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ISBN : 2070360423
Éditeur : Gallimard (1972)


Note moyenne : 3.93/5 (sur 2322 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
- Naturellement, vous savez ce que c'est, Rieux ?
- J'attends le résultat des analyses.
- Moi, je le sais. Et je n'ai pas besoin d'analyses. J'ai fait une partie de ma carrière en Chine, et j'ai vu quelques cas à Paris, il y a une vingtaine d'années. Seule... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par fredho, le 13 mai 2013

    fredho
    Avril 194.., La Peste s'installe en Algérie dans la ville d'Oran, chaque jour des cas mortels se multiplient. Pourtant la préfecture tarde à faire la déclaration de « l'état de La Peste » car elle ne veut pas inquiéter l'opinion publique. Mais au bout de quelques semaines, face à l'urgence le préfet ordonne de fermer les portes de la ville.
    Oran est isolée, séparée et coupée du reste du monde, les habitants deviennent « les prisonniers de La Peste », la ville ressemble à une condamnée à mort.
    L'épidémie progresse... La Peste frappe partout et garde la ville repliée sous elle. Elle devient une « affaire collective » et même ceux qui ne portent pas « cette cochonnerie de maladie » la porte dans leur cœur.
    La Peste ouvre les yeux des habitants et force à penser et à réagir. Chaque individu choisit son camp et adopte une attitude propre à lui-même.
    Albert Camus illustre son récit avec des personnages principaux comme Rieux le docteur, Cottard le trafiquant, Grand l'employé de mairie, Paneloux le prêtre, Tarrou le chroniqueur, Rambert le journaliste etc... Chacun de ces protagonistes incarne une morale différente face au fléau et même si ces hommes sont en désaccord sur différents plans, ils s'avèrent des « hommes de bonne volonté » qui agissent pour vaincre ensemble La Peste.
    Camus fait un rapprochement (sans le citer) de La Peste à la guerre et la montée du nazisme, et la lutte des hommes face au fléau représente la résistance.
    Les hommes occupent une place prépondérante dans son livre, comme si La Peste ne concernait que les hommes. Par conséquent on peut en déduire que les conflits ne sont qu'une histoire d'hommes ! La femme a une place au second rang, effacée, elle n'apparaît de temps à autre comme une douceur, un réconfort voire juste un soutien pour l'homme et non un être pensant.
    Dans son œuvre, l'auteur dépeint une communauté qui partage la même lutte, il démontre que les effets du fléau sur l'homme peuvent changer des mentalités, des sentiments et une vision du monde. Il démontre surtout qu'on est tous égaux devant la mort.
    Une œuvre de grande qualité, certains passages sont d'un réalisme terrifiant, la progression et les ravages de La Peste sont décrits dans les moindres détails.
    La scène de l'agonie de l'enfant est un des passages les plus douloureux car nous assistons, impuissants, à sa souffrance et inévitablement à sa mort.
    L'enfant représente le symbole de l'innocence et pour le coup Camus frappe là où ça fait mal !
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    • Livres 5.00/5
    Par colimasson, le 31 décembre 2013

    colimasson
    La peste ne parlerait que de La peste ? Ce serait éluder un peu trop rapidement le talent d'Albert Camus. Ses livres sont des strates qui entrecroisent plusieurs récits à plusieurs niveaux, tous étant essentiels les uns aux autres.

    La trame de l'histoire est simple et respecte la thématique annoncée. Dans les années 1940, La peste se déclare à Oran et force ses habitants à une mise en quarantaine qui déchaîne d'abord des réactions passionnées, avant de céder place à une indifférence de plus en plus tenace à mesure que la période de réclusion se prolonge. La peste semble alors ne jamais devoir finir et les habitants se résignent à ne plus revoir ceux dont ils sont coupés et –c'est peut-être le plus difficile- à devenir des personnages anhistoriques. Pourtant, autour d'eux, La peste continue à faire des ravages et ne laisse jamais deviner l'identité de ses futures victimes.

