Outre leur intérêt historique, à l'heure où « par un admirable tour de passe-passe », certain-e-s estiment que les luttes féministes du passé étaient légitimes « elles avaient eu raison » mais qu'au nom de leurs acquis, d'une égalité enfin conquise, elles et ils enjoignent les femmes « à nouveau de se taire », un tel livre sonne plus que comme un rappel. Ces textes réunis et présentés par Cathy Bernheim, Liliane Kandel, Françoise Picq et Nadja Ringart « témoignent de l'impérieux sentiment de nécessité qui nous animait, de la diversité des thèmes abordés et des mille et une manières de les aborder : slogans et poèmes,
Chansons et dessins, affiches, détournements, textes savants et tracts ludiques… ». le collectif d'édition a « privilégié le moment de l'émergence, parce qu'il avait la force , la magie de la rencontre et de l'invention, sans cacher non plus les entraves ».Ces textes témoignent de la volonté de « changer quelque chose à l'ordre du monde et transformer les bases des relations entre les sexes, entre les genres, entre les gens. »
Comment alors parler de ces textes ? Je choisis juste un paragraphe, à mes yeux très emblématique et toujours très actuel : la non mixité « la rupture totale entre les moments où, sans les hommes et contre eux, nous discutons des formes diverses de l'oppression qu'ils exercent sur nous, où nous découvrons une solidarité qui leur est jusque-là réservée – et le reste du temps, où nous sommes à nouveau opprimées et divisées. »
Grâce aux luttes des femmes, certains carcans se sont desserrés, mais toujours le système capitaliste remodèle en permanence les rapports sociaux de sexe, l'ensemble des rapports de domination. Doit-on rappeler, comme dans un inventaire à la
Prévert : l'inégalité d'accès au marché du travail, la négation perpétuée du travail domestique gratuit, le temps partiel imposé, les inégalités de salaires, le peu de représentation institutionnelle, les viols, les violences dont l'immense iceberg des violences conjugales, la réduction des femmes à des morceaux de corps dans la publicité omniprésente, la pornographie, l'assignation à « être belle », la remise en cause du droit à l'avortement, la valorisation du rôle de mère, les assignations des religieux, etc…
Sans oublier l'oubli fort bruyant des organisations prônant un changement radical, au delà de lignes de programme réaffirmées, de la division sexuelle du travail, du continuum des violences exercées par les hommes sur les femmes, de l'oubli que « les pires tâches sont celles qu'on fait tous les jours ou plusieurs fois par jour », de l'invisibilité toujours recréée des femmes.
Sans oublier non plus, à l'heure où les « études de genre » se multiplient, le déni systématique des apports du mouvement de libération des femmes et des féministes réellement existantes dans les travaux universitaires.
Contre les repenti-e-s des combats pour l'émancipation jusqu'au bout, je conclus avec le slogan, d'abord énoncé, par le cercle Elisabeth Dimitriev : « Pas de libération des femmes sans révolution socialiste, pas de révolution socialiste sans libération des femmes ».
Un mouvement autonome des femmes qui ne subordonne pas l'actualité des luttes féministes à d'autres actualités, est donc toujours une nécessité