Mon Avis (Juin 2011) :
Après un premier tome – Chaque pas doit être un but - , relatant la carrière politique du Président de la République,
Jacques Chirac nous livre ici ses mémoires quand à son exercice du pouvoir. Avant même la sortie du livre, les journalistes soulignaient les « règlements de compte », que l'ancien président aurait adressés à son successeur. Certes, il ne cache pas ses points d'affrontement avec
Nicolas Sarkozy, mais il serait très réducteur de limiter l'intérêt de ce
Témoignage à cette seule mise en garde.
Jacques Chirac, certes, règle certains comptes, mais toujours respectueusement, en s'interdisant toute opposition frontale. Ainsi témoignant de sa gratitude et de son respect envers
Philippe Séguin, il affirme ne pas être « sur , pour tout dire, que sa personnalité fut adaptée à la fonction de Premier Ministre (…) ». Il nous relate son intronisation au cœur même du bureau du Général de Gaulle – son
Témoignage nous fait ressentir la grande estime, qu'il porte à son prédécesseur, François Mitterand -, les doutes et les angoisses, que la fonction présidentielle peut entrainer, mais aussi et surtout la grande solitude, qui accompagne cette élection. Les conseillers sont omniprésents – il tient néanmoins à proclamer l'importance des ministres, et le devoir pour ses conseillers de ne pas interférer avec les membres du gouvernement. Avant d'être une attaque contre
Nicolas Sarkozy, il s'agit de sa vision du pouvoir - , les amis toujours plus nombreux,...mais la solitude s'impose au président, seul décideur.
Il nous livre l'histoire de ces dernières années, vue du palais de l'Elysée. de la crise des banlieues aux attentats du 11 novembre, de sa visite mouvementée au Proche Orient à la dissolution de l'Assemblée Nationale, le président nous raconte notre histoire, mais de son oint de vue. On n'y apprend pas de secrets d'Etat, mais on découvre le quotidien du chef de l'Etat. Qui ne s'est jamais demandé ce que l'ancien résident de l'Elisée pouvait raconter au nouvel élu.
Jacques Chirac nous « déçoit » en nous expliquant que cette entrevue secrète n'est que le moment de régler le sort « matériel » des collaborateurs du président sortant et quelques autres menus détails (« Ce n'est ni le lieu ni le moment où l'on échange les grands secrets d'Etat. ») Lorsqu'il nous explique son voyage au Moyen Orient, le printemps arabe, que nous venons de vivre, s'éclaire d'une nouvelle façon.
Il profite aussi pour remercier ses proches collaborateurs, protégeant Dominique de Villepin de a responsabilité de la dissolution – la cohabitation, qui s'ensuivit, ne fut pas si destructrice que cela, si l'on excepte ses rapports avec le premier ministre, Lionel Jospin -. Il marque, tout au long de ses mémoires, son affection pour
Alain Juppé, tout en reconnaissant qu'il « peut manquer quelquefois de souplesse et de rondeur dans l'exercice du pouvoir. »
Homme d'Etat,
Jacques Chirac l'est incontestablement, et il nous livre, au fil des pages, des anecdotes et des réflexions sur son action en tant que président. Homme pudique, l'ancien président l'est tout autant (« Un Homme public doit veiller à se construire un monde personnel où on ne puisse pas l'atteindre »). Certes, il rend hommage à son épouse, Bernadette, sans s'appesantir ni même livré de grandes révélations. Son Accident vasculaire cérébral est évoqué, mais vite évacué. Un pan de sa personnalité nous est expliquée, sa passion pour les arts premiers, et il reconnait, après nous en avoir expliqué la genèse et les raisons : « L'inauguration du musée du Quai Branly, le 20 juin 2006, a été un des moments les plus heureux de ma présidence et l'une des grandes joies de ma vie. ».
Avec lucidité et humour (« Passer pour un inculte me convenait très bien (…) »),
Jacques Chirac nous livre des mémoires, rédigées dans un style clair et précis, s'attardant à certains moments dans certains détails de la vie publique (nationale ou internationale) , longueur, que l'on ne comprend que quelques chapitres plus tard. Voulant nous démontrer son attachement à la France et aux Français, il nous confirme aussi, ce que nous imaginions. Notre élite ne vit pas dans le même monde. Aussi, lorsqu'il nous relate sa rencontre, avant son élection – nous sommes en 1990 -, avec
Jacques Kerchache, le spécialiste de
L'Art africain, il nous explique être attablé à la terrasse d'un café avec son épouse, et
Jean Pierre Elkabbach et son épouse. On savait déjà cette connivence entre journalistes et politiques, et on ne s'étonne pas que ces Hommes de pouvoir fréquentent les mêmes cafés. Lorsque l'on apprend que ce café est situé à …l'île Maurice, on a du mal à imaginer dans cette scène la genèse de la lutte contre la fracture sociale.
L'émotion se devine lorsqu'il nous relate l'arrivée à l'Elysée de
Nicolas Sarkozy, et la déception transpire lorsqu'il nous parle des trahisons et des coups bas. Finissant par son testament politique et une évocation de la fondation, qu'il a créée,
Jacques Chirac nous livre donc ici les mémoires d'un président d'un autre siècle. Une autre vision du pouvoir, de l'argent, de l'Influence.Quelle que soit notre appartenance politique, nous ne pouvons que souligner la vision, qui d'un bout à l'autre de ces Mémoires, guide ces souvenirs, et donc son existence.une vision de la France mais aussi et surtout une ambition pour les Français et les Françaises.
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