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> Josée Kamoun (Traducteur)

ISBN : 2070129748
Éditeur : Gallimard (2011)


Note moyenne : 3.41/5 (sur 395 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :

Max Sim, le protagoniste principal, est un antihéros par excellence, voué à l’échec dès sa naissance (qui ne fut pas désirée), poursuivi par l’échec à l’âge adulte (sa femme le quitte, sa fille ne le regarde guère, sinon pour rire sous cape), s’acceptant d’a... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par alaiseblaise, le 18 janvier 2012

    alaiseblaise
    Si la crise, basse et lourde, pèse comme un couvercle sur votre esprit gémissant en proie aux longs ennuis (merci Baudelaire), si le dernier Sollers vous a provoqué des migraines ophtalmiques, si le dernier Delphine de Vigan vous a impulsivement précipité dans l'impérieux bouillonnement des soldes, si vous pensez que le dernier Marc Levy ne vaut pas un triple A, alors, éteignez télévision, ordinateur, GPS et téléphone et ouvrez grand la dernière livraison de Jonathan Coe.
    Suivez les extras aventures ordinaires de Monsieur Sim. Prononcez «sim» comme la carte SIM de votre mobile. Mr Sim, Maxwell Sim,
    c'est, tenez-vous bien, tous à la fois et tout à la fois : Mr Hulot (non pas le Nicolas mais le Mr Hulot de Tati), Laurel et Hardy, les Monty Python et Donald Crowhurst.
    Donald Crowhurst ? Un homme d'affaire anglais qui participa à une course autour du monde à la voile en 1969, le Sunday Golden Globe Race. Il est l'acteur de la plus grande escroquerie de la navigation de compétition. Il écrivit un faux journal de bord qui prétendait avoir effectué le tour du monde alors qu'il avait à peine entamé Le parcours. Devant cette supercherie qui le plaçait premier de la course, il paniqua, sombra dans la folie et se suicida (histoire vraie relatée dans le livre « L'étrange voyage de Donald Crowhurst»).
    Hum, hum, pas gai tout ça me direz-vous !
    Et pourtant...et pourtant...
    Cet émouvant et attachant personnage, tout droit sorti de l'imaginaire de Jonathan Coe, vit, plus vrai que nature, la vie sans mode d'emploi. Ou plutôt, ou peut-être lit-il le mode d'emploi (mais en existe t-il vraiment un ? si oui, faites moi signe !) à l'envers et contre tous, en sautant des pages, dans le désordre ou bien dans une langue étrangère. Mr Sim ne sait pas s'il doit reculer ou avancer, tourner à droite ou à gauche...bref, la vie comme un indécis voyage solitaire au long-cours...
    «Les voitures, c'est comme les gens. On va, on vient dans le grouillement du quotidien, on passe à deux doigts les uns des autres, mais le vrai contact est très rare. Tous ces ratages de peu, tous ces possibles irréalisés, c'est effrayant quand on y pense. Mieux vaut éviter soigneusement d'y penser.» nous confie Mr Sim. La vie comme une interminable et monotone autoroute...où personne ne se croise vraiment. Où tout le monde se croise sans vraiment se voir.
    Hum, hum, pas gai tout ça me direz-vous !
    Et pourtant...et pourtant...
    Mr Sim se sent seul. «Il y a quarante ans, Donald Crowhurst avait apparemment pu se cacher au coeur de l'océan l'Atlantique, grain de poussière dans l'océan, entouré par l'infini de la haute mer et dérobé aux yeux de tous les habitants de la planète. de nos jours, une quantité de satellites en orbite étaient braqués sur nous en permanence et pouvaient établir nos coordonnées avec une rapidité et une précision inimaginables. L'intimité ça n'existait plus. Nous n'étions plus jamais seuls.»
    Alors le Mr Sim il tombe facilement amoureux : d'une inconnue voisine de table dans un restaurant, de la douce et rassurante voix féminine de son GPS. GPS qu'il va surnommer Emma en hommage à Jane Eyre.
    Mr Sim : sa femme le quitte avec sa fille, il est VRP en brosses à dents, sa mère est morte depuis longtemps, son père inexistant vit en Australie et pour achever le tout il n'a pas d'ami.
    Hum, hum, pas gai tout ça me direz-vous !
    Et pourtant...et pourtant...
    Prenez la route au côté de Mr Sim pour un voyage désorganisé de Londres aux îles Shetland au nord de l'Ecosse. Vous n'avez pas fini de vous dérider !
    Ce roman est hilarant. Lu à gorge déployée ! Les seconds rôles sont de première classe : Emma la dame du GPS, Poppy l'ange gardienne des maris volages, Trevor le collègue vendeur de brosses à dents et
    j'en passe...Du grand Jonathan Coe ! Je me suis surpris à rire en lisant. Et que dire de mes proches qui commençaient à s'inquiéter !
    Jonathan Coe nous dépeint un monde désanchanté, nous brosse dru et dur une société anglaise déliquescente, nous observe drôlement en mordant là où ça fait mal mais sans blessure, nous regarde de travers en rigolant mais sans nous pointer du doigt, nous pousse dans nos derniers retranchements mais sans nous juger.
    Une magistrale (auto)dérision !
    Une fin (d)étonnante...Préparez vos mouchoirs !
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    • Livres 4.00/5
    Par latina, le 29 mai 2012

