ISBN : 2070360105
Éditeur : Gallimard (1972)


Note moyenne : 3.91/5 (sur 320 notes) Ajouter à mes livres

Dans un bourg d'Amsterdam où se croisent matelots de toutes nations, souteneurs, prostituées et voleurs, un homme que le hasard a mis sur le chemin de l'un de ses compatriotes, se raconte. Qui est-il ? C'est la source de cet admirable monologue, où Jean-Baptiste... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par MissSugarTown, le 29 février 2012

    MissSugarTown
    Voici un livre brillant ! Pertinent et juste ! Si on peut user de ce dernier adjectif.
    J'adore son style ! Ses mots dans ce livre sont un délice ! Et pourtant, je ne dirai pas pareil pour tous ses livres, j'ai eu beaucoup de mal avec plusieurs livres de Camus dont L'Homme révolté, La mort heureuse, et Noces suivi de l'été.
    Mais là, yummy ! Des sujets sérieux abordés avec un style délicieux. Une jolie métaphore entre le capitalisme et les piranhas, ou encore une jolie description de l'homme moderne il forniquait et lisait des journaux ! Vous l'aurez compris, une critique de la société avec beaucoup d'ironie !
    Il s'est étonné qu'un juge puisse se désigner lui-même pour exercer cette fonction, c'est vrai que ce n'est pas très sensé, je n'y avais jamais pensé pourtant. C'est malin comment la justice a été enlevée au sage du village pour en faire un business comme les autres... allez, presque !
    On n'a fait que tout pourrir en effet, de l'extérieur c'est l'évolution et la modernité, mais au fond c'est tout moisi. On a tout déformé. Puis on l'a mis dans un joli paquet, et voilà. On a confondu la beauté extérieure et la beauté intérieure en tout point.
    Un passage que j'ai également adoré, lorsqu'il a parlé de l'importance d'avoir une bonne estime de soi-même, et que c'est ce qui nous permet de tenir debout et d'avancer, si vous en privez les hommes, vous les transformez en chiens écumants. Puis il cite des exemples de crimes commis parce que leur auteur avait une basse estime de lui-même. Combien d'hommes trompent leurs belles femmes parce qu'ils ne se sentent pas à la hauteur ? le vol, le terrorisme, le viol, le meurtre... autant de crimes dont l'auteur n'est pas satisfait de ce qu'il est. C'est tellement vrai.
    Le narrateur de ce livre est un juge pénitent, et Camus lance encore une fois le débat sur ce sujet très compliqué à mon sens, qu'est la justice. J'avais adoré explorer cette notion avec l'animé Death Note, et ici encore le juge dit qu'il prend la défense de ceux qu'il juge être de bons meurtriers, comme d'autres sont de bons sauvages, dit-il. Or comment peut-on juger qui est bon et qui ne l'est pas ? C'est trop difficile car il n'y a pas de bonne réponse. C'est toujours une question de point de vue, d'angle et de perception.
    Je vous entends me dire, mais quand on est juge, on ne prend pas parti ! En théorie oui, mais le juge n'est qu'un homme, et au fond, ils doivent tous avoir un petit penchant, minime soit-il, pour un parti plutôt que l'autre. Il a peut-être juste été trop honnête...
    Tout au long du livre, j'avais envie de recopier plusieurs extraits, tellement il y en a de très bons ! C'est pour vous dire à quel point j'ai adoré. Mes livres préférés sont certainement ceux-ci, ceux que j'ai envie de recopier, tellement les phrases sont belles, intelligentes et pertinentes à la fois.
    Très beau passage sur l'amitié aussi, et un éternel retour au mal de vivre dans chacune de ses pensées. C'est en tout cas le goût que ça a laissé chez moi, à chaque fois.
    L'esclavage, "Qu'on soit contraint de l'installer chez soi, ou dans les usines, bon, c'est dans l'ordre des choses, mais s'en vanter, c'est le comble." Ah, j'ai adoré ce passage ! Comment on se ment à nous-mêmes, l'hypocrisie sociale !
    La liberté d'expression, l'essence de la philosophie, notre égocentrisme et notre vanité... Ce livre est riche de sujets intéressants et de réflexions qui le sont encore plus !
    Enfin, pour résumer, c'est l'histoire d'un homme qui se confesse à un inconnu. Après avoir ignoré le cri d'une femme qui s'est suicidée, il est rongé par la culpabilité et ne peut s'empêcher de se juger lui-même, le jugement de l'autre bien que lourd aussi, n'est pas aussi insupportable que le regard que nous portons sur nous-mêmes. C'est ainsi qu'après avoir rencontré un inconnu dans un bistrot, il se confesse à lui, tout en lui exposant sa vision du monde et de l'Homme.
    Il commence par s'auto-juger, tantôt sévèrement, tantôt il se vante et gonfle le torse, mais il ne se juge que pour pouvoir mieux juger les autres... Se soulager d'un poids en le partageant avec tous les hommes.
    "Le portrait que je tends à mes contemporains, devient un miroir." Et ce fut effectivement le cas pour moi.
    Et puis quelle fin magistrale ! Très beau livre.

