> Patrick Couton (Traducteur)

ISBN : 2070415767
Éditeur : Gallimard (2000)


Note moyenne : 4.15/5 (sur 54 notes) Ajouter à mes livres
"Je suis le Faiseur, dont la torche parlait, se dit Alvin. Elle a vu que j'avais en moi de quoi devenir un Faiseur. Faut que je trouve cette fille et faut qu'elle me dise ce qu'elle a vu. Parce que je le sais : si je possède ces pouvoirs que je me suis découverts, ce n'... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 5.00/5
    Par BVIALLET, le 05 mai 2012

    BVIALLET
    Très pieux et affublé d'une femme souffreteuse et stérile, Chicaneau Planteur s'imagine participer à la sainte œuvre du Seigneur en fécondant un maximum de ses esclaves noires. Ainsi, en donnant naissance à de petits métis qui à leur tour se reproduiront, espère-t-il que leur couleur de peau s'éclaircira et par la même occasion leur noirceur d'âme s'estompera. Une de ces femmes parvient à s'échapper avec son jeune enfant, Arthur Stuart, qui sera recueilli par Horace, l'aubergiste et sa femme. de son côté, Alvin apprend dans la douleur son métier de forgeron sous la férule de Conciliant Smith qui le garde à ses côtés jusqu'à ses 19 ans alors qu'il n'a plus rien à lui apprendre depuis longtemps. Peggy qui a quitté sa famille revient quelques années plus tard sous le costume de Miss Larner, la revêche institutrice de l'école du village où Arthur n'est pas accueilli en raison de la couleur de sa peau. Mais Chicaneau ne s'avoue pas vaincu, il veut récupérer le jeune « nègre marron » et lance des pisteurs sur sa trace…
    Moins sanglant et moins triste que le tome précédent, ce troisième volet de la saga n'en est pas moins assez dur par son thème : l'esclavage, la traite des Noirs et les préjugés raciaux et théologiques. Bien que cette histoire soit rebattue, Card arrive à la rendre intéressante et touchante grâce à un traitement plein d'humanité et de fraîcheur. le décalage uchronique et l'atmosphère de fantaisie fantastique alliés au grand talent de l'auteur le permettent. Alvin devient un véritable Faiseur, il parvient même à transformer le fer en or et à maîtriser le feu et la matière au point de plonger ses mains puis son corps entier dans les braises de la forge de Smith ! Bien entendu, cartésiens et rationalistes seront priés de s'abstenir, les autres se régaleront avant de dévorer la suite des aventures de ces passionnantes chroniques qui, un peu à la manière des fables ou des contes philosophiques mettent des histoires fantaisistes et « paranormales » au service de grandes idées et de terribles réalités. Basée sur la conquête de territoires vierges et sur le principe de la liberté pour l'homme blanc, la création des Etats-Unis d'Amérique fut également une terrible souffrance pour la nature, l'homme rouge et l'homme noir…

    Lien : http://www.etpourquoidonc.fr/
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    • Livres 5.00/5
    Par Morgouille, le 01 juin 2010

    Morgouille
    Troisième tome… Et quel troisième tome ! On retrouve évidemment Alvin, petit gars profondément bon. Alvin et ses choix, toujours réfléchis. Alvin que l'on voit grandir au fil de son apprentissage. [...]

    Lien : http://morgouille.wordpress.com/2010/06/01/les-chroniques-d%e2%80%99..
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Citations et extraits

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  • Par Morgouille, le 01 juin 2010

    Comme un homme rouge, voilà comment il se déplaçait. Rapidement, ses vêtements d’homme blanc l’irritèrent ; il s’arrêta pour les retirer et les fourrer dans son sac à dos, puis se remit à courir nu comme un geai et sentit les feuilles des taillis lui caresser la peau. Bientôt il s’abandonna au rythme de sa course, il oublia son propre corps pour devenir partie intégrante de la forêt vivante et progresser plus vite, plus en puissance, sans manger, sans boire. Comme un homme rouge, capable de courir indéfiniment au fond des bois sans avoir besoin de repos et de couvrir des centaines de milles en une seule journée.
    C’était la manière naturelle de voyager, Alvin le savait. Non pas dans des chariots grinçants qui bringuebalaient en terrain sec, pataugeaient dans les chemins boueux. Pas plus qu’à cheval, pauvre bête qui suait et se traînait sous son cavalier, esclave de l’impatience d’arriver de son maître, qui ne pouvait pas aller où elle voulait. Seulement un homme dans les bois, pieds nus sur le sol, visage offert au vent, courant dans un rêve.
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  • Par Morgouille, le 01 juin 2010

