Le charme des Parents terribles de
Jean Cocteau réside bel et bien dans cette alliance entre le vaudeville et la tragédie. Au début de la pièce, le lecteur-spectateur peut croire qu'il se trouve face à une réécriture moderne et variée de Georges Dandin. Mais peu à peu, il apparaît que l'excès prend le dessus et mène la famille à sa perte. Comme le titre l'indique, Michel a des « parents terribles » : Yvonne, sa mère, lui voue un amour excessif et passionnel ; Georges, son père, ne conçoit plus aucun amour pour Yvonne ; et Léonie, sa tante, qui cherche à mettre de l'ordre dans les désordres familiaux. La pièce, qui oppose ainsi avec force ces trois personnages, repose sur une succession de conflits où le sérieux se mêle à l'humour. Cette force des dialogues rend l'œuvre de
Cocteau particulièrement intéressante dans la mesure où les dialogues deviennent le lieu des aveux et des règlements de compte.
Mais ce qui me frappe surtout dans cette pièce c'est l'innocence de l'amour entre qui existe entre Michel et Madeleine. A cet amour s'oppose l'adultère, la trahison. Or, ce qui crée problème dans la pièce et qui en fait finalement une tragédie familiale aux connotations incestueuses, c'est que Madeleine a été la maîtresse de Georges, le père de Michel, et que Yvonne a remplacé Georges par Michel. Les parents sont terribles parce qu'ils se perdent dans leurs excès respectifs tandis que Michel et Madeleine sont finalement les victimes d'un drame qu'ils n'ont pas choisi. A tout cela s'ajoute finalement un humour et une poésie propres à
Cocteau et qui parviennent à rendre palpable aux lecteurs-spectateurs cette délicate frontière entre le comique et le tragique, sans que jamais le dramaturge ne prenne parti ni pour l'un ni pour l'autre.
- litte-ratures -
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