    latina
    Personne n'a envie de vivre la vie de Mr Sim ! Personne ne veut se retrouver dans sa situation : un divorce non accepté, une solitude subie, une profonde dépression, des rapports parentaux au point mort, un père pour le moins bizarre, une amitié détruite…Et pourtant…j'ai ri ! Eh oui, je me suis amusée, j'ai totalement adhéré à la manière de raconter cette histoire, très « humour anglais ».
    A vrai dire, cet amusement a cédé le pas vers la moitié du livre à une réflexion plus profonde. Oui, il se cache quelque chose de pas net, dans la vie de Mr Sim. Et cette…non, ces découvertes m'ont donné l'âme d'une psychologue, le temps d'un road-movie.
    La fin, par contre, m'a déplu (je ne vais pas la dévoiler, évidemment !) par son côté décalé, « à côté de la plaque », sans aucun lien avec le reste, comme si l'auteur avait voulu ABSOLUMENT trouver un dénouement original.
    Mais oublions ce côté fabriqué, artificiel, pour ne retenir que la jubilation ressentie face à ce narrateur si loufoque en prise aux difficultés de la vie. Ca fait du bien !
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    • Livres 4.00/5
    Par caro64, le 05 mars 2012

    caro64
    En imaginant les pérégrinations aléatoires et drolatiques d'un Anglais très moyen, Jonathan Coe fait étinceler son humour ravageur dans la satire sociale caustique et réjouissante
    de notre société postmoderne. Désenchanté et irrésistible.

