Marie Chaix ( auteur contemporain d'une quinzaine d'ouvrages,traductrice,attachée de presse,biographe) a établi sa propre carte du tendre dans cette autobiographie. Déambulation de paysage en paysage de sa naissance jusqu'à celle de son premier enfant.
Des paysages aux couleurs douces puis plus éclatantes : du blanc de l'enfance où dans la maison grand-paternelle elle baisait les lèvres de marbre d'un David au sexe caché par pudeur pour s'exercer,au gris des retrouvailles avec le père absent,au mystique d'une petite fille "élévée par des femmes sans hommes" qui communie (une fois n'est pas coutume) à "la gloire du doux Jésus",au rouge du sang des règles, à l' ingrat de l'adolescence dans une froideur toute paternelle, à l'intimiste de la vie de famille,au gris lycée, au premier homme, père qu'il faut émouvoir,aux fôrets verdoyantes à arpenter aux côtés de sa soeur, au bleu de l'Allemagne l'été,à la chaleur de île au coeur, maison familiale, au noir des deuils à assumer, au mauve de l'amour.
Vaste tour d'horizon d'un grand pan de vie à l'arc en ciel retrouvé.
Ce ne sont pas tant les souvenirs et les émotions diverses éprouvées que j'ai appréciés dans ce roman que l'écriture.
Marie Chaix a un débit très alerte, un rythme rapide qui évoquent une fougueuse cascade. Ca mitraille,ça rugit,bondit,crache,chante,glisse,coule,pleure,vocifère,tempête,chuinte de pensée en pensée et de mot en mot mais ça ne laisse jamais indifférent.