En soi, l'idée de faire vieillir Marilyn n'était pas mauvaise, et c'est ce qui m'a poussée à lire Norma, le roman de l'écrivain belge
Daniel Charneux. Un court roman qui se déroule dans le désert de Mojave, au sud de la Californie, où Norma Jean s'est installée au lendemain du suicide maquillé dont elle ne fut pas la victime mais le témoin, celle qui gisait à plat ventre dans son lit étant une prostituée qui copiait son idole, parfaite pour créer l'illusion.
Voilà presque un demi-siècle qu'une autre a pris sa place, qu'une autre s'est glissée dans sa peau pour toujours. le Westwood Memorial Park de Los Angeles accueille chaque jour des visiteurs qui viennent lui rendre hommage. Sans savoir que Norma a échappé à son destin. Ce qui fait sourire celle que la mort a épargnée ce jour d'août 1962.
Ce que nous livre Charneux de cette vie fictive n'est pas sans intérêt. Loin de là. Mais le résultat, un roman où Norma en tant que narratrice parle autant d'elle au « je » qu'à la troisième personne complexifie inutilement la lecture, à mon avis. Une Norma attachante, une Norma blessée à qui manquera toujours un père et qui, toute sa vie, le cherchera, l'espérera, même dans le regard de Clark Gable, son dernier partenaire. Une Norma qui a déjà acheté son cercueil et qui, certains soirs, s'y installe, pour se préparer à ce jour qui va venir, ce qui n'est pas sans rappeler
Sarah Bernhardt qui avait acquis à Bruxelles un cercueil dans lequel elle dormait volontiers. Une Norma dont les cheveux sont maintenant blancs, mais toujours permanentés. Une Norma qui s'identifie à celle de Bellini interprétée par Callas, condamnée à mort.
Norma Jean se mourait depuis longtemps dans une vie d'artifices qui ne lui ressemblait pas. Il était temps qu'elle quitte la scène. On allait finir par avoir sa peau. Elle le savait. Et près d'un siècle après sa disparition, alors que la mort la guette, elle jette un regard sur ce qu'elle a été, sur sa vie, ses rêves bafoués, ses illusions comme ses désillusions, grâce à
Daniel Charneux, qui lui prête sa plume et son imagination le temps d'un livre, comme l'avait fait
Norman Mailer dans ses
Mémoires imaginaires de Marilyn. Un livre bien documenté, même si la trame est pure invention, quand il s'agit de mentionner certains faits liés à la vie personnelle de l'actrice, figure mythique du XXe siècle qui a inspiré écrivains, cinéastes, peintres et chanteurs, notamment
Nicolas Peyrac, tout autant que journalistes qui n'en finissent plus d'enquêter et qui ont tous leur vérité à proposer au sujet de ce drame qui se noua bien avant son issue un jour d'août il y a presque 50 ans.
Il n'est pas venu le temps où Marilyn, née Norma Jean, sombrera dans l'oubli. Et le regard que pose
Daniel Charneux sur celle dont on se souviendra toujours dans son rôle dans
some like it hot aux côtés de Jack Lemmon et
Tony Curtis, est loin d'être sans intérêt.
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