ISBN : 2234065151
Éditeur : Stock (2010)


Note moyenne : 2.82/5 (sur 66 notes) Ajouter à mes livres
"Nous traversons des temps difficiles, vous n'êtes pas sans le savoir. Très difficiles. Qui pourrait prévoir ce que nous allons devenir, vous, moi, la planète...? Rien n'est simple. Un peu d'eau? Non? Comme vous voulez. Après tout, si vous permettez, je peux bien me con... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 01 novembre 2010

    LiliGalipette
    Roman de Philippe Claudel.
    "C'est en ne cherchant pas que tu trouveras." l’enquêteur est pourtant missionné pour chercher des explications à la vague de suicides survenus au sein du personnel de l'Entreprise. l’enquêteur se heurte à l'absurdité et l'absence de sens de la Ville et de ses habitants. le Policier, le Garde, le Guide, le Responsable, le Psychologue, tous semblent perturber à dessein sa mission et se mettre en travers de sa route même pour les actions les plus banales. Dans l'Entreprise, chacun a un rôle bien défini et personne ne quitte les rails dans lesquels il avance. l’enquêteur, "un être scrupuleux, professionnel, attentif, rigoureux et méthodique, qui ne se laissait pas surprendre ni perturber par les circonstances ou les individus qu'il était amener à rencontrer au cours de ses enquêtes" (p. 70), est perdu dans un monde qu'il ne comprend pas et doit se résoudre à l'inexpliquable.
    Comment ne pas penser au terrifiant Château de Kafka! Mais la ressemblance est subtile. Philippe Claudel explore davantage le côté social du monde. Là où chacun est réduit à un rôle, "dans un système impersonnel et asexué de fonctions, de rouages, un grand mécanisme sans intelligence dans lequel ces fonctions, ces rouages interviennent et interagissent en vu de le faire fonctionner" (p. 221), l’enquêteur n'est qu'un rôle parmi d'autres. le roman est nourri de théâtralité, avec des entrées et des sorties fracassantes, des personnages dont le masque est figé pour l'éternité, des répétitions et des scènes qui semblent déjà écrites. l’enquêteur se perd dans "cet univers forcément faux, totalement onirique et qui n'était en rien la vie." (p. 142) Et qu'est-ce que le roman, le récit, si ce n'est une apparence de réel sans le souffle de la vie?
    L'absence totale d'anthroponymie ou de toponymie rend l'onomastique factice: l'intrigue se déroule nulle part et est menée par personne. La non-personnalisation des protagonistes ou des lieux rend le récit universel mais intangible, encore plus impalpable. Dans l'impossibilité de nommer, de s'accrocher à des référents qui ne soient pas schématiques, le texte devient un canevas désincarné et transposable à l'infini. le récit n'en est que plus percutant. En n'accusant personne, il désigne tout le monde.
    Les 23 suicides dénombrés dans l'Entreprise, gigantesque matrice tentaculaire qui englobe la Ville - qui est la Ville - l'énigmatique portrait du vieil homme qui préside chaque lieu, les appels désespérés d'un inconnu, le sentiment de mort que ressent l’enquêteur et le final dans une plaine désertique font de ce roman une somme d'angoisse et de questionnements. S'agit-il d'un voyage initiatique? D'une acceptation de la mort? D'un futur apocalyptique? D'une réalité différée? D'une critique de la société qui tue et engloutit ses membres sans considération aucune? Après tout, qu'importe la réponse. le lecteur est l’enquêteur, l'auteur est le Fondateur, le texte est l'Entreprise. Chacun doit tenir sa place, même s'il ne la connaît pas et ne la comprend pas. le Fondateur ne sait pas ce qu'il a fondé, l’enquêteur ne sait plus sur quoi il doit chercher. Ultime réponse, à mettre en regard de la première phrase citée: "Ici, c'est en se bandant les yeux qu'on réussit à voir." (p. 262)
    Philippe Claudel signe un texte fort qui, s'il m'a moins enchantée que Le rapport de Brodeck, n'en reste pas moins une réussite stylistique. Je l'ai lu en deux heures, happée par le destin malchanceux de l’enquêteur, avide de poursuivre avec lui l'expérience glaçante d'un univers dénué de logique apparente. Encore une belle découverte de la rentrée littéraire 2010!