    Le récit, pris en charge par un narrateur d'abord mystérieux, se concentre sur le personnage du docteur Rieux. Technique, ne laissant jamais transparaître ses émotions et effaçant toujours son individualité en face des vagues que provoque l'ensemble de ses congénères, ce personnage est d'autant plus crédible qu'Albert Camus semble s'être directement inspiré de sa propre personnalité avant de l'intégrer à son récit. le docteur Rieux impose une distance qui convient aux évènements. En temps de peste, il s'agit de prendre son rôle au sérieux, de tout faire pour guérir les malades et pour soulager les familles, sans jamais s'impliquer au point de détruire sa propre santé ou de sacrifier son équilibre mental aux passions de l'affection. Pourtant, derrière ce professionnalisme intransigeant qui nous permettra de connaître la progression de la maladie jour après jour –ses lois absurdes, son imprévisibilité de la gratuité de ses engouements à ses rémissions inespérées-, une menace plus grande que celle de La peste se profile.

    Si la plupart des habitants d'Oran se méfient les uns des autres et doivent être mis en quarantaine dans leur propre foyer à chaque fois qu'un proche se révèle atteint de la maladie, le docteur Rieux ne peut pas se permettre la prudence. du premier jusqu'au dernier jour de l'épidémie –si tant est que le dernier jour existe vraiment-, sa profession lui aura permis de mieux connaître les hommes. Les malades, en général, mais aussi le père Paneloux et sa théorie du fléau divin, Raymond Rambert et ses désirs d'évasion, Joseph Grand et son intérêt monomaniaque pour la grammaire ou encore Mme Rieux, mère du docteur et double de la propre mère d'Albert Camus. Mais le docteur ne se laisse jamais abuser par les états d'âme de chacun et c'est toujours en sa qualité de technicien physiologiste qu'il décrit le comportement de ses semblables et de lui-même. Il nous arrache ainsi brutalement à nos croyances d'une identité propre à chacun. Nous sommes tous les mêmes, régis par des lois internes que nous ne maîtrisons pas mais qui nous incitent à trouver la meilleure ruse pour prolonger notre existence par-delà les fléaux. le docteur Rieux, froidement attendri par les effusions sentimentales qui demeurent toutefois en dépit des situations désespérées, ne place pas le salut dans ces considérations sans âme. Si le détachement lui semble salvateur, il ne fait que prolonger une existence sans saveur.

    « Il était juste que, de temps en temps au moins, la joie vînt récompenser ceux qui se suffisent de l'homme et de son pauvre et terrible amour. »

    C'est d'ailleurs là où souhaite en venir Albert Camus. Que La peste soit terrible parce qu'elle constitue un mal invisible qui touche indifféremment toutes les catégories de population, nous le savons tous et nous pouvons même l'accepter dans une certaine mesure. En revanche, le docteur Rieux ne semble pas pouvoir accepter le climat d'indifférence qui s'installe peu à peu dans la ville recluse d'Oran. La peste devient le symbole d'un autre fléau qui touche les âmes et ce mal porte le nom d'indifférence.

    « Nos concitoyens s'étaient mis au pas, ils s'étaient adaptés, comme on dit, parce qu'il n'y avait pas moyen de faire autrement. Ils avaient encore, naturellement, l'attitude du malheur et de la souffrance, mais ils n'en ressentaient plus la pointe. du reste, le docteur Rieux, par exemple, considérait que c'était cela le malheur, justement, et que l'habitude du désespoir est pire que le désespoir lui-même. »

    L'écrivain de l'absurde ne délaisse jamais sa volonté –absurde elle aussi- de décrire ce sentiment de détachement qui fait percevoir la vie à la manière d'un plateau de jeu régi par des lois guindées qu'on ne respecte plus que par habitude, avec une acceptation du corps mais sans l'approbation de l'âme. le désenchantement d'une ville se laisse à voir à travers le récit du docteur Rieux. Des décennies plus tard, cette peste mentale semble s'être propagée et avoir contaminé une plus grande partie du monde. Albert Camus ne décrit-il pas le sentiment général d'une société industrielle qui fonctionne parfaitement en apparence –ainsi que les rescapés de la maladie- mais qui est privée de toute âme, et qui ne sait plus vers où se diriger ?

