Voici les 900 lettres écrites par
Jean Cocteau à sa mère entre 1898(année de ses neuf ans) et 1918 (il avait 29 ans).
Une
Correspondance qui m'avait séduite lors d'une brocante, après avoir visité les chapelles de Villefranche sur mer que
Cocteau avait repeintes. Fan de cet écrivain français, cinéaste(
Orphée), dramaturge (
Les Parents terribles),poète (Plain chant) romancier(
Les Enfants terribles),dessinateur,peintre,organisateur de spectacles de génie, je ne pouvais qu'apprécier le beau portrait qui émerge entre ses lignes et les relations empreintes de tendresse et de complicité avec sa mère.
Le recueil énorme(530 pages) est à rapprocher de "
Correspondances" de
Françoise Dolto(car les écrits sont entremélés de bouts de lettres manuscrites,de dessins,de photos,de cartes postales), témoignage exceptionnel de vingt ans de vie, de souvenirs,de rencontres,d'expériences,de projets, mais pas de réponses ici, juste ses lettres à lui adressées à sa seule correspondante, vue la haute teneur littéraire de son écriture et la poésie qui l'habite.
"Ma chère maman","Maman chérie","Petite mère chérie", "Petite mère adorée", "Chérie". Des entêtes significatives d'une infaillible admiration d'un fils pudique(mais presqu'amant) pour sa confidente et meilleure amie.
Des signatures variées: "Jean","Jeannot","Ton fils qui t'aime", "Ton petit Jean","Ton vieux Jean".
Beaucoup d'émotions("Mes grandes consolations passent souvent par toi"), amour("Chaque fois que le spectacle est beau, je pense: si maman était là pour le voir"),mais aussi passion,colère, peine("je me maudis d'avoir pu te causer la moindre peine") , peurs("Le silence du secteur est terrible")ou
Jalousie.Il la rassure("j'ai des ouvrages en train à finir").
Les évocations magiques de lieux de passage, de la Bretagne aux Alpes, d'Alger au front, ont une valeur à la fois personnelle et historique.
L'aperçu de la génèse de ses oeuvres est très riche d'indications:
"Les Eugène enfièvrent tout le monde" écrit il le 16/10/13, alors qu'il travaille Au Potomak et dessine les fameux Eugène. Et "J'ai à travailler mais Diaghilev me fatigue". Ou le 7/3/14:Comme j'ai eu raison de partir. Stravinsky, enthousiaste.
Les rencontres et amitiés souvent empreintes d'admiration qui ont parsemé sa vie, se relaient ici: Daudet, l'ami("Daudet est toujours le même, piailleur et caoutchouté. C'est une manivelle à poésies, son répertoire est fantastique").La comtesse de Noailles(connue au Cap Martin). L'impératrice Eugénie.
Marcel Proust.
Edmond Rostand et son fils Jean.Picasso( "Vendredi matin je suis témoin des Picasso").Stravinsky("Journée exaltante Stravinsky a joué quelque chose du David futur""). Sati("Sa parade est plus importante que Pélléas").Appolinaire("Appolinaire marie sa jeune esclave").
Voici donc, une
Correspondance-témoignage unique, des dessins de génie et une avant première de la Parade, ballet monté en 1917 par Diaghilev qui rassemble
Cocteau, Picasso et Satie dans un programme cubiste futuriste qui fait naitre pour la première fois le terme de surréalisme.
A lire+++!