    Une fois de plus Jonathan Coe réussit à nous étonner. Avec son talent de raconteur d'histoire, il nous embarque dans la vie de Maxwell Sim, 48 ans. Domicilié à Watford, Angleterre, responsable du service après-vente d'un grand magasin, puis commercial dans le domaine des brosses à dents écologiques, il cultive la banalité au quotidien. Timoré, indécis, sans ambition, il vient d'être abandonné par sa femme et sa fille « en état d'ermite involontaire ». Même s'il compte plus de soixante-dix amis sur Facebook, Max conjugue la solitude à tous les temps ! Débarquant à Sidney où il va tenter de renouer avec son père, il est tout à coup fasciné par la tranquille complicité d'une Chinoise et de sa fille dînant dans un restaurant. Cette sérénité aperçue agira comme un déclic inconscient et inversera la spirale de l'échec. Vont se succéder alors en cascades d'improbables rencontres… Max est ensuite envoyé aux Iles Shelland par sa société : une mission présentée comme une croisade au service de l'hygiène bucco-dentaire du futur. Une quête du Graal qui va vite virer à la sauce Monty Python. de Sarbucks en pause panini tomate-mozzarella, il progresse vers le Nord, de plus en plus déprimé. Drame du VRP seul au volant, il tombe amoureux de la voix sensuelle de son GPS, seule confidente de souvenirs d'enfance et de réflexions sur sa vie de couple qui lui viennent à l'esprit au fil des kilomètres. Peu à peu, en remontant dans son passé familial, il trouve la clé, la terrible révélation de son adaptation au monde et de ses difficultés relationnelles. Jusqu'à ce qu'il parvienne à s'accepter lui-même.
    Coe met le doigt sur tous les leurres d'une société de l'hyper-communication : la finance virtuelle, la grandiloquence trompeuse du marketing, la précarité de l'emploi, la mondialisation qui semble abolir la distance, l'uniformisation des modes de vie et l'imposture des médias. En motif récurrent et emblématique, il cite l'exemple de Donald Crowhurst, navigateur amateur britannique qui a prétendu faire le tour du monde à la voile en falsifiant son journal de bord, en 1968, à l'époque d'avant le satellite.
    On sait que Jonathan Coe excelle à imbriquer récits gigognes, mémoires, journaux intimes, lettres oubliées puis retrouvées, digressions enchâssées les unes dans les autres. Autant d'éclairages qui enrichissent un peu plus les personnalités et permettent la progression de l'intrigue. C'est ainsi que l'auteur de La pluie avant qu'elle tombe impose sa singularité. Mais dans ce dernier roman, c'est l'admirateur et biographe de B.S.Johnson qui laisse transparaître en filigrane l'influence de celui qui a poussé très loin l'interrogation et l'expérimentation sur les rapports entre la fiction et le réel. Jouant avec le vrai et le faux Coe continue d'explorer de nouvelles pistes. Avec délectation.


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    • Livres 4.00/5
    Par hieronimus177, le 13 novembre 2012

    hieronimus177
    27/02/2011

    La vie très privée de Mr Sim, de Jonathan Coe


    Depuis Testament à l'anglaise et Le Cercle fermé, la sortie d'un nouveau roman de Jonathan Coe est toujours un événement que je ne rate jamais. Encore une fois, je ne suis pas déçu : ambitieux, stimulant, subtil, parfois déjanté, voila les qualificatifs que m'inspirent la lecture de ce livre. Incontestablement un grand roman, d'un grand auteur.

    Maxwell Sim est un être terne et sans éclat, ayant une conscience précise de sa fadeur. L'épitaphe gravée sur sa tombe devrait être, selon lui : « Ci-git Maxwel Sim, un type archi-banal ». Il est en effet d'une terrifiante banalité. Un dépressif quitté par sa femme, méprisé par sa fille, qui ne s'intéresse à rien d'autre qu'à son travail de VRP en brosse à dents de luxe et va établir, au cours de son périple vers l'Ecosse, une relation privilégiée avec son GPS, qu'il baptisera Emma. Pourtant, nous devinons, au fil des pages, qu'il n'est pas que cela.

    L'ambition et le projet de Jonathan Coe percent rapidement : si l'auteur a créé cet « homme » si terne et si fade au début du roman, c'est d'abord pour le faire évoluer sous nos yeux, ensuite pour livrer en pâture à ses lecteurs des questions et des réflexions sur le roman, ses personnages et l'écriture. Que nous dit-il ? En substance, ceci : je vais vous montrer comment se construit un personnage de roman, ce qu'il est réellement, comment il s'enrichit progressivement, ce que j'ai voulu en faire sans totalement le vouloir, sans en être complètement conscient au moment où je l'écrivais. Je vais vous placer au cœur du processus de la création romanesque. Ce faisant, vous comprendrez quel rôle vous jouez, vous, lecteur, dans cette création. Car le lecteur n'est pas neutre : moi, auteur, je tiens compte de lui pour dessiner mes personnages et leur histoire.

    Pour arriver à ses fins, il place Max dans des situations qu'il pourrait avoir lui-même vécues tout en lui insufflant un passé qui n'est pas le sien, des passions qui lui sont étrangères, des désirs qui lui sont inconnus. Dès le début, Max apparaît pour ce qu'il est : un personnage de papier, factice, vide, auquel par son talent l'auteur donne un souffle de vie et qui va nous accrocher, peu à peu, au fil des pages, tout comme Mr Sim est accroché par sa vie… quand elle est racontée par d'autres.
    Car c'est la force de ce roman et de son personnage fantôme : Max est le lecteur de sa propre vie, écrite par son entourage proche. Il est donc placé dans la même situation que nous puisque nous sommes aussi lecteurs du roman qui nous expose sa « vie très privée ».