    Lien : http://lililectrice.canalblog.com/archives/2010/11/01/19485334.html
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    • Livres 1.00/5
    Par liratouva2, le 20 janvier 2011

    liratouva2
    Pendant plus de deux cents pages nous suivons les déambulations de l’enquêteur dans une entreprise tentaculaire où il est chargé de découvrir la cause des 23 suicides qui viennent de s'y produire. De lui on ne saura que peu de choses : "C'était un homme de petite taille, un peu rond, aux cheveux rares." Adulte banal, plein de bonne volonté, soucieux de remplir la tâche qu'on lui a confiée, il ne rencontrera que des personnages aussi abstraits que lui, des sans nom, juste des fonctions, le Policier, le Serveur, le Guide, le Fondateur, bref des employés, tous solitaires, déboussolés, dépersonnalisés, déshumanisés qui ne comprennent rien à ce qui se passent vraiment mais qui exécutent ce qu'on leur demande en bons petits soldats.
    La ville où il arrive un soir est elle aussi sans nom, sans âme, sans vie. L'entreprise est fermée, les rues sont vides et il pleut sans cesse. Il échoue où il peut, dans un immense hôtel étrange, sans cohérence, où les fenêtres sont murées, où on lui refuse tout ce qu'il demande pour l'accorder aux autres clients, où tout va de travers et d'où il aura beaucoup de mal à s'échapper!
    Très vite j'ai compris que ce n'était pas réellement un roman que je lisais mais bien ce que je n'apprécie pas outre mesure: une fable moralisatrice dans laquelle l'auteur dénonce la déshumanisation du monde moderne, où la technique remplace l'homme, où personne ne sait d'où viennent les ordres, où chacun finit coincé dans sa boîte, physiquement, sans pouvoir en sortir, sans possibilité de communiquer avec ses semblables, eux aussi prisonniers de leurs propres boîtes, tous pris au piège mais de qui? De quoi ? Pourquoi? Même le Fondateur ne sait plus ce qu'il a fondé! Ce n'est même pas un complot!
    "Clac". - "Plus rien."
    J'ai déjà lu ce discours. Je suis dans le monde de Kafka ! Impossible de ne pas y penser!
    Non que je ne sois pas d'accord avec ce constat, au contraire, là n'est pas la question... mais quel ennui de lire un récit si déprimant, si lourd, si froid, si peu inspiré ! J'ai fini par sauter des pages et terminer en lecture rapide, sans aucun remords.


    Lien : http://liratouva2.blogspot.com/2011/01/lenquete-de-philippe-claudel...
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    Critique de qualité ? (9 votes positifs)
    • Livres 1.00/5
    Par carre, le 03 janvier 2012

    carre
    Avec son dernier roman Philippe Claudel nous conte l'histoire d'un homme chargé de mener L'Enquête à la suite d'une vague de suicides dans une entreprise. Mais très vite le personnage va évoluer en territoire hostile de l'hôtel ou il se passe des choses bizarres, à la rue jusqu'à l'entreprise. L'homme va sombrer dans un cauchemar et ira jusqu'a perdre son identité.
    J'apprécie Philippe Claudel dans ces multiples travaux artistiques (romans, cinéma, théâtre) et à chaque fois avec beaucoup de plaisir. Et bien là pour le coup quelle déception. Cette fable Kafkaienne ne m'a pas intéressée, pire elle m'a profondément ennuyée.Certe on imagine que Claudel en identifant chaque personne, chaque lieu par leur nom commun a voulu montrer la déhumanisation de notre société. Mais ces personnages privés de sentiments, d'identité, de vie m'ont profondement déplu. le livre bascule vers l'absurde et le fantastique et l'on se demande ou veut en venir Claudel. Tournez vous vers ces autres romans si vous voulez découvrir ce talentueux auteur. ("Les âmes grises" notamment).
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    Critique de qualité ? (7 votes positifs)
  • Par sebbys, le 27 avril 2012