    Lien : http://laculturehajarienne.blogspot.com/2012/02/la-chute-albert-camu..
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    • Livres 5.00/5
    Par lecassin, le 29 décembre 2011

    lecassin
    "La Chute"est la dernière œuvre achevée d'Albert Camus, publiée en 1956, un an avant l'obtention du Prix Nobel de Littérature.
    Dans "L'homme révolté", on trouvait Albert Camus arque-bouté contre toutes les tyrannies, aussi bien celle d'un seul que celle d'un parti. L'esprit de révolte dirigé au besoin contre la révolution elle-même restait la seule dignité de l'homme libre : Camus altruiste et libertaire n'était donc pas si pessimiste qu'il nous l'avait laissé croire dans son œuvre antérieure.
    Erreur !
    Avec "La Chute", nous le voyons revenir au sombre désespoir qui lui fit écrire "L'étranger" : l'histoire d'un homme coupé de tout, étranger à ce qui l'entoure et même, suprême paradoxe, à lui même , dans un monde absurde...
    Mais "La Chute" va plus loin encore : le « héros" de "L'étranger" était un sans grade, un minable, un irresponsable... Celui de "La Chute", Jean-Baptiste Clamence" est au contraire un esprit instruit -mais faux - subtil et lucide dans l'exposé d'idées qui, poussées à l'extrême, ne peuvent que confiner au nihilisme absolu, si tant est qu'on puisse associer nihilisme et absolu...
    Ceux qui ont vu à l'époque, dans "L'homme révolté", un ralliement d'Albert Camus à L'existentialisme de Jean-Paul Sartre "en sont pour leurs frais" : "La Chute, c'est "L'étranger élevé au paroxysme de l'absurde. Un chef-d'œuvre !
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    • Livres 3.00/5
    Par petitefa, le 22 juillet 2010

    petitefa
    Relation ambivalente avec ce roman que je viens de relire. Exemplaire monologue sur la nature humaine, dans ses lâchetés, ses excuses, son cynisme et parfois sa lucidité, et dessous tout cela, dans sa culpabilité, irréparable, irrécupérable. La ressemblance avec les confessions que l'on peut entendre dans un cabinet de psy est saisissante. le style, bon (avec une tripotée de slogans à faire pâlir un syndicaliste), bien que bavard, mais c'est voulu - l'avalanche de phrases pour enrober, masquer et finalement mettre en valeur cette culpabilité larvée -, le portrait, complet. Reste que le personnage m'apparaît toujours plus antipathique... Un bon livre car suscitant suffisamment le malaise pour se questionner sur nos propres lâchetés, peut-être.
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    • Livres 4.00/5
    Par pragmatisme, le 08 juin 2010

    pragmatisme
    La Chute est un roman publié en 1956. le récit, divisé en 6 chapitres, surprend par sa forme. C'est un monologue, celui de Jean-Baptiste Clamence, avocat puis juge pénitent. Il rencontre un mystérieux interlocuteur dans un bar d'Amsterdam, le Mexico City et se confie à lui plusieurs jours durant, au cours de plusieurs promenades. Il fait le récit de sa vie, avant le triste évènement qui précipita sa chute. Lorsqu'il était avocat il était satisfait de se trouver du bon côté de la barre, de prendre la défense de bons meurtriers, il était irréprochable dans sa vie professionnelle, altruiste, courtois et généreux dans sa vie privée, à l'aise en tout, s'attirant la sympathie des autres, aimant les femmes et attribuant modestement la réussite de sa vie à une volonté extérieure. Au mois de novembre, sur le Pont Royal, à une heure du matin, il était passé derrière une forme penchée sur le parapet. Quelques instants plus tard, il avait entendu le bruit d'un corps qui s'abat sur l'eau, descend le fleuve puis s'éteint brusquement, sans qu'il ne fasse rien. Il n'avait prévenu personne et n'avait pas lu la rubrique faits divers des journaux par la suite. C'est alors que tout dans sa vie avait basculé et que petit à petit, la déchéance s'était installée. Il découvrait qu'il n'avait pas d'amis, après avoir pensé au suicide. La question pour lui était d'éviter le jugement des autres. Il lui semblait que l'univers entier se mettait à rire autour de lui. La pensée de la mort faisait irruption dans sa vie quotidienne et il ne pouvait se résoudre à mourir sans avoir avoué tous ses mensonges aux hommes. Il s'était réfugié auprès des femmes et, désespérant de l'amour et de la chasteté, il vivait dans la débauche et l'alcool. Il perdait des clients qui se raréfiaient et il éprouvait une vive culpabilité à l'évocation de ce cri ignoré sur la Seine qui l'avait plongé dans le malconfort.
    La Chute est celle de cette jeune femme du Pont Royal mais aussi celle, sociale, morale et géographique de Clamence qui s'installe à Amsterdam, lieu situé au dessous du niveau de la mer. Au delà du récit de ces chutes un peu déconcertant, c'est une réflexion sur l'homme moderne, la société, le péché, la justice, Dieu, la liberté.