    « La peste avait supprimé les jugements de valeur. Et cela se voyait à la façon dont personne ne s'occupait plus de la qualité des vêtements ou des aliments qu'on achetait. On acceptait tout en bloc. »

    La peste nous emporte dans son sillage beaucoup plus loin que prévu. Même lorsqu'elle se résorbe, elle n'empêche pas de laisser des séquelles dans les âmes qui ont connu le néant. Il s'agit ensuite de retrouver son humanité, à la manière d'Albert Camus qui se bat à chaque page pour ne pas laisser l'indifférence reprendre le dessus sur la gratuité superbe de la vie.

    Lien : http://colimasson.over-blog.com/article-la-peste-1947-d-albert-camus..
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    • Livres 5.00/5
    Par cicou45, le 13 novembre 2011

    cicou45
    Ce livre trônait depuis bien trop longtemps sur ma liste de livre à lire mais je retardais à chaque fois le moment de le lire. Pourquoi ? Ce n'était jamais le bon moment et je peux même dire, une fois l'avoir lu qu'il n'y a jamais de bon moment pour lire un de ces ouvrage où toute la misère humaine y est décrit dans toute sa grandeur.
    Oran dans les années '40, de plus en plus de personnes meurent jour après jour mais de quoi ? Je crois qu'il est très difficile de lutter contre un fléau tant qu'on n'y a pas mis un nom dessus car on ignore contre quoi on se bat. le docteur Rieux, l'un des protagonistes de ce roman, se fera un point d'honneur à appeler les choses par leur nom. Nous font-elles moins peur alors ? Pas forcément mais on peut alors mettre toutes les chances de son côté afin de l'enrayer. le fléau qui fait rage ici se prénomme peste. Aussi, Rieux, accompagné de ses amis de fortune, à savoir l'employé de mairie Grand, Cottard, Tarrou et le journaliste Rambert ainsi que de nombreuses autres personnes du corps médical ou volontaires vont-ils lutter de toutes leurs forces afin de vaincre la maladie. Après avoir pris des mesures radicales comme fermer les portes de la ville et empêcher tout envoi de courrier,ou du moins le réduire au strict minimum, tout comme pour les moyens de transport et l'utilisation de l'électricité, les habitants doivent apprendre à vivre en autarcie, coupés du monde. Aussi, en dépit des séparations déchirantes qui eurent lieu dans certaines familles ou entre deux amants, les habitants d'Oran vont voir naître en eux un sentiment nouveau : celui de l'entraide. C'est dans ces moments là que l'on se rend compte que les hommes sont tous égaux. Oui, tous égaux face à la mort et ils doivent donc se liguer contre une telle injustice lorsque celle-ci vient frapper les plus jeunes ou les plus faibles.
    Roman que j'ai trouvé rempli d'humanisme et très émouvant. L'écriture de Camus, que je ne connaissais jusqu'alors qu'à travers des extraits, est parfois ambigüe puisque le lecteur n'arrive pas toujours à cerner les sentiments propres de l'auteur mais elle est agréable à lire et poignante de vérité !
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    • Livres 5.00/5
    Par mickbu, le 24 juin 2013

