"Nous ne savons renoncer à rien" énonçait
Freud.
"Vivre, c'est perdre" soulignait Henri
Comte Sponville.
Voilà deux réflexions qui ont sans doute hanté, sans qu'il le sache, Lucien dit le Bosco, le héros de cette merveilleuse histoire de veilleuse d'âmes que nous conte
Sorj Chalandon.
Une promesse, deuxième roman de ce journaliste à Libération a obtenu le prix Médicis en 2006.
Une promesse,
La promesse de garder deux âmes vivante, nous parle de transmission, de mémoire vive et de deuil, dans une langue simple et lumineuse à la fois car elle est "émotion".
La promesse remonte à la génération d'avant, celle de Marie qui allumait la lampe dans le grenier de Ker Ael, amer visible de loin par Eugène, son mari marin amour, jusqu'au jour où, la lampe éteinte, le chemin des vagues s'est endeuillé.
La promesse a marqué Etienne et Lucien, les fils de Marie.
La promesse se perpétue à travers le Bosco, marin de rien, marin d'avant, cafetier d'aujourd'hui qui croit aux âmes vives, frêre d'Etienne et enfant adoptif de son couple à la mort de Marie.Alors on trinque dans le café du Bosco, on lève le verre de
La promesse, celui de l'amitié.
Chaine de solidarité pour garder vive la mémoire d'Etienne et de Fauvette, six amis se relaient et "veillent".
De beaux portraits, sensibles et forts à la fois car ceux qui les ont connus, perpétuent la volonté d'un frêre-fils aimant. Lire un poême, changer les draps, installer un bouquet, faire sonner la cloche, tirer les rideaux, allumer la lumière... c'est la vie tout ça pas vrai?
Y a Berthevin, dit L'Andouille, depuis la fois où..,
Y a Blancheterre, l'ancien élève de Fauvette devenu prof.
Y a Madeleine qui vient nettoyer.
Y a Paradis, avec ses clefs de Saint Pierre, qui a reçu beaucoup et veut continuer.
Y a, y a, y a, y a Lucien qui consigne tout à chaque tour de garde.
Il faudra bien s'arrêter un jour, pourtant, et enterrer les morts.Mais le "nevermore", ce chemin dans la nuit noire où l'on se perd parfois doit s'éclairer d'amour pour que le deuil s'accomplisse.
Cette histoire merveilleuse est un conte philosophique sur la négation du "nevermore", l'impossibilité d'y échapper mais aussi l'espoir d'un ailleurs plein de vies.
Et y a surtout le talent de
Sorj Chalandon qui nous laisse pénétrer dans son grenier pour contempler la flamme de deux âmes qui vibrent à l'unisson comme la voix de Fauvette, tendre, scintillante comme "une soie frissonante" doublé de l'écho grave et aimant d'Etienne par delà la mort.