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Critiques sur Dans la ville des veuves intrépides (6)


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    • Livres 4.00/5
    Par levraoueg le 17/05/2009


    Tout commence le 15 novembre 1992, un dimanche ordinaire, à Mariquita, petit village colombien. Ce jour là, des hommes en armes et se disant appartenir à l’armée du peuple débarquent à Mariquita. Ils emmènent avec eux tous les hommes du village, les enrôlant malgré eux dans la guérilla, n’hésitant pas à abattre les quelques résistants sous les yeux de leurs familles. Après leur départ, ne restent plus à Mariquita que les femmes, les enfants et le prêtre. Les femmes vont alors devoir s’organiser pour survivre, prendre en main la mairie, l’école, l’agriculture, et réinventer une société nouvelle fondée sur la propriété collective et la démocratie participative…

    Mais quiconque résumerait sérieusement, comme je viens de le faire, le début de ce roman, ne rendrait absolument pas compte de qu’il est réellement, de sa folie, de sa drôlerie, de sa truculence. Sa construction est très originale. Chaque chapitre se déroulant à Mariquita est centré sur l’une des habitantes du village. Et entre deux chapitres, s’intercalent de courts récits de vie (d’une page ou deux) écrits par un journaliste qui parcourt le pays à la rencontre des guérilleros. Les récits journalistiques sont écrits sérieusement, avec réalisme, et constrastent avec les chapitres de fiction. C’est pourtant la même histoire qui s’y raconte, les mêmes vies frappées par la violence, la misère, l’analphabétisme, et la guerre perpétuelle. Puis à la fin du roman, James Cañon réunit fort habilement les deux parties, en faisant entrer le journaliste dans la fiction, avec dans son sac à dos un exemplaire de “Cent ans de solitude”.

    Difficile d’ailleurs de parler de ce roman, sans évoquer Gabriel García Márquez et son “réalisme magique”, tant James Cañon semble s’être nourri de cette culture. C’est un conte, une fable qu’il nous raconte, comme un rêve construit pourtant sur une dure réalité. Mais il y aurait mille façons de parler de ce livre, car il y a en fait plusieurs romans en un, plusieurs tons et plusieurs grands sujets : celui bien sûr de la Colombie déchirée par les luttes armées, mais aussi ceux de l’identité sexuelle et de l’invention d’autres modèles sociétaux. C’est un premier roman très ambitieux, très riche, dont la lecture est absolument jubilatoire. Une très belle découverte !

    critique de qualité ? (3 votes positifs)



    • Livres 3.00/5
    Par tchaika le 22/04/2009


    j'ai bien aimé au début, sans doute à cause de 'atmosphère " cent ans de solitude"
    mais réactualisée, puis je me suis lassée,

    critique de qualité ? (0 votes positifs)



    • Livres 4.00/5
    Par betty le 13/01/2009


    Que faire des jeunes filles qui veulent désespérément un homme? Que faire quand plus personne n'a de de notion du temps? Que faire quand le village n'a plus de quoi se nourrir? Les anecdotes sont bien croustillantes , ces bonnes dames sont des beaux personnages tour à tour grotesques ou émouvantes ...
    Le rythme est très enlevé, l'histoire est bien menée : aucun risque d'ennui! Les femmes et leur curé, après une période de désarroi , décident de se prendre en main pour éviter de sombrer dans la misère. Elles finissent par chasser le curé , s'adapter à un monde sans hommes et fonder un village idyllique où tout est partagé, où l'on vit en harmonie avec la nature. Un peu d'optimisme et de tolérance dans un monde de brutes...

    Le contexte , on le connait, malheureusement : la guerilla en Colombie qui s'oppose aux paramilitaires et au gouvernement. Les portraits de soldats qui apparaissent à la fin de chaque chapitre nous plongent dans la cruelle réalité de la guerre civile. Car du reste , une fois que les hommes sont partis, réquisitionnés par la guerilla, les souris dansent... Non, disons que les femmes qui restent sentent souffler le vent de la liberté et qu'il sera difficile de leur lui enlever même quand les hommes reviendront...

    critique de qualité ? (0 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par lethee le 12/01/2009