    mickbu
    « La Peste »
    La chronique littéraire déjoue assez curieusement les standards d’écritures ; c’est précisément d’une réalité d’arrière-plan, que vient exhumer l’écriture, que rendront timbre et sonorité d’ensemble ; de sorte que la nature des événements relatés, l’établissement des faits selon l’ordre des temps, impliquent que le ton littéraire soit prédéterminé, que l’écrivain devienne « seulement » le chroniqueur obligé d’une condition que l’artifice n’autorise plus.
    Camus retrace avec justesse l’épisode de peste bubonique survenu à Oran en 1945, tout en suggérant le dessein probable de l’existence humaine face à la calamité du monde, cet ordre « vacuitaire » d’où se réfracte l’héritage historique des conjonctions et conduites humaines. « Vous savez quels fléaux ont éclaté sur nous ….» dit Voltaire Œdipe II, le fléau est la désolation qui frappe la condition humaine sans prévenir, il est cruel, injuste, et saura se faire oublier. Ce terrassement du néant cause chez l’homme cette forme d’effet retord, semblable à la catharsis dramatique bien qu’éloigné, extirpé de son formalisme rituel, ses actes échappent à la syntonie réflexe, ordinairement établie, il est comme nous l’indique Aristote « purifié par le spectacle du châtiment…. », mais le fléau n’annonce aucune fin, il est présent, force à l’exil, ici l’effet se prolonge par la claustration et l’incertitude du lendemain. Les gens ont cessé de croire, la souffrance est là, le plaisir s’est tu, l’espérance a revêtu le maque blême de la fin attendue.
    Un huis clos funeste que le catastrophisme ambiant ne semble atteindre, un trio, mené tambour battant par le docteur Rieu, personnage central du roman, ses deux acolytes que sont Rampert et Tarrou pour qui combat, résolution testamentaire ou intention la plus spontanée fédèrent l’action ; puis le désavoué Cottard, dont l’anarchie libère l’incorrection du malfaiteur abstinent à qui pourtant le narrateur trouve des circonstances atténuantes. Cette confusion qui voit lors de mouvement de masse une sorte de surenchère à la scélératesse matérielle, confusion à laquelle aucun mot ne sied et qui pourtant rend le monde, de ces individus, tolérable.
    La qualité indéniable de l’œuvre réside de part l’intensité subjective d’une empreinte sensible sans cesse réinterrogée, lorsque l’innocence se voit transpercée par l’éperon contendant d’une cruauté sans nom, d’un châtiment aveugle et désespérant, pour qui même la foi du père Paneloux ne semble faire de distinction par ailleurs.
    L’action des trois hommes recentre le désespoir d’une humanité livrée à elle-même et laisse poindre l‘exhalaison si spéciale d’un optimisme jamais feint, que le contrepoint du sort ne parvient à souffler.
    Ainsi le fléau purifie l’humanité de son inconduite, la purgation survient à la manière de la tragédie en corrigeant en nous les passions par la terreur et la compassion - ci-gît le génie Grec, de n’avoir point concédé au hasard le terrible, et l’absurde abîme de l’oubli -, mais aucune leçon n’est autant déshonorante pour l’homme, chacun doit obvier, prévenir le mal, se garder du fléau, ou tout au moins s’y confondre ; telle est la superbe parabole philosophique esquissée par un Camus modéré par la circonstance, en cette période troublée par le cataclysme que chacun entrevoit.
    « La peste » repousse avec brio le canevas maquetté de la tétralogie de l’absurde à quoi on attribue confusément l’héritage camuséen.
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    • Livres 4.00/5
    Par fran6h, le 11 décembre 2013

    fran6h
    Le bacille de la peste ne meurt ni ne disparait jamais.
    C'est l'écoute du "gai savoir" de Raphaël Enthoven sur France Culture qui m'a poussé à ouvrir les pages de ce livre, dont évidemment je connaissais l'existence. Mais lire Camus, en ce qui me concerne, représente toujours un sacrifice. Et "la peste" n'échappe pas à la règle. Camus, une lecture exigeante et complexe, qui demande un effort que, peut-être, je ne suis pas capable d'accomplir. J'ai aimé "la peste" mais ai-je bien saisi tout le sens du texte ?
    la peste c'est une longue parabole, où la maladie représente la guerre, la tyrannie, l'idéologie destructrice. la peste c'est aussi l'histoire d'une résistance, opiniâtre, acharnée. la peste c'est aussi le repli et la peur. Mais la peste c'est aussi le révélateur, en négatif en quelque sorte, du caractère profond de l'homme avec ses grandeurs et ses bassesses, de l'humanité qui vaincra, même si "le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais".
    Camus brosse un tableau en nuances de gris (et la description d'Oran dans les premières pages donne le ton) à partir de quelques personnages qui évolueront au rythme de la propagation de la maladie. C'est long et parfois un peu répétitif, comme cette ville close, comme cette vie qui oscille entre fatalité et combat, mais la réflexion du lecteur est toujours sollicitée.
    Moins abordable que "L'étranger", "la peste" est un récit froid qui véhicule mal l'émotion et qui, malgré sa concision et un style plutôt sobre, est long à lire. Un chef d'œuvre quand à l'ingéniosité de la parabole qui n'en fait pas, à mon sens, un chef d'œuvre de la littérature.