    De la maison parvinrent des cris de dispute, forts mais pas assez clairs pour qu’Alvin comprenne les mots.
    « En colère, fit Arthur Stuart. Il regardait droit vers la maison, aussi figé qu’un chien à l’arrêt.
    « T’entends ce qu’ils racontent ? demanda Alvin. La Peg Guester dit tout l’temps que t’as des oreilles de chien, qu’elles s’dressent au moindre bruit. »
    Arthur Stuart ferma les yeux. « T’as pas l’droit d’faire mourir ce garçon d’faim », dit-il.
    Alvin faillit carrément éclater de rire. Arthur imitait à la perfection la voix de Gertie Smith, il n’avait jamais entendu ça.
    « L’est trop grand pour recevoir une roustée et j’veux y apprendre », fit Arthur Stuart.
    Cette fois, c’était exactement la voix du patron forgeron. « Ben ça ! » murmura Alvin.
    Le petit Arthur poursuivit aussitôt : « Alvin va manger cette assiettée, Conciliant Smith, si tu veux pas t’la recevoir sus la tête.
    — J’aimerais bien voir ça, vieille sorcière, j’te casserais les bras. »
    Alvin ne put se retenir, il éclata de rire. « Du djab si t’es pas un véritab’ oiseau moqueur, Arthur Stuart. »
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  • Par Morgouille, le 01 juin 2010

    — Arthur Stuart est plus futé qu’tous les aut’ drôles qu’iront dans cette école, et vous connaissez ça.
    — Raison de plus pour ne pas le bercer d’illusions si c’est pour les lui retirer quand il sera plus grand. J’exprime ce que nous dictent les usages, dame Guester, pas le cœur.
    — Ben alors, pourquoi donc vous autres, les sages du conseil d’école, vous dites pas aux foutus usages d’aller voir ailleurs et qu’vous faites pas c’qui est juste ? J’peux pas vous obliger contre vot’ volonté mais, bon Dieu, j’vous laisserai pas faire accroire que c’est pour l’bien d’Arthur ! »
    Horace grimaça. Il n’aimait pas entendre jurer la Pag. Ca l’avait prise dernièrement, la fois où elle avait injurié Milicent Mercher qui insistait pour qu’on l’appelle « Madame Mercher » au lieu de « dame Mercher ». Horace ne voyait pas ça d’un bon œil, des mots pareils dans sa bouche, surtout qu’elle n’avait pas l’air de sentir où et quand elle pouvait se les permettre, contrairement à un homme, du moins c’est ce qu’il disait. Mais la Peg répliquait que si on ne pouvait pas injurier une menteuse d’hypocrite, alors pourquoi avait-on inventé les jurons ?
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  • Par Morgouille, le 01 juin 2010

    — Alors, vous y apprendrez ?
    — Après mes heures de classe, oui. Ici, chez moi, dans la maison que votre mari et vous avez si obligeamment mise à ma disposition, oui. Mais en cachette ? Jamais ! Je proclamerai dans tout le village que je donne des cours à Arthur Stuart, et pas seulement quelques soirées par semaine mais tous les jours. Je suis libre d’enseigner autant qu’il me plaît à tels élèves, mon contrat est tout à fait clair sur ce point, et tant que ce contrat, je ne le viole pas, on devra me supporter pendant au moins une année. Cela vous va ? »
    La Peg regarde la femme, les yeux pleins d’admiration. « J’en r’viens pas, dit-elle, vous êtes aussi sale bête qu’un chat qu’aurait une bogue dans l’derrière.
    — Je regrette de n’avoir jamais vu de chat dans une situation aussi fâcheuse, dame Guester, ce qui me prive d’apprécier la pertinence de votre métaphore. »
    La Peg ne comprit rien à la phrase de mademoiselle Larner, mais elle surprit comme un pétillement dans l’œil de la lady, donc tout allait bien.
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  • Par Morgouille, le 01 juin 2010

    « Vous verrez, dit-il. Arthur ne se formalisera pas d’être privé d’école. Et puis tous les petits Blancs seront jaloux de lui : il sera dehors au soleil pendant qu’eux resteront enfermés dans une salle de classe. »
    La Peg Guester savait que quelque chose clochait dans le raisonnement, qu’il n’était pas aussi sensé qu’il y paraissait, mais elle n’arrivait pas à mettre le doigt sur le défaut.
    « Et peut-être qu’un jour les choses seront différentes, ajouta Physicker. Il se peut qu’un jour la société change. Peut-être que les Colonies de la Couronne et l’Appalachie cesseront de tenir les Noirs en esclavage. Un temps viendra peut-être où… » Sa voix mourut. Puis il se secoua. « Des fois, je laisse aller mes pensées, c’est tout, dit-il. Des bêtises. Le monde est ce qu’il est. C’est tout bonnement contre nature pour un homme noir de devenir comme un Blanc. »
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