    Pour ceux qui n'ont pas lu le livre, et viennent ici à la recherche de quelques conseils de lecture sachez simplement que ne pas lire ce livre est un manquement fondamental à votre bonne santé littéraire. L'auteur, pour son premier roman, montre un réel talent tant au niveau de l'écriture, de l'histoire qui est à la fois drôle, touchante, émouvante, originale et exotique. Se priver d'une telle lecture est un sacrilège. Vous allez y prendre non seulement du plaisir, mais un certain goût également, réclamant rapidement un autre ouvrage de l'auteur. C'est dépaysant, bien écrit (et même mieux), hilarant, et de surcroît très très intelligent. L'écriture en est facile d'accès. Il vous faudra cependant une certaine ouverture d'esprit, comme toujours avec les romans sud-américains (je n'ai jamais pu lire Cent ans de solitude, roman cité quelques fois dans Les veuves, et la première fois que j'ai lu Zoé Valdès, je me suis demandé vraiment où j'avais attérri.). N'ayez pas peur d'être un peu bousculé ! Voilà pour ce que je peux dire afin de vous inciter à le lire, sans trop dévoiler l'histoire et son dénouement. Pour en savoir plus sur le sujet, je vous invite à visiter Amazon ici, pour lire le résumé.


    Nous sommes en 1992 et en Colombie, c'est la guerre. Indiens, paysans subissent les batailles continuelles des guérilléros, des paramilitaires, et de l'armée colombienne. Le conflit semble dépasser tous ceux qui le subissent autant que ceux qui le poursuivent. Cependant, il dure. C'est alors que les guérilléros, bien plus connus pour leur violence que pour leur politique, viennent chercher les hommes disponibles dans tous les villages qu'ils rencontrent. Au passage bien sûr, ils pillent, violent, tuent, empoisonnent et détruisent au nom d'une liberté qu'ils prétendent distribuer à qui veut bien les aider à l'incarner.
    C'est pour cette raison qu'un beau matin de dimanche, Mariquita se voit soudain dépeuplé de ses hommes et jeunes garçons. Ne resteront que des veuves, un prêtre, quatre garçons de moins de 12 ans, un Julio qui deviendra Julia, et un homosexuel qui n'était pas là lors de la rafle.
    Que peut bien devenir un village sans les hommes ? Qui va entretenir les voiries ? Qui travaillera la terre ? Qui procédera aux réparations diverses ? Et surtout, qui assurera la pérénité du commerce de Madame Emilia, la maison close du village ? Pire encore, qui assurera la descendance de Mariquita ?

    Un roman transgenre

    Ce ne sont certainement pas les hommes rescapés. L'un est homosexuel. Les quatres autres jeunes gens se réveleront eux aussi incapables de faire face à leur devoir de procréation, et même le prêtre, dont l'ardeur à la tâche n'a jamais connu d'égale mesure dans son art de la messe, se « sacrifiera » pour rien. Le désir procréation semble maudit à Mariquita, et ne mène qu'à des échecs. C'est avant tout que dans l'histoire de James Canon, les événements ressemblent plutôt à ce dont rêvent les transexuels : de se voir pousser des seins, d'avoir soudain une voix de fille, de voir tomber son pénis. Ce que les transexuels mettent des années à obtenir, à payer, voire seulement à rêver, James Canon le rend possible de la manière la plus naturelle et involontaire. Ces castrations et autres poussées de protubérances se révèlent finalement salvatrices, puisqu'elles sauvent les hommes des femmes... Pas de descendance donc, et pourtant, il faut bien trouver une solution. Seulement celle-ci doit être en adéquation avec l'intérêt de tout le village, et à mesure que les solutions matérielles sont trouvées, il semble que les habitant(e)s du village se rapprochent d'un état « hermaphrodite », excluant la reproduction. Bientôt ne resteront plus que des veuves, des femmes entre elles, qui se passeront volontiers des hommes au fil du temps, pour se donner caresses et amour sans soumission, à mains égales.

    Et les hommes dans tout cela ?

    Les hommes sont raflés au début du roman. Cependant, ils viennent ponctuer les histoires de Mariquita par de brèves anecdotes, presque toujours morbides, toujours au sujet de la guerre. C'est cela un homme : ça part, ça produit, ça fait la guerre, et entre les bonnes nouvelles, ça en apporte de mauvaises. Ainsi, tout au long du roman, les hommes se font témoins de la guerre qu'ils sont les seuls à vouloir, les seuls à faire. Pendant que les femmes s'acharnent à trouver un moyen de faire vivre le village, d'assurer une continuité à la communauté, les hommes exterminent ce qu'ils trouvent ailleurs.
    Même le prêtre, censé être un représentant de Dieu à la fois chaste, pacificateur, brisera tous les commandements. Le prêtre se transforme en pêcheur par excellence, puis déserte les lieux de ses méfaits en emportant les actes de naissance des villageoises : par là, il signifie qu'après la disparition du dernier véritable symbole masculin du village, les femmes ne peuvent plus exister. Elles n'ont plus d'existence légale. Elle n'existent plus Dieu et sans les hommes : mais c'est un point de vue d'homme de Dieu. Qu'importe, elles écriront leur propre bible : une bible de femme pour une communauté de femmes peut très bien remplacer une bible d'hommes dans un monde d'hommes où vivent les femmes.


