ISBN : 2708704206
Éditeur : Présence africaine
(2000)
Note moyenne : 4.21/5 (sur 34 notes)
Cahier d'un retour au pays natal3Ajouter à mes livres
" Et nous sommes debout maintenant, mon pays et moi, les cheveux dans le vent, ma main petite maintenant dans son poing énorme et la force n'est pas en nous, mais au-dessus de nous, dans une voix qui vrille la nuit et l'audience comme la pénétrance d'une guêpe apocalypt... > voir plus
Cahier d'un retour au pays natal est un long texte épique. La parole d'Aimé Césaire, belle comme l'oxygène naissant, dira André Breton.
Par sa puissance incantatoire et sa révolte lucide, Cahier d'un retour au pays natal chante la négritude dans son acception la plus complexe. Psaume surréaliste, le pouls bat l'ainsi soit-il des splendeurs de la servitude.
Il est très difficile de parler d'une œuvre telle que celle de Césaire. La lecture est très difficile car son style est très particulier. Il faut se laisser porter par les mots, par cette écriture si poétique, même si l'on ne comprend pas grand-chose au premier abord. le texte est très fort, violent, voire extrêmement brutal. Césaire lâche sa parole révoltée pour revendiquer ce concept de négritude qui lui est cher.
Une lecture à aborder, je pense, à l'aide d'un éclairage théorique.
Un livre brutal, violent, parfois surréaliste.
Mais pour d'autres, un livre magnifique, rythmé, qui nous parle de négritude et de misère. Un grand classique.
Club de lecteurs de la médiathèque des Chartreux
Au bout du petit matin, l'extrême, trompeuse désolée eschare sur la blessure des eaux ; les martyrs qui ne témoignent pas ; les fleurs du sang qui se fanent et s'éparpillent dans le vent inutile comme des cris de perroquets babillards ; une vieille vie menteusement souriante, ses lèvres ouvertes d'angoisses désaffectées ; une vieille misère pourrissant sous le soleil, silencieusement ; un vieux silence crevant de pustules tièdes, l'affreuse inanité de notre raison d'être.
Je retrouverais le secret des grandes communications et des grandes combustions.
Je dirais orage. Je dirais fleuve. Je dirais tornade. Je dirais feuille. Je dirais arbre. Je serais mouillé de toutes les pluies, humecté de toutes les rosées. Je roulerais comme du sang frénétique sur le courant lent de l’œil des mots en chevaux fous en enfants frais en caillots en couvre-feu en vestiges de temples en pierres précieuses assez loin pour décourager les mineurs. Qui ne me comprendrait pas ne comprendrait pas davantage le rugissement du tigre.
Partir. Mon cœur bruissait de générosités emphatiques. Partir...j'arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair : "J'ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies". Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : "Embrassez-moi sans crainte...Et si je ne sais que parler, c'est pour vous que je parlerai".
Et venant je me dirais à moi-même :
"Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur, car la vie n'est pas un spectacle, car une mer de douleurs n'est pas un proscenium, car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse..."
Au bout du petit matin, cette ville inerte et ses au-delà de lèpres, de consomption, de famines, de peurs tapies dans les ravins, de peurs juchées dans les arbres, de peurs creusées dans le sol, de peurs en dérive dans le ciel, de peurs amoncelées et ses fumerolles d'angoisse.
Un hommage national a été rendu au Panthéon au poète et et homme politique martiniquais Aimé Césaire. Une cérémonie à laquelle ont participé une délégation du bureau du Sénat conduite par son président Gérard Larcher ainsi que les sénateurs ultra-marins.