Si on lit les romans d'Agatha sans en faire une analyse détaillée et psychologique comme Poirot l'aurait fait, ses livres nous en mettent plein la vue. Je me suis amusé cependant pendant un certain temps à les relire avec un souci dans l'analyse des détails comme le fesait Poirot dans tous ses romans i.e. en particulier au niveau chronologique et psychologique.
En faisant cela, on y retrouve beaucoup d'incongruïtés ce qui nous donne, même si on peut en rester un peu déçu d'en trouver autant dans les romans de la grande dame des romans policiers, d'autres bonnes raisons et de nouveaux plaisirs à les relire: faire notre propre enquête sur les romans d'Agatha et de son célèbre détective Hercule Poirot.
Un petit exemple d'une de ces incongruïtés: dans
ABC contre poirot, à quelle date a eu lieu le 3ième meurtre ? vendredi le 30 août. Quand le 4ième meurtre à Doncaster a-t-il été perpétré, selon Agatha ? vendredi le 11 septembre. D'une part, erreur magistrale sur la date ... ou le jour... : le 11 septembre ne pouvait pas être un vendredi !!!
De plus, si on prend note de tous les détails touchant la chronologie, que ce soit explicitement (par des mots indiquant des temps précis comme le lendemain, le surlendemain, le vendredi de la semaine prochaine...) ou implicitement (par des suggestions de périodes de temps plus ou moins longues comme pendant tout ce temps, ,,,) entre le meurtre du 30 août et sur ce qui se dit à la réception de la lettre annonçant le 4ième meurtre, on arrive à une seule conclusion: la date du 11 septembre est assurément impossible.
La seule phrase dite au moment de la réception de la 4ième lettre "le 11 septembre est le vendredi de la semaine prochaine" implique que la lettre serait arrivée avant le samedi 5 septembre (pour qu'on puisse parler de "vendredi de la semaine prochaine" sinon on aurait dû dire "vendredi prochain"), ce qui ne laisse que 5 jours au maximum pour faire tout ce qui est décrit dans le roman entre les deux moments en question (incluant la journée du 31 août pour faire enquête, le temps nécessaire à M.Clark pour s'occuper des funérailles de son frère, les échanges de lettres entre certains membres de la fameuse légion spéciale, la rencontre de ladite légion spéciale, la visite par Poirot chez la veuve de la 3ième victime (au surlendemain d'un certain jour), les nombreuses enquêtes de la police et tous les reportages dans les journaux ...
On aurait pu dire que ce n'était qu'une erreur de mois ... pourquoi pas le 11 octobre qui, lui, aurait pu être un vendredi ?... Mais on arrive à un autre problème, le St-Léger se courait en septembre à Doncaster ... pas en octobre. Et la présence de cette course (le St-Léger) est importante dans le contexte du roman pour rendre le 4ième meurtre plus difficile à empêcher ....
Au point de vue psychologique, on pourrait aussi s'amuser. Toujours dans le même livre, quel est l'élément LE PLUS important qui a permis à Hercule Poirot de se mettre sur la piste de ABC: l'information que lui a donnée Mme Clark au sujet du visiteur venu à la maison le matin du meurtre de son mari. Or, selon toutes, vraiment toutes, les informations laissées précédemment au sujet de l'état de santé de Mme Clark, et surtout sur son état de conscience des derniers évènements - conséquence des médicaments qu'elle prenait - la question se pose: comment a-t-elle fait pour, de un, avoir pris conscience de cette visite, de deux, s'en être souvenue avec autant de détails et de précision quant au moment où elle a eu lieu ? "Poirot connaissant toutes les effets des drogues qu'elle prenait", comment a-t-il pu porter une aussi grande valeur à ce témoignage ?
Si cela vous intéresse, je vous mets sur la piste d'un autre de ses romans les plus connus "
La mystérieuse affaire de styles". Quelques éléments sur lesquels vous pourrez vous questionner un brin si vous en faites une relecture: Quel est l'élément-clé qui a permis à Poirot de trouver le fameux chainon manquant ? La fameuse lettre retrouvée en morceaux dans la chambre de la victime. Où était cette lettre initialement ? Dans la valise de la veuve ... que Poirot aurait pu trouver facilement dans les premiers pas du roman ... s'il avait ouvert la valise quand il en avait l'occasion la première fois ... pourquoi ne l'a-t-il pas fait ? parce qu'il ne se sentait pas en droit de le faire ... lui Hercule, Hercule le Grand, celui qui se proclame pourtant pas longtemps après, dans le même roman, d'avoir tous les droits quand il décide d'ouvrir, sans permission, le secrétaire du mari assassin ... Sans cette distorsion majeure au niveau de la psychologie même du grand détective, il n'y a plus de roman. On trouve l'assassin dans les premiers chapitres ....