Nous sommes en 1764. le peintre miniaturiste Zérène, élève du célèbre Boucher, est appelé chez la Marquise Adélaïde des Ailleurs, une jeune veuve pas si éplorée, pour faire son portrait ainsi que celui de sa famille. le peintre s'enflamme vite pour l'exquise marquise, et détaille avec ses craies et ses pinceaux les charmes de sa douce. Celle-ci lui propose alors un marché: il partira sur les mers de Chine à la découverte des trésors orientaux qu'elle affectionne tant, et devra lui ramener des “grains de beautés”, des preuves de toutes les merveilles qu'il croisera sur son chemin. Mais ce n'est pas tout: toutes ces merveilles devront rentrer dans une minuscule boite à mouches. Et comme première pièce de la collection, elle y glisse la mouche de taffetas noir qu'elle porte sur sa gorge, en guise de porte-bonheur. En retour, elle promet “ses soupirs”. Et voilà Zérène parti sur la jonque du capitaine Tuan, égrenant une à une les îles envoûtantes.
Conte qui reprend tout l'art minutieux, maniéré et libertin des conversations de salon, ce long poème qui commence par une quête de séduction raffinée se poursuit par une véritable carte du désir, où chaque île est l'occasion de découvrir un nouveau trésor de sensualité, mêlant un merveilleux orientalisant et un érotisme tout dix-huitième qui auraient enchanté
Diderot. A lire avec l'œil de celui qui sait parfaitement toutes les polissonneries qui se cachent sous cette délicatesse, mais qui prend un malin plaisir à les dissimuler sous les perles du langage: les syllabes rebondissent les unes sur les autres, les rimes se cachent au milieu des phrases, la syntaxe se perd et se reconstruit, les sons se répondent et roulent.