ISBN : 2226084754
Éditeur : Albin Michel (1996)


Note moyenne : 3.25/5 (sur 4 notes) Ajouter à mes livres
Philippe d'Orléans, régent de France après la mort de Louis XIV, aime d'une passion interdite l'aînée de ses filles, la scandaleuse duchesse de Berry, qui le comble et le torture.
Adélaïde, la cadette, éprise en secret de son père, s'enferme au cloître pour rache... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 3.00/5
    Par Woland, le 05 mai 2010

    Woland
    Chez Eve de Castro, c'est avant tout le style qui retient l'attention, un style sensuel, soyeux, chatoyant, toujours en prise directe sur l'époque évoquée. "Nous serons comme des dieux" se déroulant sous la Régence de Philippe d'Orléans et le roman étant mené à deux voix (celle, à la troisième personne, du narrateur traditionnel et omniscient et celle, à la première personne, d'Adélaïde, fille cadette du Régent, entrée dans les ordres pour expier la vie scandaleuse de son père et de son aînée,), le lecteur peut supposer que, au moins sur ce point, il ne sera pas déçu.
    Cette technique, excellente si on la maîtrise - ce qui est le cas - a pour effet de faire entrer de plain pied dans l'époque et l'intrigue sans qu'on soit le moins du monde déstabilisé. (La réussite absolue dans le genre demeure sans doute Françoise Chandernagor et son "Allée du Roi".)
    Pourtant - car il y a un pourtant - on reste assez sur sa faim, encore plus si on lit ce roman après l'extraordinaire "pavé" consacré par Eve de Castro aux "Bâtards du Soleil."
    Certes, les enfants légitimés du Roi-Soleil ayant survécu à la terrifiante mortalité infantile du siècle étaient, à l'arrivée, au nombre de six et, sur eux, il y avait beaucoup à dire et à souligner. le neveu de Louis XIV, lui, eut aussi quelques bâtards mais il eut aussi huit enfants légitimes, sur lesquels il en conserva sept. Si l'on garde en général à l'esprit que son fils aîné fut le père du régicide "Philippe-Egalité", de ses filles, on se rappelle surtout Marie-Louise-Elisabeth, duchesse de Berry, morte à l'âge de vingt-quatre ans, et sa cadette immédiate, Louise-Adélaïde, future abbesse de Chelles. Des quatre autres, dont l'une devint pourtant reine d'Espagne, on ne se souvient guère à moins d'être totalement immergé dans l'Histoire.
    Eve de Castro, et on le regrette parce que ce parti pris souligne la superficialité de "Nous serons ...", les évoque à peine et se focalise sur les troubles rapports que l'on reprocha au Régent d'entretenir avec sa fille aînée, rapports constatés, observés et blâmés avec une sévérité croissante par Adélaïde, la future nonne. Certes, sous cette austérité réprobatrice, la romancière fait courir le fil d'un amour incestueux au moins aussi passionné que celui unissant le père et la fille aînée, bien plus même puisque, ici et là, Elisabeth donne l'impression d'en vouloir à son père de lui avoir imposé un sentiment qu'elle était trop jeune pour comprendre et maîtriser. Alors que l'amour d'Adélaïde pour le Régent, bien que non consommé charnellement, n'a rien d'une contrainte ou d'un abus pratiqué dans l'enfance : il naît d'une sensation de rejet, puis d'une jalousie conçue par la fillette le jour où elle voit son père enlever sa soeur à leur mère pour la faire soigner par ses médecins personnels. Ce jour-là, c'est pour Elisabeth que le Régent tremble et s'inquiète mais pas un instant, il ne songe que le mal dont souffre son aînée peut s'abattre aussi sur la cadette qu'il abandonne derrière lui ...
    On le voit, la situation familiale, chez le premier prince du sang, était loin d'être simple et eût probablement réjoui Freud. Mais le thème a quelque chose d'antique qui méritait mieux, bien mieux qu'un survol et, en regardant les personnages succomber à des passions aussi ombrageuses que contradictoires, on regrette le manque d'analyse en profondeur. De si belles convulsions, des volcans si terrifiants ... on aurait bien aimé en savoir un peu plus sur tout ça.
    Alors, reste le style, un style qui charme, qui retient - et qui s'efface dans notre souvenir, le livre à peine refermé. Dommage que la flamme, cette flamme qui illumine "Les bâtards du soleil", fasse ici défaut. A croire que, jusque dans la création romanesque, l'Oncle-Soleil aura poursuivi de son antipathie et de sa méfiance le neveu bien trop doué : le fils de Madame Palatine ne méritait pas cela. ;o)
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    • Livres 3.00/5
    Par Anassete, le 10 décembre 2010

    Anassete
    Un livre intéressant écrit dans un style très proche du 18e siècle. On s'y croirait vraiment ! Sur ce point, on ne peut nier la qualité littéraire de l'auteur et sa capacité à s'immerger dans le quotidien de ce siècle.
    Cette époque est souvent connue pour ses romans libertins et on est peu habitués aux récits de religieuses qui maintient la plus possible la bienséance. Malheureusement, je trouve que le roman met beaucoup trop de temps à commencer réellement. Jusqu'à la page 210 à peu près, on passe d'un événement à un autre sans vraiment s'attacher aux personnages. On a l'impression de rester en surface.
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 05 mai 2010

    [...] ... Aurais-je repoussé l'homme dont les sentiments se seraient fait entendre avec les accents que mon père trouvait pour Elisabeth ? Comment l'assurer ? Que sais-je du désir, que sais-je du plaisir, moi qui cache mes appas sous des voiles sévères ? Quelle amante, quelle épouse aurais-je été, si je n'avais étouffé la voix de ma nature ? (...)

