"
L'Enquête" de
Philippe Claudel est un roman atypique et c'est ce qui m'avait plu quand j'avais découvert cet ouvrage présenté par son auteur lors de son passage dans mon émission culte : "La grande librairie", sur France 5. Autant je peux apprécier l'ordre, le rangement dans ma vie privée que parfois, une pointe de désordre dans oeuvre littéraire me parait appréciable pour justement bousculer un peu ma façon de penser, de concevoir le monde.
Il n'est pas si facile que cela de ce glisser dans ce récit.
Les premières pages passent plutôt très bien, mais ensuite, on est comme
L'Enquêteur, on se retrouve dans la brume la plus épaisse qui soit. La ville, ses repères, tout se floute et même le temps ne s'écoule plus normalement.
Rien n'est nommé et surtout pas les protagonistes. On a droit à une version "générique" comme pour les médicaments :
- La firme machin = l'Entreprise
- La Ville
- La Foule
-
L'Enquêteur
- le Fondateur
etc…
On atterrit assez vite dans des situations sur-réalistes :
- Les fenêtres murées
- Les petits déjeuners pris à l'hôtel
- Un hôtel classé 4 étoiles, mais miteux
etc…
J'avoue avoir eu envie de décrocher de cette lecture(mais je l'avais emprunté à la médiathèque donc au moins je n'avais pas déboursé tous mes euros pour ce livre). Je n'avais plus mes repères traditionnels et même si cela est appréciable parfois, cette fois, c'était un peu trop. L'absurde prenait une part trop importante pour ma rationalité et je me suis retrouvée en faite dans une position aussi inconfortable que celle du héros de ce récit :
L'Enquêteur.
J'ai continué pourtant, sans trop savoir véritablement pourquoi. Peut-être parce que je n'aime pas rester sur un échec, même au niveau de mes lectures.
L'Enquêteur lui pouvait au moins se raccrocher à sa mission,
L'Enquête. Et puis, j'ai aussi éprouvé un peu de pitié pour ce pauvre homme.
Et enfin, je me suis demandée si nous n'étions pas autre chose que des personnages sans plus de consistance que des numéros ou des appellations aussi larges que celles usitées dans "
L'Enquête" de
Philippe Claudel. Combien de fois ai-je eu la nette sensation que le monde dans lequel nous évoluons marchait sur la tête ? Parfois, la réalité est à peine moins étrange que les évènements relatés dans l'ouvrage. Tout est fait pour nous faire perdre notre identité propre, le formatage, la mondialisation, le lissage, le polissage des éléments… On s'oublie, on se perd…
Lecture chaotique au final avec ses hauts, mais aussi ses bas.
C'est un ouvrage effectivement déroutant que je ne recommanderais pas à tout le monde, mais qui trouvera sans nul doute son public.
J'en garderai un souvenir mitigé, mais je ne l'oublierai pas comme cela.
Philippe Claudel a sans doute alors gagné son pari puisque son livre ne deviendra pas le Livre, mais un livre. Il restera quelque chose de particulier dans mon esprit, mais aussi dans ceux des autres lecteurs…
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