoré explorer cette notion avec l'animé Death Note, et ici encore le juge dit qu'il prend la défense de ceux qu'il juge être de bons meurtriers, comme d'autres sont de bons sauvages, dit-il. Or comment peut-on juger qui est bon et qui ne l'est pas ? C'est trop difficile car il n'y a pas de bonne réponse. C'est toujours une question de point de vue, d'angle et de perception.
    Je vous entends me dire, mais quand on est juge, on ne prend pas parti ! En théorie oui, mais le juge n'est qu'un homme, et au fond, ils doivent tous avoir un petit penchant, minime soit-il, pour un parti plutôt que l'autre. Il a peut-être juste été trop honnête...
    Tout au long du livre, j'avais envie de recopier plusieurs extraits, tellement il y en a de très bons ! C'est pour vous dire à quel point j'ai adoré. Mes livres préférés sont certainement ceux-ci, ceux que j'ai envie de recopier, tellement les phrases sont belles, intelligentes et pertinentes à la fois.
    Très beau passage sur l'amitié aussi, et un éternel retour au mal de vivre dans chacune de ses pensées. C'est en tout cas le goût que ça a laissé chez moi, à chaque fois.
    L'esclavage, "Qu'on soit contraint de l'installer chez soi, ou dans les usines, bon, c'est dans l'ordre des choses, mais s'en vanter, c'est le comble." Ah, j'ai adoré ce passage ! Comment on se ment à nous-mêmes, l'hypocrisie sociale !
    La liberté d'expression, l'essence de la philosophie, notre égocentrisme et notre vanité... Ce livre est riche de sujets intéressants et de réflexions qui le sont encore plus !
    Enfin, pour résumer, c'est l'histoire d'un homme qui se confesse à un inconnu. Après avoir ignoré le cri d'une femme qui s'est suicidée, il est rongé par la culpabilité et ne peut s'empêcher de se juger lui-même, le jugement de l'autre bien que lourd aussi, n'est pas aussi insupportable que le regard que nous portons sur nous-mêmes. C'est ainsi qu'après avoir rencontré un inconnu dans un bistrot, il se confesse à lui, tout en lui exposant sa vision du monde et de l'Homme.
    Il commence par s'auto-juger, tantôt sévèrement, tantôt il se vante et gonfle le torse, mais il ne se juge que pour pouvoir mieux juger les autres... Se soulager d'un poids en le partageant avec tous les hommes.
    "Le portrait que je tends à mes contemporains, devient un miroir." Et ce fut effectivement le cas pour moi.
    Et puis quelle fin magistrale ! Très beau livre.

    Lien : http://laculturehajarienne.blogspot.com/2012/02/la-chute-albert-camu..
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    • Livres 4.00/5
    Par JulyF, le 29 juillet 2013

    JulyF
    Dans La Chute, on ne sait pas bien qui tombe. Est-ce le narrateur, qui après nous avoir abordé cavalièrement dans un bar d'Amsterdam, s'est mis en tête de nous raconter sa vie, ses hauts et ses bas ? Ou le lecteur/spectateur, emporté dans ce récit à tiroirs, qui se sent irrémédiablement attiré vers les abysses de l'âme humaine ?
    Le récit de Clamence se fait sans qu'on n'ait besoin de lui répondre, il fait les questions et les réponses au fil de la promenade qu'il nous offre dans une ville portuaire au ciel gris. Il nous raconte une vie légère et réussie, du moins semble-t-il au premier abord, et comment il en est arrivé à errer dans les canaux hollandais. Mais son récit s'emmêle, on n'y voit plus très bien la vérité et on se perd dans son esprit, brumeux comme le ciel du Nord, qui n'a plus qu'une idée : nous juger tous pour échapper à son jugement.
    On se prend à réfléchir sur la morale, la justice, et quand le miroir est révélé, le résultat n'est guère brillant... Quelle part de nos "bons" actes sont dictés par l'égoïsme et le goût de se faire bien voir ? A quel point jugeons-nous nos semblables ? Quelle est notre légitimité pour cela ? A quoi bon vivre ?
    Toutes questions que Clamence, dans son verbieux monologue, pose. Sans donner de réponses pour chacun, cynique et désabusé, il nous livre un regard blasé sur l'esprit humain.
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Citations et extraits

