ISBN : 2246743516
Éditeur : Grasset (2009)


Note moyenne : 3.7/5 (sur 46 notes) Ajouter à mes livres
Nous sommes en 1942: l'Europe est à feu et à sang, la Suisse est travaillée de sombres influences. A Payerne, rurale, cossue, ville de charcutiers "confite dans la vanité et le saindoux", le chômage aiguise les rancœurs et la haine ancestrale du Juif. Autour d'un "gaule... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par Chouchane, le 06 août 2011

    Chouchane
    Écrit avec beaucoup de sobriété, l'histoire de ce juif que l'on assassine pour donner un exemple (de quoi ?) est juste terrifiante de banalité. Cet acte de mémoire est nécessaire même si citant Jankélévitch, Chessex s'interroge sur la possibilité de relater l'horreur "Je raconte une histoire immonde et j'ai honte d'en écrire le moindre mot ... car Jankelévitch dit aussi que la complicité est rusée". Nécessaire, parce que notre mémoire oblitérée par l'horreur des camps a oublié ceux qui sont morts ailleurs mal soignés, exclus, humiliés, tués. C'est cette infiltration de l'horreur, cette acceptation de l'indécence qui sont dénoncées en même temps que l'on se souvient d'Arthur Bloch. Ses meurtriers sont des paysans, des garagistes, des bouchers, des gens qui nous entourent, l'homme est homme choisit parce qu'il est juif. Leur haine est dense et elle se nourrit du vide de leurs âmes et c'est cela qui fait peur.
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    • Livres 5.00/5
    Par vincentf, le 24 juin 2010

    vincentf
    Livre nécessaire. Lecture couteau. Honte. Ce roman n'en est pas un. Tout est vrai. Est-ce possible? Chirurgie de l'horreur (en écrivant cette métaphore, je me dis qu'il n'est pas décent de faire du style sur ça). Cela s'est passé ici. Ne disons pas "cela", ne cachons plus. Dans cette jolie ville, ici, à trois kilomètres, qui s'apprête au gros rire des Brandons, au nom d'idées absurdes, on a (ne disons pas "on", des hommes avec des noms d'ici, des garagistes, des paysans, des apprentis, des pasteurs) tué un homme d'un coup de barre de fer puis de pistolet, on l'a dépecé comme un cochon, on a transporté les morceaux de son corps dans une boille jusqu'à Chevroux (la plage, le camping, les Suisses allemands en maillots de bain), on l'a jeté au lac, on a brûlé ses habits dans les grottes de Payerne, où nous allions en balade quand on était petit et qu'on nous racontait vaguement cette histoire à faire peur aux enfants. Ici. Ischi. Hitler. Un pas supplémentaire dans la conscience impossible de l'horreur de la Shoah. Impossible de croire que cela ait pu avoir lieu, ces millions de gens qui avaient des noms (Anne Frank, puis les murs du cimetière juif de Prague). Impossible au carré de croire que cela a eu lieu ici, tout près de cette chambre où, tranquillement, heureux d'avoir terminé mon DAESII, je tapotte. Chessex touche juste. Il décrit. Cela suffit. On avait cru oublier. Devoir de mémoire. Il reste infiniment à essayer de comprendre. Devoir d'histoire.
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    • Livres 4.00/5
    Par mustango, le 11 février 2009

    mustango
    Nous sommes en Suisse, en 1942. Des pro-nazis veulent tuer Un Juif pour l'exemple. Ils s'en prennent à Arthur Bloch, personnage respecté qui est marchand en bétail. Ce dernier est victime d'un guet-apens, on l'attire dans une étable pour l'achat d'une vache.
    C'est court mais c'est intense. Et puis Chessex nous donne une image de la Suisse pas forcemment commune car pour moi la Suisse durant la guerre c'était une zone de passage pour les Juifs (France vers Suisse) leur permettant de fuir les persécutions, les déportations. Bref là on ne cherche à sauver personne, on croit en la victoire de l'Allemagne.
    C'est une histoire vraie qui a marqué l'auteur, il avait 8 ans lors des faits. Il explique qu'après de tels actes les mômes avaient peur. Cette histoire l'a marquée. Pour dire la vérité je m'étais imaginée un truc encore plus glauque, une sorte de lynchage, dépeçage public.
    Le livre fait un parallèle entre la tradition bouchère du village de Payerne (en particulier le porc) et la façon dont a été traité le "Juif pour l'exemple".
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    • Livres 4.00/5
    Par lillou, le 23 septembre 2010

