Ce livre a tous les traits du roman noir à la
Japrisot ( celui de
L'été meurtrier et d'
Un long dimanche de fiançailles): c'est un roman choral qui nous porte dans une intrigue glauque, sévère et sans concession, mais au lieu de se passer chez les « sans grades », nous voilà propulsés dans les sphères d'une certaine grande bourgeoisie très aisée.
Si nous lisons la quatrième de couverture, nous savons déjà ce qu'une partie des protagonistes ne sait pas encore : Jean, le chef d'entreprise brillant et tout plein de réussite, grand saint patron de la sainte famille va mourir, il est atteint d'une grave maladie…
Celui qui vient annoncer la nouvelle est Gabriel, le vieil ami médecin. Il arrive le jour de l'anniversaire de Jean, comme un coursier anonyme et pourtant ancien amant de Madame Mère. Il interrompt la réunion de famille qui s'apprêtait à se mettre à table et à lever un verre au Big Deal, dernière affaire très juteuse contractée elle aussi il y a peu… Il clôt ainsi la première partie de l'histoire, qui nous a fait vivre cet anniversaire avec les yeux et les émotions de chacun des membres adultes de la tribu.
La seconde partie est construite autour du jour de l'enterrement de Jean. Là, tous les acteurs s'adressent au mort, lâchant reproches, rancœurs, questionnements, peurs et fantasmes dus aux petits et grands secrets qui ont fait ou défait leurs vies. C'est assez terrible, souvent lâche, petit et étriqué… Mais les mots sont justes, et l'on se prend à comprendre chacun dans ses errements et petites douleurs qui pourrissent leurs vies…
Finalement, nous aurons également de la compassion pour le héros de la famille, antipathique à plus d'un titre, mais qui, en grand artiste de la maîtrise choisira de mourir sans subir les humiliations et les souffrances de traitements qu'il préfère fuir. Il ne part pas sans rien dire, il laisse un message que chacun est invité à méditer : un livre ouvert sur la parabole des vierges folles, Évangile selon saint Matthieu, 25, 1-13)
Cette parabole semble être le centre et la clé de ce texte. Elle reste en tête, avec la belle image du grand livre « Rembrandt et la bible » ouvert à la bonne page, dans le bureau du défunt, comme un ultime message par delà la mort.
J'ai été particulièrement sensible aux très belles pages qui décrivent le suicide du héros. De très belles images traversent ce roman, les décors et les paysages affleurent, on est un peu au cinéma...
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