    sebbys
    Un roman passionnant. Entre des objets personnifiés, et un Enquêteur au sein d'une Entreprise, une intrigue intéressante va nous mener jusqu'à un port, dernier lieu de l'histoire.
    Un meurtre bien orchestré et une intrigue à rebondissements pour une histoire fascinante.
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    • Livres 3.00/5
    Par emeralda, le 07 août 2011

    emeralda
    "L'Enquête" de Philippe Claudel est un roman atypique et c'est ce qui m'avait plu quand j'avais découvert cet ouvrage présenté par son auteur lors de son passage dans mon émission culte : "La grande librairie", sur France 5. Autant je peux apprécier l'ordre, le rangement dans ma vie privée que parfois, une pointe de désordre dans oeuvre littéraire me parait appréciable pour justement bousculer un peu ma façon de penser, de concevoir le monde.
    Il n'est pas si facile que cela de ce glisser dans ce récit.
    Les premières pages passent plutôt très bien, mais ensuite, on est comme L'Enquêteur, on se retrouve dans la brume la plus épaisse qui soit. La ville, ses repères, tout se floute et même le temps ne s'écoule plus normalement.
    Rien n'est nommé et surtout pas les protagonistes. On a droit à une version "générique" comme pour les médicaments :
    - La firme machin = l'Entreprise
    - La Ville
    - La Foule
    - L'Enquêteur
    - le Fondateur
    etc…
    On atterrit assez vite dans des situations sur-réalistes :
    - Les fenêtres murées
    - Les petits déjeuners pris à l'hôtel
    - Un hôtel classé 4 étoiles, mais miteux
    etc…
    J'avoue avoir eu envie de décrocher de cette lecture(mais je l'avais emprunté à la médiathèque donc au moins je n'avais pas déboursé tous mes euros pour ce livre). Je n'avais plus mes repères traditionnels et même si cela est appréciable parfois, cette fois, c'était un peu trop. L'absurde prenait une part trop importante pour ma rationalité et je me suis retrouvée en faite dans une position aussi inconfortable que celle du héros de ce récit : L'Enquêteur.
    J'ai continué pourtant, sans trop savoir véritablement pourquoi. Peut-être parce que je n'aime pas rester sur un échec, même au niveau de mes lectures. L'Enquêteur lui pouvait au moins se raccrocher à sa mission, L'Enquête. Et puis, j'ai aussi éprouvé un peu de pitié pour ce pauvre homme.
    Et enfin, je me suis demandée si nous n'étions pas autre chose que des personnages sans plus de consistance que des numéros ou des appellations aussi larges que celles usitées dans "L'Enquête" de Philippe Claudel. Combien de fois ai-je eu la nette sensation que le monde dans lequel nous évoluons marchait sur la tête ? Parfois, la réalité est à peine moins étrange que les évènements relatés dans l'ouvrage. Tout est fait pour nous faire perdre notre identité propre, le formatage, la mondialisation, le lissage, le polissage des éléments… On s'oublie, on se perd…
    Lecture chaotique au final avec ses hauts, mais aussi ses bas.
    C'est un ouvrage effectivement déroutant que je ne recommanderais pas à tout le monde, mais qui trouvera sans nul doute son public.
    J'en garderai un souvenir mitigé, mais je ne l'oublierai pas comme cela. Philippe Claudel a sans doute alors gagné son pari puisque son livre ne deviendra pas le Livre, mais un livre. Il restera quelque chose de particulier dans mon esprit, mais aussi dans ceux des autres lecteurs…


    Lien : http://espace-temps-libre.blogspot.com/2011/08/lenquete-de-philippe-..
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Citations et extraits

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  • Par Pchabannes, le 23 octobre 2010