    Lien : http://animallecteur.canalblog.com/archives/2013/12/11/28635523.html
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Citations et extraits

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  • Par Megelio, le 18 juillet 2014

    Cette séparation brutale, sans bavures, sans avenir prévisible, nous laissait décontenancés, incapables de réagir contre le souvenir de cette présence, encore si proche et déjà si lointaine, qui occupait maintenant nos journées. En fait, nous souffrions deux fois – de notre souffrance d’abord et de celle ensuite que nous imaginions aux absents, fils, épouse ou amante.

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  • Par fredho, le 12 mai 2013

    Vous n'avez jamais vu fusiller un homme? Non, bien sûr, cela se fait généralement sur invitation et le public est choisi d'avance. Le résultat est que vous en êtes resté aux estampes et aux livres. Un bandeau, un poteau, et au loin quelques soldats. Eh bien, non! Savez-vous que le peloton des fusilleurs se place au contraire à un mètre cinquante du condamné? Savez-vous que si le condamné faisait deux pas en avant, il heurterait les fusils avec sa poitrine? Savez-vous qu'à cette courte distance, les fusilleurs concentrent leur tir sur la région du coeur et qu'à eux tous, avec leurs grosses balles, ils y font un trou où l'on pourrait mettre le poing? Non, vous ne le savez pas parce que ce sont là des détails dont on ne parle pas. Le sommeil des hommes est plus sacré que la vie pour les pestiférés. On ne doit pas empêcher les braves gens de dormir. Il y faudrait du mauvais goût, et le goût consiste à ne pas insister, tout le monde sait ça. Mais moi je n'ai pas bien dormi depuis ce temps là. Le mauvais goût m'est resté dans la bouche et je n'ai pas cessé d'insister, c'est-à-dire d'y penser.
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  • Par PhilippeMaurice, le 15 septembre 2013

    Il savait ce que sa mère pensait et qu'elle l'aimait, en ce moment. Mais il savait aussi que ce n'est pas grand-chose que d'aimer un être ou du moins qu'un amour n'est jamais assez fort pour trouver sa propre expression. Ainsi, sa mère et lui s'aimeraient toujours dans le silence. Et elle mourrait à son tour - ou lui - sans que, pendant toute leur vie, ils pussent aller plus loin dans l'aveu de leur tendresse. [...] Mais lui, Rieux, qu'avait-il gagné d'avoir connu la peste et de s'en souvenir, d'avoir connu l'amitié et de s'en souvenir, de connaître la tendresse et de devoir un jour s'en souvenir. Tout ce que l'homme pouvait gagner au jeu de la peste et de la vie, c'était la connaissance et la mémoire.
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  • Par Under_The_Moon, le 22 août 2012

    Le docteur regardait toujours par la fenêtre. D'un côté de la vitre, le ciel frais du printemps, et de l'autre côté le mot qui résonnait encore dans la pièce : la peste. Le mot ne contenait pas seulement ce que la science voulait bien y mettre, mais une longue suite d'images extraordinaires qui ne s'accordaient pas avec cette ville jaune et grise, modérément animée à cette heure, bourdonnante plutôt bruyante, heureuse en somme, s'il est possible qu'on puisse être à la fois heureux et morne. Et une tranquillité si pacifique et si indifférente niait presque sans effort les vieilles images du fléau, Athènes empestée et désertée par les oiseaux, les villes chinoises remplies d'agonisants silencieux, les bagnards de Marseille empilant dans des trous les corps dégoulinants, la construction en Provence du grand mur qui devait arrêter le vent furieux de la peste, Jaffa et ses hideux mendiants, les lits humides et pourris collés à la terre battue de l'hôpital de Constantinople, les malades tirés avec des crochets, le carnaval des médecins masqués pendant la Peste noire, les accouplements des vivants dans les cimetières de Milan, les charrettes de morts dans Londres épouvanté, et les nuits et les jours remplis, partout et toujours, du cri interminable des hommes.
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  • Par PiertyM, le 11 septembre 2013