    Le temps est impossible...

    Affranchies de Dieu, affranchies des hommes, les femmes finissent un beau jour par s'affranchir du temps. Qu'importe ! Elles inventeront le leur : un temps féminin. Bien sûr, le temps des femmes ne peut que tourner à l'envers.. et remonter en sens inverse. Tandis que celui des hommes « est tout entier tourné vers la productivité » (p. 249), celui des femmes sera tout entier tourné vers la communauté. Le même temps, les mêmes règles, les mêmes sources. Les femmes remontent donc le temps et évoluent vers une harmonie parfaite. Quelques hommes, plus tard de retour, auront du mal à comprendre, puis à vouloir se plier aux règles de la « nouvelle Mariquita ». Eux d'ailleurs, l'appellent toujours « le mariquita ». Tandis qu'ils contemplent le village, happés par la nostalgie de l'ancien règne des hommes, les femmes remontent le temps vers un avenir à rebours, plus naturel, plus simple et plus paisible. Elle refont le temps plus qu'elles ne remontent les aiguilles.


    James Canon nous invente là une génèse particulière, celle d'un village de femmes dans un pays d'hommes. Celle d'un petit coin de retraite obligée à la recherche de la paix, dans un monde qui ne cesse de poursuivre la guerre. Celle d'un pays où tout est interdit aux femmes, aux hommes qui veulent devenir des femmes, et qui pourtant ignore qu'en son centre, en son coeur, certaines et certains parviennent à atteindre leur rêve de métamorphose. Il nous rappelle aussi que les femmes peuvent toujours s'affranchir des hommes et de leur passation de tutelle de père en époux, quand bien même ces derniers ne rêvent que de garder le pouvoir et la possession de tout.


    Lien : http://lethee.over-blog.com/article-22196291.html

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    • Livres 5.00/5
    Par ameleia le 22/12/2008


    Comment bâtir une société idéale fondée sur le respect et l'équité ? En se débarrassant des hommes bien sûr ! Et l'amour me direz-vous ? C'est justement là le problème : encore faut-il d'abord rétablir la paix, et puis aussi l'égalité, et puis peut-être après inventerons-nous la douceur... Comme les hommes du village de Mariquita en sont dénués, qu'un coup du destin nous en débarrasse ! Et c'est ce que fit le destin : voilà qu'un jour les guerrilleros réquisitionnent tous les hommes du village. Dès lors, l'anarchie s'installe lentement : avant de résoudre le problème de l'électricité et de rétablir l'eau courante, le plus important c'est le corps. Pour le satisfaire, ces dames créent un bordel ambulant. En patronne moderne Emilia met en place un plan de formation avec des positions et des techniques sexuelles hors du commun en faisant passer des « oraux » à ses congénères. Mais le drame devient fatalité lorsque la petite communauté se met en quête de procréer. Le prêtre lui-même se lance dans une croisade de reproduction sacrificielle, baisant allègrement au nom du Seigneur. Mais de ses visitations divines, ne sortent que le souffle du vide et quelques brutalités. Quelle fatalité encore frappe les jeunes adolescents en qui on place tout le salut séminal du village, lorsque le jour de l'exploit attendu ils subissent une tombée magique de pénis ? Bref le destin s'est abattu sur le petit village de Mariquita pour qu'aucun homme n'y survive.

    Lien : http://ameleia.over-blog.com/

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    • Livres 5.00/5
    Par bibliopmo le 03/04/2008


    Baroque, foisonnante, éblouissante de fantaisie, la chronique tragico-burlesque d’une bourgade perdue au fin fond de la Colombie. Un roman brillant, inventif, hilarant.
    Depuis ce jour où les guérilleros ont débarqué et réquisitionné tous les hommes de la ville, Mariquita tombe en ruine. Seules, livrées à elles-mêmes, les femmes ne savent plus à quel saint se vouer.
    Qu’à cela ne tienne. De ménagères soumises, d’épouses dociles, les femmes vont se transformer en leaders politiques de choc, instigatrices flamboyantes d’un nouvel ordre social.
    Ainsi, les très moustachues soeurs Morales décident de remédier à leur condition de célibataires frustrées en créant un bordel ambulant ; Francisca, la veuve d’un grippe-sou notoire, mène la grande vie après avoir découvert le magot de son mari.
    Et surtout, la ville de Mariquita peut compter sur la tenace Rosalba, la veuve du brigadier, auto-proclamée maire, et sur padre Rafael, seul rescapé de la gent masculine, qui n’hésite pas à se porter volontaire pour assurer la procréation de la nouvelle génération…

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