    Max, qui reste toujours attaché à son ex-femme Caroline, entre en rapport avec elle sur un forum Internet en utilisant un pseudo féminin, Liz Hammond. Et Caroline, qui pendant quatorze ans n'a jamais pu vraiment communiquer avec son mari, développe alors avec Liz une relation épistolaire chargée d'émotion et d'amitié, ce qui le bouleverse : « (…) vous n'en reviendriez pas de la chaleur, de l'amitiés, de l'affection, oui, qu'elle mettait dans ces mots adressés à une étrangère, une parfaite inconnue qui n'existait même pas, bon Dieu de bon Dieu ! ».
    Leur relation se développe tant que Caroline envoie à Liz/Max une nouvelle qu'elle vient d'écrire, dans laquelle elle met en scène un événement de sa vie de couple où Max tient un rôle central. Ainsi, Max devient, à travers la lecture de cette nouvelle, le lecteur de sa propre vie, décortiquée par Caroline qui joue alors le rôle de l'écrivain (elle ambitionne de le devenir). Et nous, lecteurs du roman de Jonathan Coe, devenons des lecteurs de la vie de Max écrite par un des personnages de Coe.
    Au cours de son périple, notre personnage va être amené à lire un nouveau récit d'un épisode de sa vie , lorsqu'il rencontre Alison, la sœur de son ami d'enfance Chris. Les révélations apportées par ce récit, qui concernent aussi bien son père que lui-même, vont à nouveau le bouleverser, le transformer.
    Un autre des multiples thèmes du roman porte sur la recherche de l'identité réelle d'un père avec qui Max n'a jamais pu communiquer et qu'il ne comprend pas. Et Jonathan Coe, qui s'amuse à créer un suspense à travers cette double recherche d'identité, nous montre combien il est difficile d'interpréter des faits pour les rendre signifiants. Car là encore, dans le récit d'Alison, Max ne saisira pas l'essentiel. Il lui faudra poursuivre sa quête pour y parvenir. En attendant, écrasé par les révélations sur son passé, Max se surprend lui aussi, comme les autres, à inventer, à imaginer ce qu'aurait pu devenir sa vie si l'auteur l'avait voulu, et il nous raconte des scènes imaginaires qui auraient pu se dérouler entre Alison et lui. A cet instant du roman, le personnage de Max commence à sortir de sa médiocrité initiale : « Non, rien n'est vrai, mais vous savez quoi ? Je crois que je commence enfin à me débrouiller, comme écrivain (…) Et je dois avouer que j'y ai pris vraiment du plaisir. Je n'aurais jamais imaginé qu'inventer soit aussi gratifiant. »

    Peu à peu, Max se rapprochera de son père et finira par le connaître mieux, en même temps qu'il découvrira les raisons profondes de son mal-être. Il poursuit d'ailleurs sa quête de sa propre identité à travers les carnets de son père, poète et admirateur de T.S. Eliot, que celui-ci lui a demandé de ramener en Australie. Lorsqu'il trouve ces carnets, leur lecture est une nouvelle révélation. La perception qu'il a de la réalité de son enfance, de ses relations avec son père et avec les femmes se trouve modifiée par sa lecture. Dans le même temps, notre perception de lecteur happé par l'histoire de Max s'en trouve aussi bouleversée.
    Dans le courant de l'histoire, Mr Sim va nous révéler sa conception de la création artistique, directement induite de ce qu'il vient d'apprendre :

    « Si nous vivions tous dans un parfait bonheur, sans conflits, sans tensions, sans névroses, sans angoisses, sans problèmes irrésolus, sans injustices monstrueuses tant sur le plan personnel que politique, sans rien de toutes ces saletés, alors les gens qui courent chercher des consolations dans des histoires n'auraient plus besoin de le faire, n'est-ce pas ? Ils n'auraient plus du tout besoin d'art. C'est pourquoi je n'en ai pas besoin, moi, et vous non plus, désormais ».