    «..Quand j’ai eu dix-sept ans, en effet, mon père(avocat) m’a invité à aller l’écouter. Il s’agissait d’une affaire importante, en cour d’assises, et, certainement, il avait pensé qu’il apparaîtrait sous son meilleur jour. Je crois aussi qu’il comptait sur cette cérémonie, propre à frapper les jeunes imaginations, pour me pousser à entrer dans la carrière que lui-même avait choisie. J’avais accepté, parce que cela faisait plaisir à mon père et parce que, aussi bien, j’étais curieux de le voir et de l’entendre dans un autre rôle que celui qu’il jouait parmi nous. Je ne pensais à rien de plus. Ce qui se passait dans un tribunal m’avait toujours paru aussi naturel et inévitable qu’une revue de 14 juillet ou une distribution de prix. J’en avais une idée fort abstraite et qui ne me gênait pas.

    « Je n’ai pourtant gardé de cette journée qu’une seule image, celle du coupable. Je crois qu’il était coupable en effet, il importe peu de quoi. Mais ce petit homme au poil roux et pauvre, d’une trentaine d’années, paraissait si décidé à tout reconnaître, si sincèrement effrayé par ce qu’il avait fait et ce qu’on allait lui faire, qu’au bout de quelques minutes je n’eus plus d’yeux que pour lui. Il avait l’air d’un hibou effarouché par une lumière trop vive. Le nœud de sa cravate ne s’ajustait pas exactement à l’angle du col. Il se rongeait les ongles d’une seule main, la droite… Bref, je n’insiste pas, vous avez compris qu’il était vivant.

    « Mais moi, je m’en apercevais brusquement, alors que, jusqu’ici, je n’avais pensé à lui qu’à travers la catégorie commode d’“inculpé”. Je ne puis dire que j’oubliais alors mon père, mais quelque chose me serrait le ventre qui m’enlevait toute autre attention que celle que je portais au prévenu. Je n’écoutais presque rien, je sentais qu’on voulait tuer cet homme vivant et un instinct formidable comme une vague me portait à ses côtés avec une sorte d’aveuglement entêté. Je ne me réveillai vraiment qu’avec le réquisitoire de mon père.

    « Transformé par sa robe rouge, ni bonhomme ni affectueux, sa bouche grouillait de phrases immenses, qui, sans arrêt, en sortaient comme des serpents. Et je compris qu’il demandait la mort de cet homme au nom de la société et qu’il demandait même qu’on lui coupât le cou. Il disait seulement, il est vrai : “Cette tête doit tomber.” Mais, à la fin, la différence n’était pas grande. Et cela revint au même, en effet, puisqu’il obtint cette tête. Simplement, ce n’est pas lui qui fit alors le travail. Et moi qui suivis l’affaire ensuite jusqu’à sa conclusion, exclusivement, j’eus avec ce malheureux une intimité bien plus vertigineuse que ne l’eut jamais mon père. Celui-ci devait pourtant, selon la coutume, assister à ce qu’on appelait poliment les derniers moments et qu’il faut bien nommer le plus abject des assassinats.

    « À partir de ce jour, je ne pus regarder l’indicateur Chaix qu’avec un dégoût abominable. À partir de ce jour, je m’intéressai avec horreur à la justice, aux condamnations à mort, aux exécutions et je constatai avec un vertige que mon père avait dû assister plusieurs fois à l’assassinat et que c’était les jours où, justement, il se levait très tôt. Oui, il remontait son réveil dans ces cas-là. Je n’osai pas en parler à ma mère, mais je l’observai mieux alors et je compris qu’il n’y avait plus rien entre eux et qu’elle menait une vie de renoncement. Cela m’aida à lui pardonner, comme je disais alors. Plus tard, je sus qu’il n’y avait rien à lui pardonner, parce qu’elle avait été pauvre toute sa vie jusqu’à son mariage et que la pauvreté lui avait appris la résignation.

    « Vous attendez sans doute que je vous dise que je suis parti aussitôt. Non, je suis resté plusieurs mois, presque une année. Mais j’avais le cœur malade. Un soir, mon père demanda son réveil parce qu’il devait se lever tôt. Je ne dormis pas de la nuit. Le lendemain, quand il revint, j’étais parti… »
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