Éditeur : Le Livre de Poche (1974)

Note moyenne : 3.5/5 (sur 2 notes) Ajouter à mes livres
Au printemps de 1940, l'ombre grandissante de la défaite a provoqué le reflux du Nord vers le Sud d'une France saisie de panique devant l'approche de l'ennemi. Colette a vécu l'exode comme tant d'autres : la fuite sur les routes, la halte chez sa fille, à Curemonte où l... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 4.00/5
    Par Lune, le 15 mars 2011

    Lune
    paru en 1941
    Différents textes sont réunis dans ce livre. on y trouve la marque de l'époque avec l'évocation de l'exode du printemps 1940, la vie chez sa fille à Curemonte, le retour à Paris. Il n'y a pas de grands discours sur ce temps obscur mais le constat, le bon sens, l'ombre des préoccupations quotidiennes de chacun transparaissent. Colette reste pareille à elle-même, observant nature, animaux, êtres, la Vie, malgré la tourmente. Elle évoque les souvenirs de la guerre de 1870, les souvenirs de "Sido" sa mère. D'autres textes ravivent les moments de sa jeunesse et dans "La Chaufferette", l'école n'est pas oubliée. Il y a également des textes antérieurs à 1940. Là, nous la suivons à Fès et l'accompagnons en tant que journaliste relatant un procès aujourd'hui oublié : le procès d'Oum-El-Hassen. Délicieusement "aillés", ensoleillés, bleutés, sonores, de splendides écrits sur la Provence terminent ce "Journal à rebours". "Hirondelles", "Le coeur des bêtes", "Le petit chat retrouvé" n'oublient pas nos chers animaux et leur "âme". Une fois de plus, les chapitres très différents de ce livre constituent un exemple parfait "d'anthologie stylistique".
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Citations et extraits

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  • Par cequejelis, le 10 avril 2012

    Pourtant, ma vie s'est écoulée à écrire... Née d'une famille sans fortune, je n'avais appris aucun métier. Je savais grimper, siffler, courir, mais personne n'est venu me proposer une carrière d'écureuil, d'oiseau ou de biche. Le jour où la nécessité me mit une plume en main, et qu'en échange des pages que j'avais écrites on me donna un peu d'argent, je compris qu'il me faudrait chaque jour, lentement, docilement écrire, patiemment concilier le son et le nombre, me lever tôt par préférence, me coucher tard, par devoir. Un jeune lecteur, une jeune lectrice n'ont pas besoin d'en savoir davantage sur un écrivain caché, casanier et sage, derrière son roman voluptueux. C'est une langue bien difficile que le français. A peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir.

    Le Livre de Poche, 3841, p. 127
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  • Par cequejelis, le 10 avril 2012

    Un écrivain pris de fièvre reste un écrivain. Même, pour quelques heures, il est un écrivain amélioré. Que de scrupule ! Ce n'est pas à cette heure que je voudrais mentir, improviser, m'embellir, gratter, jusqu'à ce qu'elle saigne un peu d'encre, la faculté d'inventer. Je n'oserais pas me contenter d'un mot provisoire et lui dire : " Attends-moi là, je reviens tout à l'heure, et je t'endimancherai. " Avec la fièvre, c'est à toute minute dimanche, et parure. Faudrait-il n'écrire que sous sa dictée, au son de ses tambourins ? Brûlante égide ! Si seulement j'étais assurée qu'elle me fût tutélaire...

    Le Livre de Poche 3841, p. 59-60
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  • Par cequejelis, le 10 avril 2012

    Un métier, pourtant vieux et invétéré, s'éloigne de nous quand un honneur, un désastre, un exode unanimes, dévolus à une nation entière, nous prennent dans leurs lames de fond... Mais il revient. Au bout d'une longue route, je n'ai pas prévu que j'allais si loin pour buter contre une table - terme, obstacle, récif ; échassière, ou bassette conçue pour les repas alité, guéridon boiteux d'un hôtel -, contre une table à écrire. Tous les spectacles suscitent un devoir identique, qui n'est peut-être qu'une tentation : écrire, dépeindre. Je n'ai vu, de cette guerre-ci, aucune de ses violences sous des lueurs incendiaires. A chaque écrivain incombe la tâche de travail que lui désignent ses facultés, le hasard, le déclin ou la vigueur de son âge.

    La Livre de Poche, 3841, p. 6
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