    Est-ce la conception de Jonathan Coe lui-même qui est ainsi dévoilée ? Bien sûr, nous n'en saurons rien. Mais Coe joue avec le lecteur avec son humour habituel : si vous avez commencé ce roman, nous dit-il en substance, c'est que vous étiez névrosés et malheureux. Max découvre et comprend en même temps que le lecteur les ressorts de sa sexualité et les raisons profondes de son mal-être : il est guéri peu de temps avant sa disparition, désormais il n'aura plus besoin de lire des histoires.

    Paul Auster avait lui aussi exploré les rapports ambigus entre le romancier et ses créatures/personnages, dans « Seul dans le Noir », « Invisible » ou « Le Livre des illusions ». Jonathan Coe ne se contente pas de ce seul élément pour faire exploser son roman au visage du lecteur, il va plus loin en développant le triptyque auteur/lecteur/personnage. Il le fait d'une façon plus décontractée qu'Auster, avec son humour discret, si corrosif, en nous donnant le sentiment qu'un personnage de roman n'est qu'une création littéraire et un jeu de l'esprit que ni le romancier, ni son lecteur, ne doivent prendre trop au sérieux.

    Le roman avait commencé par la vision, dans un restaurant de Sydney, d'une jeune femme asiatique et de sa fille qui jouaient aux cartes au restaurant. La complicité entre la mère et la fille, leurs liens étaient si évidemment forts que le solitaire Max, qui n'avait jamais pu communiquer ni avec sa fille ni avec son père en avait été bouleversé. Il avait conservé ces images là dans sa mémoire et son rêve était de les retrouver un jour. Magie du roman, l'auteur exauce son rêve et Mr Sim peut enfin discuter avec la jeune femme, quelques pages avant la fin. Quelques phrases lui suffisent pour deviner qu'elle a perçu le point essentiel de sa personnalité, celui qu'il cachait à lui-même : ce n'est pas avec elle qu'il pourra être heureux, mais plutôt avec Clive, l'homme qu'il a rencontré au cours de son périple.
    Lorsque le livre s'achève, nous avons fait le tour de la vie de Mr Sim, nous savons comment Coe a créé son personnage. Comment finir l'histoire ? par une note d'espoir ? Une fin heureuse ? désespérée ? Ouverte ? Chacun de ces choix serait mal venu : Coe veut nous montrer que le personnage n'est qu'un accessoire, un moyen d'atteindre son but qui est de parler de notre époque, de la création littéraire, des rapports entre les êtres. L'histoire terminée, le héros peut alors disparaitre d'un claquement de doigt. C'est ce que fait l'auteur dans une scène finale que certains commentateurs jugent étonnante, mais qui est, somme toute, d'une logique imparable.

    J.T.
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    • Livres 3.00/5
    Par kathy, le 06 mai 2012

    kathy
    Le 14 février 2009, deuxième samedi de février et jour de la Saint Valentin, Mr Sim Maxwell, 48 ans, venu en Australie pour reconstruire sa relation avec son père, - qui a refusé de l'accompagner alors que c'était la dernière soirée de Max en Australie- prend la mesure de sa solitude. Assis à une table dans un restaurant il aperçoit une Chinoise avec sa fille, en train de jouer aux cartes. « Elles semblaient si heureuses en compagnie l'une de l'autre, il y avait une telle complicité entre elles. Je les enviais, car il était clair qu'elles possédaient quelque chose de précieux, quelque chose qui me manquait cruellement. Quelque chose dont j'aurais voulu avoir ma part ».