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  • Par karaziel, le 23 juillet 2014

    Dieu n'est pas nécessaire pour créer la culpabilité, ni punir. Nos semblables y suffisent, aidés par nous-mêmes. Vous parliez du jugement dernier. permettez-moi d'en rire respectueusement. Je l'attends de pied ferme : j'ai connu ce qu'il y a de pire, qui est le jugement de l'hommes. Pour eux pas de circonstance atténuantes, même la bonne intention est imputée à crime.

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  • Par karaziel, le 23 juillet 2014

    Du reste, nous ne pouvons affirmer l'innocence de personne, tandis que nous pouvons affirmer à coup sûr la culpabilité de tous. Chaque homme témoigne du crime de tous les autres, voilà ma foi et mon espérance.

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  • Par karaziel, le 23 juillet 2014

    Dès lors, puisque nous sommes tous juges, nous sommes tous coupables les uns devant les autres, (...)

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  • Par mimozac, le 02 novembre 2012

    J'ai connu un homme qui a donné vingt ans de sa vie à une étourdie, qui lui a tout sacrifié, ses amitiés, son travail, la décence même de sa vie, et qui reconnut un soir qu'il ne l'avait jamais aimée. Il s'ennuyait, voilà tout, il s’ennuyait comme la plupart des gens. Il s'était donc créé de toutes pièces une vie de complications et de drames. Il faut que quelque chose arrive, voilà l'explication de la plupart des engagements humains.
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  • Par Sepo, le 24 avril 2014

    Le genièvre, dispensateur des sortilèges d'Amsterdam:

    Heureusement, il y a le genièvre, la seule lueur dans ces ténèbres. Sentez-vous la lumière dorée, cuivrée, qu'il met en vous ? J'aime marcher à travers la ville, le soir, dans la chaleur du genièvre. Je marche des nuits durant, je rêve, ou je me parle interminablement. Comme ce soir, oui, et je crains de vous étourdir un peu, merci, vous êtes courtois. Mais c'est le trop-plein; dès que j'ouvre la bouche, les phrases coulent. Ce pays m'inspire d'ailleurs. J'aime ce peuple, grouillant sur les trottoirs, coincé dans un petit espace de maisons et d'eaux, cerné par des brumes, des terres froides, et la mer fumante comme une lessive. Je l'aime, car il est double. Il est ici et il est d'ailleurs.

    Mais oui ! A écouter leurs pas lourds, sur le pavé gras, à les voir passer pesamment entre leurs boutiques, pleines de harengs dorés et de bijoux couleur de feuilles mortes vous croyez sans doute qu'ils sont là, ce soir ? Vous êtes comme tout le monde, vous prenez ces braves gens pour une tribu de syndics et de marchands, comptant leurs écus avec leurs chances de vie éternelle, et dont le seul lyrisme consiste à prendre parfois, couverts de larges chapeaux, des leçons d'anatomie ? Vous vous trompez. Ils marchent près de nous, il est vrai, et pourtant, voyez où se trouvent leurs têtes: dans cette brume de néon, de genièvre et de menthe qui descend des enseignes rouges et vertes. La Hollande est un songe, monsieur, un songe d'or et de fumée, plus fumeux le jour, plus doré la nuit, et nuit et jour ce songe est peuplé de Lohengrin comme ceux-ci, filant rêveusement sur leurs noirs bicyclettes à hauts guidons, cygnes funèbres qui tournent sans trêve, dans tout le pays, autour des mers, le long des canaux.p.16/17,
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