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> René L. F. Durand (Autre)

ISBN : 2070377423
Éditeur : Gallimard


Note moyenne : 4/5 (sur 15 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Réactualisation de l'épopée homérique, 'La harpe et l'ombre' oscille entre complexité intelligente, érudite et truculence verbale : en 1924, Pie IX se demande si Christophe Colomb doit être canonisé. S'ouvre alors un procès de béatification avec partie civile et témoins... > voir plus
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Critiques, analyses et avis (2)

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    • Livres 3.00/5
    Par Jahro, le 28 avril 2013

    Jahro
    La Harpe et l'ombre procure une sensation étrange. Non que sa lecture en soit désagréable ni lassante ; elle pourra même apparaitre fluide à qui survolera ses incessantes allégories. En refermant ses pages, on se dit qu'on s'en est plutôt bien tiré, qu'on a su filtrer l'impalpable et garder le principal, laisser l'obscur pour la lumière, tirer la moelle épinière de ce sac d'os et d'ors.
    Puis on reprend le quatrième de couverture, et là stupeur – on découvre qu'on n'a pas saisi grand-chose. On parcourt les différents résumés qui jalonnent le net, et on comprend qu'on n'a pas compris. Que peut-être tel et tel n'étaient pas le même, qu'ici il y avait lui et là c'était un autre.
    Oui, c'est la honte. Mais Alejo Carpentier ne nous facilite pas la tâche. Entre érudition crâne et désordre narratif, son écriture réclame attention et surtout connaissances. A moins d'être rompu à la théologie des océans, le lecteur enthousiaste aura tôt fait de calmer ses ardeurs.
    Saviez-vous que Caïphe était une insulte ? Que la canonisation d'un homme se jouait dans un tribunal ecclésiastique entre un Protonotaire et un Avocat du Diable ? Connaissez-vous Cypango, Cathay, Chersonèse ? Des évidences pour l'auteur, qui ne s'embarrassera pas à nous les introduire. A nous de les sentir au fil des phrases, quand sans elles plus rien n'aurait de sens.
    Alors une fois n'est pas coutume, laissez-vous guider par quelques indices. La harpe, c'est l'espoir, la révélation d'un Pape pour un Saint, l'admiration d'un découvreur de nouveaux mondes par son émule clérical. L'ombre, c'est le héros déchu, le fantôme invisible condamné à l'éternité, l'homme qui reste homme et l'âme qui reste à terre.
    Et puis entre les deux, la main. Celle qui agit, celle par qui l'aventure prend tournure. A partir d'archives éparses et voilées, l'écrivain tisse les derniers souvenirs du navigateur, testament imaginaire couché sur papier en attendant la mort. Trouver les fonds, les appuis, les mécènes, les talents ; embarquer, voguer à l'aveugle, chercher les mots pour rester unis, affronter la colère du Très-Haut et les tentations du Démon. Les doutes, et puis les certitudes, et puis les déceptions, et puis la ruine. Cette partie est la meilleure, et Dieu merci la plus longue.
    Que penser de ce roman ? Eh bien avant tout qu'il rend humble. Et qu'il est difficile de porter un avis tranché quand on se sait impuissant. S'il m'arrivait d'engager un Masters d'Histoire, promis je lui offrirais une seconde chance.
    3/5
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    • Livres 3.00/5
    Par herveGAUTIER, le 14 juin 2014

    herveGAUTIER

    N°207
    Juillet 1999

    La Harpe et l'ombre - Alejo CARPENTIER - Éditions Gallimard.