    De retour en Angleterre, cet incident se révèle être, plus que jamais, pour Max, un REVELATEUR de l'absurdité de sa vie. Car il réalise alors la vacuité de ses relations - l'abandon par son père, avec qui le lien filial n'a jamais pu se nouer ; le départ de sa femme ; le mépris de sa fille ; l'indifférence de son ami d'enfance- avec d'autant plus d'acuité.
    Devant cet abominable constat d'incompréhension et d'échec, il accepte un emploi de VRP en freelance dans les îles Shetland, pour le compte d'une société - spécialiste de la brosse à dents écologique.
    Son seul compagnon de route sera un GPS, baptisé Emma, dont la voix suave SOUTENANTE et NON JUGEANTE, permettra à Max, durant ce long périple, de lever ses inhibitions pour OSER revisiter son passé.
    Si les nombreuses critiques concernant ce livre mettent l'accent sur « l'ultra moderne solitude » de Max, conséquence de notre « ultra moderne civilisation », je dirais, quant à moi, que le mal être de Max réside, avant tout, dans l'héritage familial affectif et relationnel que lui ont laissé ses parents - modèles identificatoires et gages d'ouverture au monde et d'enrichissement.
    Car si Max est le parangon de l'ultra moderne solitude – s'entendant au sens de la difficulté qu'il a d'établir des relations SINCERES et de se lier à ses proches et à ses concitoyens – je ne pense pas que sa solitude et sa déprime prennent racine, uniquement, dans cette modernité. Certes, Facebook lui donne – un temps- l'illusion d'avoir de nombreux « amis », mais est-ce pour autant qu'il ne se sent pas moins seul au monde ?
    Au final, au cours de son long périple, et grâce à sa Toyato Prius -qui lui servira de divan- et à Emma -qui fera office de psychothérapeute-, il fera des rencontres avec des gens étranges, inattendus qui auront tous fait quelque chose, à leur modeste échelle, et changeront le cours de son existence en tant que tuteurs de résilience. La « réinvention » sera alors possible et il pourra alors trouver -peut-être- dans son existence, une petite part de bonheur personnel...
    Bref, une épopée à la fois tragique (et loufoque ??? : je n'ai sûrement pas saisi toutes les subtilités de l'humour de Jonathan Coe… !), racontée dans un roman, à plusieurs voix, qui nous parle de la complexité des relations humaines, du plaisir d'être ensemble, de l'amour, de l'amitié, de l'intimité…
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Critiques du Magazine Littéraire



  • Critique de Pierre Assouline pour le Magazine Littéraire

    Avec La Vie très privée de Mr Sim, Jonathan Coe décrit la passionnante intimité d'un représentant en brosses à dents. Faut-il éprouver un terrible sentiment de solitude, aux confins de la plus grande misère... > lire la suite

    Critique de qualité ? (3 l'ont appréciée)

Critiques presse (2)


  • Telerama , le 04 avril 2012
    Divinement caustique, ce roman de Jonathan Coe est l'odyssée d'un perdant majuscule, désespérément drôle jusqu'à la dernière page, où l'auteur se révèle le plus subtil des manipulateurs.
    Lire la critique sur le site : Telerama
  • Lexpress , le 30 novembre 2011
    Etonnant mélange de mystère, de romantisme et de suspense dans un cadre faussement banal, le tour de force de l'écrivain anglais au sommet de son art prend le lecteur en otage et ne le relâche, abasourdi et ébloui, qu'après une sidérante pirouette finale.
    Lire la critique sur le site : Lexpress

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Citations et extraits

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  • Par kathy, le 29 avril 2012

    On aurait dit que la lecture était devenue une obsession, chez Caroline. Elle dévorait régulièrement deux ou trois livres par semaine; des romans, surtout; des romans "littéraires" ou "sérieux", comme on dit (je crois). "C'est pas un peu répétitif, au bout d'un moment? Ils se mélangent pas tous dans ta tête?" je lui ai demandé, une fois. Mais elle m'a répondu que je parlais sans savoir. "Tu es le genre de personne qui ne verra jamais un livre changer sa vie", disait-elle. "Pourquoi veux-tu qu'un livre change ma vie? Ce qui change ta vie, c'est la réalité, c'est se marier, avoir des enfants. - Moi, je te parle d'élargir son horizon, d'élever son niveau de conscience." C'était un point sur lequel nous ne serions jamais d'accord. Une ou deux fois, j'ai tenté plus sérieusement de m'y mettre, mais je n'ai jamais vraiment compris où elle voulait en venir. Je me souviens de lui avoir demandé de me conseiller des livres, des livres susceptibles de changer ma vie. J'ai essayé. De là à dire qu'il a changé ma vie, non.
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  • Par Ari, le 05 mai 2012