    “L’Entreprise est un colosse aux pieds d’argile. Notre monde est un colosse aux pieds d’argile. Le problème est que peu d’êtres tels que vous, je veux dire les petits, les faibles, les exploités, les serfs contemporains, s’en rendent compte. Il n’y a plus de roi depuis bien longtemps. Les monarques d’aujourd’hui n’ont plus ni tête ni visage. Ce sont des mécanismes financiers complexes, des algorithmes, des projections, des spéculations sur les risques et les pertes, des équations au cinquième degré. Leur trônes sont immatériels, ce sont des écrans, des fibres optiques, des cricuits imprimés, et leurs sangs bleus, les informations cryptées qui y circulent à des vitesses supérieures à celle de la lumière. Leurs châteaux sont devenus des banques de données. Si vous brisez un ordinateur de l’Entreprise, un parmi des milliers, vous coupez un doigt au monarque. Vous avez compris ?”
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  • Par liratouva2, le 20 janvier 2011

    Je ne pense pas, on pense à travers moi ou plutôt on me pense. Je n’ai la possibilité d’aucune initiative. On me fait croire que j’ai une Enquête à mener. En vérité il n’en est sans doute rien. Je suis ballotté, chahuté, froissé puis caressé, bousculé puis remis droit. On me place et on me déplace, on m’interdit de traverser une rue, ensuite on m’ouvre le chemin, on me sourit, on m’étreint, on me réchauffe pour me précipiter, à la minute suivante, contre un mur. (…) On m’écoute patiemment pour m’abandonner plus vite à mon sort. Quelle justification chercher à cela?
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  • Par Hebephrenie, le 20 septembre 2010

    La distraction et le zèle se paient cher aujourd'hui. Les heures supplémentaires creusent les tombes de ceux qui les accumulent. L'époque des utopistes est révolue. On pourra toujours acheter quelques rêves, plus tard, à crédit, chez des antiquaires, dans des collections ou des brocantes de village, mais dans quel but? Les montrer aux enfants? Y aura-t-il encore des enfants? Avez-vous des enfants? Vous êtes-vous reproduit? L'homme est de nos jours une quantité négligeable, une espèce secondaire douée pour le désastre. Il n'est plus désormais qu'un risque à courir.
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  • Par tulisquoi, le 20 octobre 2010

    Ce furent de très étranges moments, sans doute les plus étranges qu’il ait vécus depuis son arrivé dans la Ville, que cette dérive involontaire. L’Enquêteur, en se laissant porter comme un fétu sur le grand courant d’un fleuve, abdiqua. Il renonça pour la première fois de son existence à se penser en tant qu’individu ayant une volonté, le choix de ses actions, vivant dans un pays garantissait à chacun des libertés fondamentales, tellement fondamentales que, la plupart du temps, tous ses citoyens y compris l’Enquêteur, en jouissaient sans en avoir pleinement conscience. Dissous dans l’immense masse mobile de ce piétons muets, il se glissa, cessa de penser, refusa d’analyser la situation, ne chercha pas à la combattre. C’était un peu comme s’il avait à demi quitté son corps pour entrer dans un autre corps, vaste et sans limites.
    Combien de temps cela dura-t-il ? Qui pouvait vraiment le savoir ? En tout cas, pas l’Enquêteur, c’est certain. Lui ne savait plus grand-chose. Il avait presque, comme sous le coup d’un violent psychotrope, oublié sa raison d’être. Il continuait à exister mollement. Il perdait de son épaisseur.
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  • Par emeralda, le 13 janvier 2011

    Non, je vous ai dit que j'étais psychologue, je ne vous ai pas dit que j'étais le psychologue. D'ailleurs, vous l'avez peut-être remarqué, mas je suis une femme, et vous m'appelez le psychologue, ce qui confirme mon analyse. Vous déniez toute humanité, en vous et autour de vous. Vous regardez les hommes et le monde comme un système impersonnel et asexué de fonctions, de rouages, un grand mécanisme sans intelligence dans lequel ces fonctions et ces rouages interviennent et interagissent en vue de le faire fonctionner. Lorsque vous évoquez un collectif, il est vague et sans limite, vous citez l'Entreprise, la Foule, les Touristes, les Déplacés, des entités nébuleuses dont on ne sait s'il faut les prendre au sens strict ou métaphorique.
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Vidéo de Philippe Claudel

Bande annonce du second film de Philippe Claudel : Tous les soleils.








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