Après avoir écrit la vie de Lautréamont, de Raymond Roussel, de Christophe et de quelques autres, François Caradec publie celle de son chien, un "Epagneul Saint Sulpice" né au Togo...
Mais c'est si court, la vie d'un chien, qu'il ne faut pas autant de pages que po... > voir plus
La tendresse d'un chien est faite de spontanéité, de naïveté, droite et directe : un chien ne ment jamais. Cette honnêteté scrupuleuse échappe à ceux qui craignent les chiens, parce que ce sont eux qui leur font peur en retirant la main.
Mon chien a une logique à lui. Ainsi, lorsqu'il a plu, il tire sur sa laisse pour me faire traverser la rue : s'il existe une chance pour que l'autre trottoir soit sec, pourquoi la négliger ? Mon expérience d'homme me dit le contraire, mais pourquoi ne pas essayer ? J'en ferais une tête si, un jour, en effet, le trottoir d'en face n'était pas mouillé ! Ce que beaucoup attendent d'un monde meilleur, il le croit réalisable, et tout de suite.
Tous les chiens savent où il y a de l'eau. Ce sixième sens est parfois si développé qu'il trahit une hantise. Ainsi, mon chien n'est jamais entré dans une salle de bain par méprise ; seulement par force. Il flaire la présence d'un robinet à dix mètres ! Et le mot bain est le seul phonème qu'il redoute, au point que le pain est devenu suspect.
Il y a parfois de la tristesse dans le regard d'un chien qui repose les yeux ouverts, après un gros soupir : ce n'est qu'une mélancolie fugitive, un moment d'absence, lorsqu'aucun son, aucune odeur ne viennent éveiller son attention. De tels moments sont rares ; il semble que les mouches aient été créées pour occuper ces loisirs.