    "Je lui ai dit : tu te rends compte que s'il y a une chose qui insupporte les gens de mon âge, c'est bien que les gens du vôtre leur fassent des sermons ? Regarde le monde autour de toi. Ce monde-là, c'est vous qui nous l'avez légué. Vous croyez qu'on peut se payer le luxe d'avoir des princiqpes ? J'en ai marre d'entendre dire que ma génération a perdu ses repères, qu'elle est matérialiste, qu'elle n'a plus de projet politique. Tu sais pourquoi on est là ? Vas-y, au hasard. Ben oui, c'est parce que vous nous avez élevés comme ça. Pour vous, nous sommes peut-être la génération Tatcher, mais ce qu'on voit, nous, c'est que c'est vous qui l'avez élue, et réélue, et qui avez élu après elle des gens qui marchaient sur ses traces. C'est la faute de votre éducation si nous sommes des zombies consuméristes. Vous avez bazardé toutes les autres valeurs, non ? Le christianisme, rien à foutre. La responsabilité collective, on voit où ça mène. Produire, fabriquer ? C'est bon pour les losers. Ouais, on n'a qu'à aller les chercher en Asie : ils vont tout faire à notre place et on n'aura plus qu'à rester le cul devant a télé pour voir le monde partir en vrille, le tout sur grand écran et avec la HD, bien sûr".
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  • Par kathy, le 01 mai 2012

    J'ai oublié le regard que m'a lancé Alison en reposant son verre, avant de m'embrasser sur la bouche pour la première fois. J'oublie ce que j'ai ressenti au juste quand elle m'a pris par la main pour s'engager dans l'escalier. J'oublie le balancement de ses reins, le galbe de son corps, tandis que je montais derrière elle. J'oublie le froid de la chambre inoccupée, au début, froid qui a fait place à la tiédeur quand elle m'a pris dans ses bras et serré contre elle. J'oublie l'effet que ça m'a fait, au bout de tant d'années, de sentir le contact bienheureux et amoureux d'un corps contre le mien; la barrière des vêtements, bientôt abandonnés. J'oublie, à présent, la texture de sa peau, son parfum léger et familier quand mes lèvres se sont posées sur sa nuque, la douceur de ses seins dans mes mains arrondies, sous mes tendres baisers; j'oublie les heures qui ont suivi, les rythmes lents, inexorables de nos étreintes, le flux et le reflux de l'amour et du sommeil, de l'amour et du sommeil. Notre réveil, dans les bras l'un de l'autre, enfin réunis et inséparables, sous la lumière bleue d'un matin d'hiver à Edimbourg. J'oublie tout cela, je l'oublie.
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  • Par Nionie, le 22 avril 2011

    Les voitures, c'est comme les gens. On va, on vient dans le grouillement du quotidien, on passe à deux doigts les uns des autres, mais le vrai contact est très rare. Tous ces ratages de peu, tous ces possibles irréalisés, c'est effrayant quand on y pense. Mieux vaut éviter soigneusement d'y penser .

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  • Par kathy, le 01 mai 2012

    Quarante-huit ans, jamais été plus au nord qu'Edimbourg. Il faudrait que je fasse une liste. Une liste des choses à faire avant cinquante ans : sauter à l'élastique, en delta-plane, lire une de ces vacheries de bouquins dont Caroline me rabâchait que ça me ferait du bien, "Anna Karenine, Le Moulin sur la Floss". Trouver quelqu'un à épouser, des gens avec qui coucher, apprendre à ne plus avoir peur de l'intimité, ne plus être aussi solitaire, faire le tour du monde à la voile sur un trimaran...
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Lo scrittore inglese Jonathan Coe ci racconta come è nato "I segreti di Maxwell Sim" (Feltrinelli), un romanzo sulla crisi economica, l'ecologia, i rapporti umani e la paura di essere chi si è veramente. Coe ci ha svelato qualche curiosità sul suo modo di inventare storie e sui temi che più lo interessano. (en italien)








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