ISBN : 2080704303
Éditeur : Flammarion (1993)


Note moyenne : 4.31/5 (sur 13 notes) Ajouter à mes livres
Colette, le plus grand écrivain français naturel.

Henry de Montherlant


Une femme est arrivée à la maturité, à la sagesse et, croit-elle, au renoncement. C'est une sagesse souriante, un renoncement serein. Avec ses chats et ses liv... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 5.00/5
    Par brigittelascombe, le 05 janvier 2012

    brigittelascombe
    "A l'espèce chat,je suis redevable d'une certaine sorte,honorable,de dissimulation,d'un grand empire sur moi-même,d'une aversion caractérisée par les sons brutaux,et du besoin de me taire longuement".
    Cette confidence glanée dans l'un des livres de la célèbre écrivaine française Colette (Sidonie Gabrielle Colette), qui a marqué le XX° siècle de sa plume vibrante d'une prose aux résonnances poétiques enchantées, annonce parfaitement la double facette de sa personnalité qui éclaire et porte aux nues La naissance du jour.
    Dans ce roman autobiographique, Colette, qui a osé toucher au tabou des amours adolescentes dans Le Blé en herbe, s'attaque à du tout aussi subversif (mais d'actualité vu la recrudescence du phénomène des cougars): sa liaison avec un homme qui aurait largement pu être son fils.
    Elle situe la trame au coeur des paysages bucoliques de Provence dont "le sol a soif", près du golfe de Saint-Tropez qui par grand vent "ronflera tout entier comme un coquillage"", dans sa "délicieuse maison provinciale" de La Treille Muscate dont elle a souvent vanté les charmes paisibles (Lettres à sa fille, Lettre à Marguerite Moreno..).
    Frémissant pouvoir évocateur du soleil qui "ride et confit sur le cep la grappe tôt mûrie", de la "petite aile de lumière qui bat entre les deux contrevents et touche,par pulsations inégales,le mur ou la longue,lourde table à écrire,à lire,à jouer,l'interminable table qui revient de Bretagne,comme j'en reviens."
    Douceur de vivre parmi "les miens", ses chats au regard ensommeillé; "ses Chiens,déjà retirés du monde; "ses jeunes mandariniers", son jardin chatoyant et cette lumière magique qui sourd et se teinte de bleu,de rose,de vert pour métamorphoser les choses et les êtres.
    Soudain,alors que tout semblait sage et paisible, arrive dans une cuisine déjà empreinte d'une forte créativité, une simple tache, mais halée en diable, qui se muscle, à pas de géant, pour basculer le lecteur vers une autre dimension,celle (bien légère pourtant car il faut fantasmer ferme sur une épaule au sel léché pour entrevoir l'indicible :)) ).
    Saint-Tropez vibre alors d'un tout autre langage,celui des intellectuels et artistes, dont certains comme Vial,"garçon ordinaire" qui se dit décorateur, ou Hélène, la peintre du dimanche, sont exclus sauf pour peut-être pour d'autres jeux manipulatoires plus cruels.
    Innocence intéressée face à perfide innocence, un chat et des souris tissent souvent de bons Romans.
    Emaillé de bouts de lettres de Sido, mère phare admirée et admirable, mais étouffante et restrictive "Cassandre" à Colette son "Minet-Chéri", mère à la "cruauté céleste" (qui a éveillé cette écriture incomparable à jamais vibrante d'une enfance éblouie;marqué par le thème favori de l'auteur sur l'amour teinté de jalousie, parsemé de réflexions sur la vie et sa fatale échéance, La Naissance du jour est une petite merveille à savourer sans modération.
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    Critique de qualité ? (14 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Nadael, le 24 février 2012

