> Francis Jammes (Préfacier, etc.)

ISBN : 2070367010
Éditeur : Gallimard (1975)


Note moyenne : 3.82/5 (sur 38 notes) Ajouter à mes livres
TOBY-CHIEN : Elle me saisit par la peau du dos, comme une petite valise carrée, et de froides injures tombèrent sur ma tête innocente : "Mal élevé. Chien hystérique. Saucisson larmoyeur. Crapaud à coeur de veau. Phoque obtus..." Tu sais le reste. Tu as entendu la porte,... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par brigittelascombe, le 20 juin 2011

    brigittelascombe
    Sidonie Gabrielle Colette née en 1873 à Saint Sauveur en Puisaye s'est mariée trois fois, est devenue mime tout en continuant à écrire ses souvenirs et Romans (Les Vrilles de la vigne, La Vagabonde, L'Envers du Music Hall...) et a été membre de l'Académie royale de Belgique puis membre de l'Académie Goncourt en 1944.
    C'est en 1904, alors qu'elle était mariée avec Henry Gauthier-Villars dit Willy, qu'elle a publié "Dialogue de bêtes" qui est une pièce de théatre , en douze tableaux, mettant en scène Toby chien, un bull bringé et Kiki la doucette un chat des chartreux, et accessoirement Elle (qui a été artiste de music hall et préfère Toby chien) et Lui (qui écrit et aime Kiki la doucette en priorité), les maîtres.
    L'intéret de ce livre se passe dans les dialogues du devant de la scène des deux protagonistes qui (c'est le cas de le dire) s'entendent comme chien et chat, mais aussi dans les coulisses qui mettent en exergue les relations du couple et ses secrets.
    D'emblée, les caractères des bêtes se dessinent.
    Toby, plus primaire, lèche avec dévotion les pieds de sa maîtresse qui telle une déesse, en a fait sa chose, le soumet à son bon vouloir. Il avale sans broncher l'huile de ricin même s'il ne l'aime pas.
    Kiki la doucette est hautain, égoïste,manipulateur et roublard, il se positionne aux côtés de l'homme (Lui) et veut dominer les femmes. On ne donne pas d'ordre à Kiki la doucette, on le prie! Nuance! Et ces nuances là, cet énergumène de Toby, ça lui passe complètement au dessus.
    Diverses scènes, dans des endroits différents, vues par les regards des deux animaux nous éclairent sur les relations du couple.
    Lui écrit tout le temps, mais se préoccuppe d'elle lorsqu'elle est malade.
    "Elle, se délecte d'une tristesse et d'une solitude plus savoureuse que le bonheur" commente le chartreux qui capte bien des subtilités de ses antennes de clairvoyant.
    Mais, Toby chien lui dame le pion, car devant lui, elle a parlé, s'est confié, a dit tout ce qu'elle avait sur le coeur:
    "Je veux faire ce que je veux. Je veux jouer la pantomine. Je veux danser nue si le maillot me gène et humilie ma plastique, je veux me retirer dans une ile, s'il me plait ou fréquenter des dames qui vivent de leurs charmes pourvues qu'elles soient gaies, fantasques voire mélancoliques et sages comme sont beaucoup de filles de joie".
    Je veux, je veux, je veux... des mots qui semblent dire qu'elle ne peut pas car on la bride. Et puis l'homme est volage...
    Alors Toby chien compatit et pleure à grand bruit.
    Elle le gronde pour de vulgaires aboiements et passe sa hargne sur ce "saucisson larmoyeur,ce crapaud à coeur de veau,ce phoque obtus à oeil de langouste". Mais au fond elle l'aime bien son confident!
    Voilà tout le talent de Colette, avec sa prose et ses mots imagés, humaniser ces bêtes pour nous donner à voir en double lecture les sentiments compliqués des humains.
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    • Livres 4.00/5
    Par nathalie_MarketMarcel, le 26 mai 2012

    nathalie_MarketMarcel
    Des histoires de chien – la grande chienne danoise de la ferme d'à côté, les léchouilles – et de chat – de délicieux petits oiseaux à croquer, l'art de faire ses griffes sur le fauteuil. Leurs dialogues offrent un point de vue étrange sur les « Deux pattes » et une évocation douce des plaisirs de la vie : le plaisir tactile de se promener dans le jardin, de sentir et différencier les odeurs des plantes, la sensation de la chaleur, les bruits distincts de la pluie. de courts dialogues délicieux. Mais la vie des humains n'est pas drôle : Il a des maîtresses et Elle envoie tout balader, un maître chien revient du front et sa chienne a des cauchemars…
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    • Livres 2.00/5
    Par Corboland78, le 25 mars 2012