    lillou
    Jacques Chessex narre un épisode advenu dans sa région natale alors qu'il était âgé de huit ans. En 1942, à Payerne, « ville des charcutiers » plutôt cossue dont l'emblème est un cochon, une bande de nazillons, tous fascinés par Hitler et adhérents au parti extrémiste suisse, s'agite. Ils veulent faire un coup d'éclat, pour impressionner le NSDAP qui créerait une cellule dans leur région, que dirigerait bien sûr leur leader Fernand Ischi. Dans ce but, ils décident d'exécuter – à leurs yeux, de « sacrifier » – un Juif : le choix se porte sur Arthur Bloch, marchand de bestiaux qu'ils « tueront comme un cochon », et effectivement les détails donnent la nausée.
    Les meurtriers sont assez rapidement découverts et jugés en 1943 : ils ne montrent, évidemment, aucun regret et revendiquent fièrement leur monstrueux assassinat. Ils se vantent même d'avoir établi une liste de leurs prochaines victimes.
    Dans plusieurs entretiens, Jacques Chessex raconte à ce propos que son père, président du Cercle démocratique (farouchement antinazi), était deuxième sur cette liste. Profondément marqué par cette histoire, il ressentait le besoin de s'en faire l'écho. Et c'est ce qu'il fait dans ce récit, en décrivant les événements et le mental des protagonistes, et en questionnant la notion même de « mal ».
    Dans la restitution de toute cette horreur, la justesse du ton des propos extrémistes peut mettre le lecteur mal à l'aise. On est tenté de reprocher à l'auteur de leur donner une tribune, mais ce n'est évidemment pas le cas : dans les derniers paragraphes, Chessex explique clairement sa posture. Parallèlement à la narration, il s'interroge sur la question de l'horreur et convoque pour cela Jankélévitch (là, j'ai un peu décroché, il faut l'avouer), expliquant la difficulté à parler de ces monstruosités « authentiques ».
    Bref, un texte court, extrêmement littéraire (style brillantissime mais difficile) et terriblement puissant.


    Lien : http://monbaratin.blogspot.com/
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  • Par christianebrody, le 09 décembre 2011

    christianebrody
    1942, alors que la guerre fait rage en Europe, le bruit des bottes retentit à Payerne, un gros bourg vaudois près de la frontière de Fribourg, une localité riche, prospère, vivant surtout de l'élevage de bétail et du tabac. Une petite localité qui se remet difficilement de la débâcle économique des années 30, et doit faire face à la fermeture de ses usines et ateliers, à la faillite de sa banque, à ses cinq cents chômeurs, à la pauvreté rampante. Les fureurs de la guerre, sa propagande, son idéalisme sur la création d'un nouvel ordre finissent par trouver une oreille attentive en la personne de Phillipe Lugrin, pasteur sans paroisse pour avoir divorcé.
    Antisémite convaincu, hargneux, membre du Front et de l'Union nationale, familier de la légation nazie à Berne, il trouve parmi ces êtres rustres, apeurés par la pauvreté, le public nécessaire pour réaliser ses ambitions. Galvanisé par les discours du Führer, ne doutant pas un seul instant de la victoire nazie dont l'armée vient d'envahir les pays de l'Est, la France,… Ce petit être à la haine démesurée prêche sa philosophie dans les cafés de ce bourg tranquille en apparences. Spéculant sur la peur, la misère, il réunit autour de lui une armée de bon à rien.
    Flanqué du gauleiter Ischi ( ouvrier non qualifié et garagiste), des frères Marmier ( éleveurs ruinés car incapables), Fritz Joss ( leur homme à tout faire) et Ballotte ( garagiste), ils décident de frapper un grand coup: tuer la vermine juive, tuer Arthur Bloch, marchand de bétail émérite et respecté de tous.
    Jacques Chessex a huit ans lorsque ces événements ont eu lieu et a attendu 62 ans avant de vomir cette abomination. » Je raconte une histoire immonde et j'ai honte d'en écrire le moindre mot. J'ai honte de rapporter un discours, des mots, un ton, des actes qui ne sont pas les miens mais qui le deviennent sans que je le veuille par l'écriture »…/… » Mais je n'ai pas tort, né à Payerne, où j'ai vécu mon enfance, de sonder des circonstances qui n'ont cessé d'empoisonner ma mémoire et de m'entretenir, depuis tout ce temps, dans un déraisonnable sentiment de faute » ( pages 87-88). Ce n'est pas tant cet épouvantable événement en lui-même qui l'a marqué de façon certaine que l'attitude des adultes qui tout en condamnant cette barbarie tentent de l'enfouir au plus profond de la mémoire collective.
    D'une grande concision, violent, cru, ce livre offre un portrait d'un auteur aux sentiments exacerbés, un auteur réglant ses comptes avec un passé ressenti comme un fardeau.