    Lien : http://pragmatisme.over-blog.fr/article-la-chute-albert-camus-518133..
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    • Livres 5.00/5
    Par kangourou, le 10 mai 2011

    kangourou
    Pour moi, le chef d'œuvre de Camus. L'œuvre la plus aboutie, la plus mystique, la plus existentielle, la plus noire. A lire sur un quai malfamé, dans un bar louche et mal éclairé, avec une complainte de Miles Davis en fond sonore et l'étrave d'un cargo pour tout horizon. Peut-être, alors, verrez-vous apparaître le manteau pelé de Jean-Baptiste Clamence dans un recoin enfumé.
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Citations et extraits

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  • Par mandarine43, le 11 février 2012

    J’allais de fête en fête. Il m’arrivait de danser pendant des nuits, de plus en plus fou des êtres et de la vie. Parfois, tard dans ces nuits où la danse, l’alcool léger, mon déchaînement, le violent abandon de chacun, me jetaient dans un ravissement à la fois las et comblé, il me semblait, à l’extrémité de la fatigue, et l’espace d’une seconde, que je comprenais enfin le secret des êtres et du monde. Mais la fatigue disparaissait le lendemain et, avec elle, le secret ; je m’élançais de nouveau.
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  • Par Elisanne, le 05 juin 2011

    C'est vrai vous ne connaissez pas cette cellule de basse-fosse qu'au Moyen-Age on appelait le "Malconfort".En général, on vous y oubliait pour la vie. Cette cellule se distinguait des autres par d'ingénieuses dimensions. Elle n'était pas assez haute pour qu'on s'y tînt debout, mais pas assez large pour qu'on pût s'y coucher. Il fallait prendre le genre empêché, vivre en diagonale; le sommeil était une chute, la veille un accroupissement.

    Mon cher, il y avait du génie, et je pèse mes mots, dans cette trouvaille si simple. Tous les jours, par l'immuable contrainte qui ankylosait son corps, le condamné apprenait qu'il était coupable et que l'innocence consiste à s'étirer joyeusement.
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  • Par Petitebijou, le 04 mai 2011

    Oui, peu d'êtres ont été plus naturels que moi. Mon accord avec la vie était total, j'adhèrais à ce qu'elle était, du haut en bas, sans rien refuser de ses ironies, de sa grandeur, ni de ses servitudes. En particulier, la chair, la matière, le physique en un mot, qui déconcerte ou décourage tant d'hommes dans l'amour ou dans la solitude, m'apportait, sans m'asservir, des joies égales. J'étais fait pour avoir un corps. De là cette harmonie en moi, cette maîtrise détendue que les gens sentaient et dont ils m'avouaient parfois qu'elle les aidait à vivre. On recherchait donc ma compagnie. Souvent, par exemple, on croyait m'avoir déjà rencontré. La vie, ses êtres et ses dons venaient au-devant de moi; j'acceptais ces hommages avec une bienveillante fierté. En vérité, à force d'être homme, avec tant de plénitude et de simplicité, je me trouvais un peu surhomme.
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  • Par pragmatisme, le 08 juin 2010

    "Sur le pont, je passai derrière une forme penchée sur le parapet, et qui semblait regarder le fleuve. De plus près, je distinguais une mince jeune femme, habillée de noir. Entre les cheveux sombres et le col du manteau, on voyait seulement une nuque, fraîche et mouillée, à laquelle je fus sensible. Mais je poursuivis ma route, après une hésitation... J'avais déjà parcouru une cinquantaine de mètres à peu près, lorsque j'entendis le bruit, qui, malgré la distance, me parut formidable dans le silence nocturne, d'un corps qui s'abat sur l'eau. Je m'arrêtai net, mais sans me retourner. Presque aussitôt ,j'entendis un cri, plusieurs fois répété, qui descendait lui aussi le fleuve, puis s'éteignit brusquement. "
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  • Par mandarine43, le 15 février 2012

    Je sais bien qu’on ne peut se passer de dominer ou d’être servi. Chaque homme a besoin d’esclaves comme d’air pur. Commander, c’est respirer, vous êtes bien de cet avis ? Et même les plus déshérités arrivent à respirer. Le dernier, dans l’échelle sociale a encore son conjoint, ou son enfant. S’il est célibataire, un chien. L’essentiel, en somme, est de pouvoir se fâcher sans que l’autre ait le droit de répondre.
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