    Corboland78
    Colette, de son vrai nom Sidonie-Gabrielle Colette, romancière française née à Saint-Sauveur-en-Puisaye (Yonne) le 28 janvier 1873, clouée dans un fauteuil par l'arthrose elle s'éteint dans son appartement du Palais-Royal le 3 août 1954. Elle a été élue membre de l'Académie Goncourt en 1945.
    Paru en 1904 Dialogues de bêtes est l'un de ses premiers ouvrages. Deux personnages, Toby-Chien -un chien- et Kiki-La-Doucette -un chat Chartreux-, discutent. Ils parlent de leur vie quotidienne rythmée par les saisons et les actions de Elle et Lui, leurs maîtres « seigneurs de moindre importance ». Comme une pièce de théâtre en douze tableaux, les deux acteurs dialoguent, seuls sur scène. Elle et Lui ne sont qu'évoqués, toujours proches mais jamais vus.
    On connaît le monologue de la Pomponette dans La femme du boulanger de Marcel Pagnol, l'homme s'adresse à l'animal pour mieux dire à sa femme ce qu'il a sur le cœur, ici c'est un peu l'inverse, les animaux discutent entre eux pour mieux nous faire entrer dans l'intimité de leurs maîtres. Les couples sont formés, le chien et sa maîtresse qu'il adore et ne quitte pas d'une semelle, elle fut artiste de music-hall, le chat et son maître ; les premiers sont actifs, les seconds sont plus calmes, le maître passant son temps à écrire dans son bureau.
    Le chien est un peu primaire, le chat plus délicat ; le chien est à la solde de sa maîtresse, le chat plus indépendant ; le premier est tout fou, le second réfléchi. Colette maîtrise parfaitement les codes et les habitudes des animaux, leur transposition dans ce texte au zoomorphisme évident est un pur régal, les caractères des bêtes sont magnifiquement cernés et traduits. Quant au style, même si ce sont principalement des dialogues, il transpire un phrasé et une langue riche et élégante, de la belle ouvrage !
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    • Livres 3.00/5
    Par Lune, le 15 mars 2011

    Lune
    1904 (5 dialogues) et 1905 (7 dialogues et préface Francis Jammes)
    Prose et poésie se partagent ce petit chef d'oeuvre. Aucune mièvrerie, des animaux qui contemplent, jugent et racontent l'être humain élu de leur coeur. Des personnalités typées et attachantes au milieu d'une nature qu'elles vénèrent au même titre que leur auteur.
    "Kiki-La-Doucette.- Une douceur brûlante pénètre ma robe jusqu'aux duvets fins et frêles, soies sous les soies, fils impalpables et sans couleur qui protègent ma peau délicate. J'enfle comme un nuage. Je dois remplir la chambre." (Le Premier feu)
    "Toby-Chien.- ...Je souhaite le bruit connu du vent dans la cheminée, le battement des portes, le chuchotement du jardin, le sanglot de source qui est la voix continue du peuplier, ce mât feuillu de monnaies rondes..." (L'orage)
    Et on pourrait multiplier ce type de phrase bien sonnante avec ses mots justes et évocateurs. Les lire, oui mais donnez-vous la peine de les "dire" à voix haute avec un partenaire, vous en ressentirez encore plus la justesse, la musicalité, la perspicacité, l'humour, la sensualité, le plaisir d'une prose bien construite, bien terrienne.
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    • Livres 4.00/5
    Par saphoo, le 08 juin 2011