    Nadael
    Qu'il est doux de s'immerger dans les mots savoureux de Colette, suivre sa plume si vibrante, passionnée, tantôt douce, tantôt emportée. Elle manie et manipule les phrases d'une si belle manière, accompagnant ses pensées les plus profondes d'images poétiques. Son livre est un savant mélange ; mi-roman, mi-autobiographie, elle parsème ses lignes de réflexions sur son passé, d'interrogations sur son avenir, note ses observations de la nature humaine, décrit les manifestations des éléments, du temps, de la végétation.
    L'histoire de ce roman (appelons-le ainsi) tient en peu de mots : Colette part quelques mois en villégiature à la Treille Muscate, sa maison en Provence. Entourée de fruits, de fleurs, de légumes, de vignes, du bruit des vagues, d'un ciel toujours changeant, de nuits claires à couper le souffle. A sa table, se côtoient des artistes ; peintres, écrivains, décorateurs... Vial, qui fait partie de ces amitiés d'été, – il a l'âge d'être son fils – , est en pamoison devant elle. Une certaine Hélène, jeune peintre du dimanche, semble pourtant très attachée à lui. Colette finira par faire la liaison entre les deux jeunes gens et les poussera dans les bras l'un de l'autre.
    le véritable sujet du roman de Colette est le renoncement. Lorsqu'elle écrit La Naissance du jour, elle a cinquante-cinq ans. A travers ce livre, elle semble clore une période de sa vie plus tumultueuse, ses amours anciens sont partis avec sa jeunesse, elle évoque sa mère Sido et les liens qui les unissent, sa terre natale, sa passion des bêtes, son écriture. A la Treille Muscate, elle est dans un lieu dépouillé, calme, loin de toute agitation. Elle s'exalte devant la nature qui l'entoure, savoure chaque instant. La vieillesse est en marche, elle le sait, elle le sent, d'où ce besoin de réfléchir sur elle, en profondeur. Revenir à la source, se stabiliser, ne pas vaciller. S'écouter et écrire, toujours.
    La Naissance du jour est un poème empreint d'une grande sensualité. Tous les sens sont en éveil dans l'écriture de Colette. Elle offre au lecteur le spectacle de la nature qu'elle a sous les yeux. Les descriptions oniriques du ciel sont sublimes, elle peint littéralement les paysages en même temps qu'elle les écrit ; des camaieux de bleu et de rose, une végétation luxuriante, le souffle du vent... et le goût des pêches, l'odeur de la mer... On a l'impression de fouler sa terre, de sentir les parfums de son jardin, d'entendre monter les voix de ses hôtes. J'ai passé un moment merveilleux avec Colette, à travers ce roman, qui n'en est définitivement pas un.

    Lien : http://lesmotsdelafin.over-blog.com/article-la-naissance-du-jour-999..
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    Critique de qualité ? (9 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Lune, le 09 février 2011

    Lune
    paru en 1928
    Ode à ce livre, sucs, réminiscences, prose et poésie, réalité, fiction, louange, chant, chaleur où la fatigue se fait douce et la paresse, un art de vivre... "La Naissance du jour" occupe une place à part dans l'oeuvre de Colette. Elle s'y "livre" et se dérobe. Elle nous "livre" bien des sentiments et réflexions parmi lesquels nous pouvons nous retrouver. Elle nous donne une énergie, un amour de la vie intense, l'envie de la dévorer à tout âge.
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    Critique de qualité ? (4 votes positifs)

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Citations et extraits

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  • Par Nadael, le 24 février 2012

    Comment les hommes – les hommes écrivains, ou soi-disant tels – s'étonnent-ils encore qu'une femme livre si aisément au public des confidences d'amour, des mensonges, des demi-mensonges amoureux ? (…) Homme, mon ami, tu plaisantes volontiers les oeuvres fatalement autobiographiques, de la femme. Sur qui comptais-tu donc pur te la peindre, te rabattre d'elle les oreilles, la desservir auprès de toi, te lasser d'elle à la fin ? Sur toi-même ? Tu es mon ami de trop fraîche date pour que je te donne grossièrement mon opinion là-dessus.
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    Citation de qualité ? (2 votes positifs)
  • Par Nadael, le 24 février 2012

    Mais, soucis, petites amours d'été, mourez ici en même temps que l'ombre qui cernait ma lampe : un chant outrecuidant de merle, rompant son fil de grosses perles rondes, roule jusqu'à moi. Le parfum des pins, nocturne encore, va se dissoudre au soleil imminent. La belle heure pour aller, dans la mer mal éveillée où chaque foulée de mes jambes nues crève, sur l'eau d'un bleu lourd, une pellicule d'émail rose, quérir la litière d'algues dont je veux protéger le pied des jeunes mandariniers.
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  • Par Nadael, le 24 février 2012

    Soulever, pénétrer, déchirer la terre est un labeur – un plaisir – qui ne va pas sans une exaltation que nulle stérile gymnastique ne peut connaître. Le dessous de la terre, entrevu, rend attentifs et avides tous ceux qui vivent sur elle. (…) A ouvrir la terre, ne fût-ce que l'espace d'un carré de choux, on se sent toujours le premier, le maître, l'époux sans rivaux. La terre qu'on ouvre n'a plus de passé, elle ne se fie qu'au futur.
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  • Par Nadael, le 24 février 2012

    Le vent de la danse collait au plafond un voile de fumée qui essayait, à chaque pause, de redescendre, et je me souviens que j'étais contente de ne presque pas penser, d'acquiescer à la musique concassée, au petit vin blanc de l'année qui tiédissait sitôt versé, à la chaleur grandissante, qui s'enrichissait d'odeurs...
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  • Par Nadael, le 24 février 2012

    Le frais du soir s'accompagne ici, pour moi, d'un frisson qui ressemble à un rire, d'une robe d'air nouveau sur la peau libre, d'une clémence qui se resserre plus étroitement sur moi à mesure que la nuit se ferme. Si je me fiais à cette mansuétude, cet instant serait mon instant de grandir, de braver, d'oser, de mourir... Mais régulièrement je lui échappe. Grandir. Pour qui ? Oser... qu'oserais-je donc de plus ?
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