    Lien : http://www.immobiletrips.com/biographie/un-juif-pour-lexemple-689
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Citations et extraits

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  • Par katioucha, le 05 janvier 2011

    Qu'est-ce que l'horreur ? Quand Jankélévitch déclare imprescriptible tout le crime de la Shoah, il m'interdit d'en parler hors de cet arrêt. L'imprescriptible. Ce qui ne se pardonne pas. Ce qui ne sera jamais payé. Ni oublié. Ni prescrit. Aucun rachat d'aucune espèce. Le mal absolu, à jamais sans transaction.
    Je raconte une histoire immonde et j'ai honte d'en écrire le moindre mot. J'ai honte de rapporter un discours, des mots, un ton, des actes qui ne sont pas les miens mais qui le deviennent sans que je le veuille par l'écriture. Car Vladimir Jankélévitch dit aussi que la complicité est rusée, et que rapporter le moindre propos d'antisémitisme, ou d'en tirer le rire, la caricature ou quelque exploitation esthétique est déjà, en soi, un entreprise intolérable.
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  • Par canel, le 20 juin 2011

    Qu'est-ce que l'horreur ? Quand Jankélévitch déclare imprescriptible tout le crime de la Shoah, il m'interdit d'en parler hors de cet arrêt. L'imprescriptible. Ce qui ne se pardonne pas. Ce qui ne sera jamais payé. Ni oublié. Ni prescrit. Aucun rachat d'aucune espèce. Le mal absolu, à jamais sans transaction.
    Je raconte une histoire immonde et j'ai honte d'en écrire le moindre mot. J'ai honte de rapporter un discours, des mots, un ton, des actes qui ne sont pas les miens mais qui le deviennent sans que je le veuille par l'écriture. Car Vladimir Jankélévitch dit aussi que la complicité est rusée, et que rapporter le moindre propos d'antisémitisme, ou d'en tirer le rire, la caricature ou quelque exploitation esthétique est déjà, en soi, une entreprise intolérable. Il a raison. Mais je n'ai pas tort, né à Payerne, où j'ai vécu mon enfance, de sonder des circonstances qui n'ont pas cessé d'empoisonner ma mémoire et de m'entretenir, depuis tout ce temps, dans un déraisonnable sentiment de faute. (p. 73)

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  • Par kounil98, le 11 juillet 2011

    Les premières phrases : Quand cette histoire commence, en avril 1942, dans une Europe jetée à feu et à sang par la guerre d'Adolf Hitler, Payerne est un gros bourg vaudois travaillé de sombres influences à l'extrémité de la plaine de la Broye, près de la frontière de Fribourg. La ville a été la capitale de la reine Berthe, veuve de Rodolphe II, roi de Bourgogne, qui l'a dotée d'une abbatiale dès le dixième siècle. Rurale, cossue, la cité bourgeoise veut ignorer la chute récente de ses industries et les gens qu'elle a réduits à la misère, cinq cents chômeurs qui la hantent sur les cinq mille habitants de souche.
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  • Par mustango, le 06 mai 2010

    On a tué ce Juif et on l'a débité exactement comme un cochon à l'abattoir de la ferme
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