    Je dois bien l'avouer à mon improbable lecteur, tout ce qui concerne la papauté m'intéresse. Je ne sais pas pourquoi, mais c'est ainsi. le livre d'Alejo Carpentier ne pouvait donc me laisser indifférent.
    De quoi s'agit-il donc sinon d'une parcelle de l'histoire qui n'est peut-être pas restée dans la mémoire collective comme un fait majeur. Au tout début du roman est évoquée la personnalité d'un prélat franciscain : Giovani Maria Mastïa qui avait choisi de servir l'Église autant, nous dit-on par déception amoureuse qu'en raison de la pauvreté de sa famille pourtant de haute lignée. Il se fit pourtant remarquer par ses prêches aussi ardents qu' éloquents mais cela ne pouvait raisonnablement lui laisser espérer une ascension rapide dans la hiérarchie catholique. Il fut cependant désigné pour accompagner un prélat dans une mission apostolique en Argentine et au Chili. Celle-ci ne fut pas couronnée de succès mais il en est revenu avec l'idée que la découverte des Amériques avait été l'événement capital des temps modernes.
    Plus tard, devenu pape sous le nom de Pie IX il était toujours possédé par cette idée au point de décider d'ouvrir le procès en béatification, qui est le préalable à la sanctification, de Christophe Colomb!
    L'auteur nous propose les portraits croisés de ces deux personnages, le pape et le marin qui finit par convaincre, après moult pérégrinations, Isabelle la Catholique de financer son expédition.. Mais qui était-il donc, ce navigateur, un génie, un aventurier, un imposteur, un mystificateur, un arriviste qui ne reculait devant rien pour parvenir à ses fins? Alejo Carpentier nous restitue ce qu'il imagine être l'ambiance de cette époque, en plaine reconquista mais aussi pendant l'expulsion des juifs d'Espagne. Il fait du génois l'amant de sa royale protectrice qui finit par lui faire confiance autant par exercice de l'autorité que par la volonté de trouver des richesses pour porter contre les Maures la guerre en Afrique.
    A partir de documents d'archives l'auteur nous donne à entendre la voix même de Colomb, en quelque sorte la manière dont il aurait lui-même jugé son entreprise et dont il se serait jugé lui-même. Il nous fait partager ses hésitations, ses doutes. Il se révèle menteur quand il promet de trouver de l'or et des épices aux Indes qu'il recherche, cynique quand il envisage de faire le commerce des esclaves à la place des richesses qu'il n'a pas rapportées... Mais tout ce qu'il avait espéré découvrir reste introuvable et le commerce des esclaves est interdit par ordre du roi. Alors il met en avant les âmes des indigènes qu'il faut sauver et c'est le spirituel qui prend le pas sur le temporel qui pourtant était la vraie raison de son expédition.
    En fait Christophe Colomb fut rejoint par son destin, rattrapé par ses forfaitures et dépassé par son exploit. le luxe a pâli ainsi que les ors à l'heure du jugement et c'est un pauvre homme sans richesse, honni par l'Espagne, moqué par les hommes qui s'apprête à rendre des comptes. Lui, le découvreur de l'Amérique a, en fait, apporté à ce continent vierge si semblable au paradis terrestre la cupidité, la luxure, le vice, le péché, ce qui n'est pas le moindre des paradoxes. Il est loin, si loin de sa légende!
    Restait le décret pontifical introduit « par voie d'exception » qui ouvrait le procès en béatification. « Disputant doctores »... et pour cela, par la magie de l'imaginaire le romancier convoque pêle-mêle, pour témoigner, Victor Hugo, Lamartine, Jules Vernes; Bartholomé de las Casas...
    Il reste un roman qui ou l'humour et le style, sans doute servis par une traduction de qualité, m'ont fait passer un agréable moment de lecture.
    ©Hervé GAUTIER

    Lien : http://hervegautier.e-monsite.com
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Citations et extraits

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  • Par Jahro, le 26 avril 2013

    Mais, comme il est évident qu'il n'est pas possible d'évangéliser ces cannibales, à cause de notre ignorance de leurs langues (elles sont très nombreuses et d'une trop grande variété), je crois que la solution de ce grave problème, qui ne peut laisser l’Église indifférente, est de les transporter en Espagne, en qualité d'esclaves. J'ai dit d'esclaves.

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Un romancier latino-américain Alejo Carpentier
Portrait d'Alejo CARPENTIER, à travers ses interviews, et ceux de Roger CAILLOIS, Wilfredo LAM, Jean-Louis BARRAULT, Jacques PREVERT. L'écrivain cubain, né en 1904, a vécu au Vénézuela, puis à Cuba après la révolution. Il devient en 1966, ambassadeur de Cuba en France, où il résidera jusqu'à sa mort, 1980 . Evocation de son oeuvre, de la création littéraire et artistique en Amérique...











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