    Ainsi aimer était-il soit pécher, soit souffrir. Au vrai, je ne péchais pas et je ne souffrais réellement que de voir Elisabeth mener train de reine avec gardes et tambours, une reine d'Orient vautrée sur sa litière, frottée d'or, de parfum, de semence, une déesse amorale et somptueuse devant laquelle même le prince pliait le genou. Je ne possédais ni sa lascivité, ni son ascendant sur autrui, ni son extraordinaire appétit à vivre. Je ne me sentais pas plus le goût que le talent de marcher sur ses brisées, et l'eussé-je désiré que ma fierté m'en eût détournée. Car j'avais de l'orgueil, cet orgueil raide, ombrageux, tyrannique, qui est l'arme des timides et des délaissés. La naissance m'avait faite seconde. Mon père exhibait sa passion pour mon aînée d'une manière qui me faisait souhaiter de n'être jamais née. Yeux bandés, chemise ouverte, le royaume tout entier s'attablait pour leurs noces et moi, au lieu de festoyer, j'avais envie de pleurer. Quelle place devais-je accepter dans cette bacchanale ? Qu'allais-je faire de ma vie ? Se pouvait-il que je n'eusse d'autre horizon qu'un mariage convenu, avec sa couronne de dégoûts, de lâchetés et de trahisons ? Se pouvait-il que mon père et ma soeur fussent dans le vrai, et l'exemple qu'ils offraient la règle de ce temps ? (...)

    C'est alors que, penchée au bord du gouffre, titubant d'une nausée où désir et dégoût se disputaient le pas, j'entrevis une issue dont je crus que jamais je n'aurais à rougir. Un sort digne des nobles martyrs, un de ces destins qui survivent à la mort en imprimant dans les mémoires une admiration subjuguée. C'était là, devant moi, aussi vivant que sont vivants mes souvenirs aujourd'hui. Je tenais le moyen d'éclipser Elisabeth sans souiller mon âme ni mon corps dans une rivalité triviale. Elle était l'Ange noir du duc d'Orléans. Moi, Adélaïde, je deviendrais son Ange blanc. Par ma soeur, il se perdait. Par moi, il se sauverait. Devant lui, j'ouvrirais toutes grandes les portes du royaume des cieux. En m'offrant sur l'autel que souillaient ses impiétés et ses débauches, je gagnerais son paradis. Personne, jamais, ne lui témoignerait si éloquent amour. ... [...]
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  • Par Woland, le 05 mai 2010

    [...] ... J'ai attendu sept années. Il y aura en juillet prochain quatre étés qu'Elisabeth est morte, et voici que mon père vient de la rejoindre dans la tombe. Que me reste-t-il encore à attendre, et qu'espérer encore ? Seule je demeure, avec mes regrets, avec mes remords. Il est écrit que celui qui juge sera jugé. C'est maintenant mon procès qui s'ouvre. Le procès de la vierge noire, de l'illuminée qui pour mériter l'estime des siens a renoncé au bonheur terrestre. Le siège de Dieu, au tribunal de ma mémoire, est vide mais c'est Lui, à la fin, qui tranchera. Vous, mes défunts, qui vous pressez pour témoigner, je vous vois comme sous un clair de lune. Vous portez ma vie et la vôtre enlacée sur vos lèvres. Depuis les commencements, jusqu'au jour d'aujourd'hui. Vous ouvrez la bouche. Vous allez tout dire. Et moi, par vous, je vais devoir tout revivre. ... [...]
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  • Par Anassete, le 08 décembre 2010

    Je tenais le moyen d'éclipser Élisabeth sans souiller mon âme ni mon corps dans une rivalité triviale. Elle était l'ange noir du duc d'Orléans. Moi, Adélaïde, je deviendrais son ange blanc. Par ma sœur, il se perdait. Par moi, il se sauverait. devant lui, j'ouvrirais toutes grandes les portes du royaume des cieux. En m'offrant sur l'autel que souilleraient ses impiétés et ses débauches, je gagnerais son paradis. Personne, jamais, ne lui témoignerait si éloquent amour.
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Elles débutent en fanfare
Au générique, des photos d'Anne ROHART par Dominique ISSERMANN. Bernard PIVOT reçoit aujourd'hui six femmes "débutantes en fanfare" : - Eve de CASTRO, passionnée par son sujet, présente son livre "Les bâtards du soleil" écrit à partir des Mémoires de SAINT-SIMON sur les enfants adultérins légitimés que LOUIS XIV a eu avec ses deux favorites Mme de La VALLIERE et Mme de...








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