    saphoo
    Un petit délice à croquer ! La plume de Colette offerte à nos amis à 4 pattes ne pouvait donner qu'un récit charmant et croustillant.
    Les dialogues mettent en exergue le comportement bien différent du chien et du chat. Alors que kiki- la-doucette ne supporte pas la moindre des obligeances,Toby le chien , lui se plie en quatre pour assouvir les moindres exigences de sa maîtresse tant aimée.
    On ne peut qu'admirer le talent de Colette, grande amoureuse des bêtes, pour avoir si bien cerné les caractéristiques de l'un et de l'autre.
    J'avoue que j'ai un faible pour les chats et je me suis délectée dans le personnage de Kiki-la-doucette bien que j'ai souvent compati au sort de Toby devant supporter à la fois sa maîtresse et ce taquin de chat.
    Des passages chargés d'humour mais aussi de poésie j'ai adoré la scène auprès du feu par exemple :
    Je donne la parole à kiki-la-doucette : “On dirait que je dors, parce que mes yeux s'effilent jusqu'à sembler le prolongement du trait velouté, coup de crayon hardi, maquillage oriental et bizarre, qui unit mes paupières à mes oreilles. Je veille pourtant. Mais c'est une veille de fakir, une ankylose bienheureuse d'où je perçois tout bruit et devine toute présence...Mes yeux privilégiés, Feu, te contemplent mieux lorsque je les clos, et je puis compter les essences diverses que tu mêles en bouquet étincelant. Voici, flamme mauve, bleue et brûlante, l'esprit d'un rameau de thuya. Hier encore, cette branche, qui tord son squelette délicat de ramille, berçait sur l'allée son ombre plate en plumeau ; Elle l'a tranchée d'un coup de sécateur, pourquoi ? Peut-être pour que s'exhalât son âme mauve et bleue et brûlante ? Car elle se plaît comme moi à ta danse, Feu, et châtie ton repos d'une pincette sévère. Que lit-Elle la tête penchée, et les bras glissés le long d'Elle, dans ton cœur compliqué comme une rose embrasée ? J'ignore. Elle sait beaucoup, assurément, mais moins qu'un Chat.”
    Le chien est tout à fait en admiration pour Elle, sa maîtresse.
    Toby-chien : “La voici. Elle a quitté son fauteuil de paille: étiré ses bras gracieux, et je lis l'espoir d'une promenade dans le mouvement de sa robe. Tu la vois, derrière les rosiers ? Elle casse de l'ongle une feuille de citronnier, la froisse et la respire... Je lui appartiens. Les yeux fermés, je devine sa présence...”
    Comme tout animal domestiqué à outrance nos deux compères ne vivent que pour la pitance, la sieste et caresse... ce qui donne des dialogues souvent loufoques mais tellement vrais !


    Lien : http://lesmotsdepascale.canalblog.com/archives/2011/06/06/21318872.h..
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Citations et extraits

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  • Par nathalie_MarketMarcel, le 26 mai 2012

    Je veux écrire des livres tristes et chastes, où il n’y aura que des paysages, des fleurs, du chagrin, de la fierté, et la candeur des animaux charmants qui s’effraient de l’homme.
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  • Par Corboland78, le 25 mars 2012

    Toby-Chien. – Tout le bien et tout le mal me viennent d’Elle… Elle est le tourment aigu et le sûr refuge. Lorsque, épouvanté, je me jette en Elle, le cœur fou, que ses bras sont doux, et frais ses cheveux sur mon front ! Je suis son « enfant-noir », son « Toby-Chien », son « tout petit h’amour »… Pour me rassurer Elle s’assoit par terre, se fait petite comme moi, se couche tout à fait, pour m’enivrer de sa figure au-dessous de la mienne, renversée dans sa chevelure qui sent bon le foin et la bête ! Comment résister alors ? Ma passion déborde, je la fouis d’une truffe énervée, je cherche, trouve, mordille le bout croquant et rose d’une oreille – Son oreille ! – jusqu’à ce qu’Elle crie, chatouillée : « Toby ! c’est terrible ! au secours, ce chien me mange !
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  • Par brigittelascombe, le 20 juin 2011

    Kiki la doucette_ Une douceur brûlante pénètre ma robe jusqu'aux duvets fins et grèles, soies sous les soies, fils impalpables et sans couleur qui protègent ma peau délicate. J'enfle comme un nuage.Je dois remplir la chambre.
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  • Par brigittelascombe, le 20 juin 2011

    C'est pourquoi tu la vois si sage et les yeux clos, car ses mains pendantes, qui semblent vides,possèdent et égrènent tous les instants d'or de ce beau jour lent et pur.
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  • Par brigittelascombe, le 20 juin 2011

    Ne t'éteins pas durant mon somme, Feu; tu gardes, souviens-t'en, cet auguste repos, cette mort délicate qu'on appelle le sommeil du Chat...
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