ISBN : 2918799017
Éditeur : Editions Anacaona (2011)


Note moyenne : 4.75/5 (sur 4 notes) Ajouter à mes livres
22 courtes-fictions comme des courts-métrages littéraires
La favela apparaît sous un visage inédit – vue sur la colline, ses débrouilles et ses légendes. Tour à tour réalistes, ironiques ou désespérantes, ces histoires révèlent son quotidien.

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Critiques et avis(2)

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    • Livres 5.00/5
    Par giomdim, le 16 mars 2011

    giomdim
    Critique de CANAL Street, la chaîne urbaine de CANAL+
    Véritable manifeste de la littérature marginale brésilienne, ce livre témoin est un voyage à l'intérieur des favelas. Raconté par un collectif de neuf écrivains, ils se parent des crayons les plus affutés et dénoncent un quotidien de misère où la violence est banalisée.
    L'ouvrage s'articule en 22 courtes fictions qui vous immergeront dans un monde post apocalyptique ayant raison des relations sociales réduites à l'état sauvage. Tour à tour on partage des bribes de vie où le trafic apparaît comme seule échappatoire et où la fatalité criminelle saisit jusqu'aux plus honnêtes : « On était sur le toit, le ventre plein, imaginant comment serait la vie sur d'autres planètes. Tu te souviens ? S'il existait des favelas sur d'autres planètes. Si c'était cool d'habiter sur la Lune.» de la même manière que la science fiction s'est développée dans les années jalonnant la deuxième guerre mondiale manifestant le rejet d'un monde devenu trop cruel, les protagonistes lèvent leurs têtes au dessus du dénuement pour survivre.
    Plusieurs fictions se terminent par un décès mais on tourne une autre page et la vie reprend, on se retrouve dans une salle de classe où un jeune garçon témoigne à son professeur de son désarroi en prose.

    Ferrèz, terroriste littéraire comme il désire être qualifié, livre de magnifiques métaphores revisitant les mythes urbains des favelas à la manière de Marcel Camus dans Orfeu Negro. Son écriture est acérée, engagée, il nous prête les codes pour maîtriser un monde qui nous est étranger, mais qui pourtant réveille des souvenirs familiers.
    Buzo, suburbain convaincu cartographie la favela au travers de personnages symboliques de son identité. La prostitution est respectable puisque rentable, « On ne vit pas la Favela, on la survit».

    On clôt les trois premières parties de l'ouvrage en espérant pouvoir ranger ces Histoires au rayon des contes, pourtant quatre articles appuient les fictions d'une analyse documentaire sur fond d'abandon Politique et de répression. Car les favelas sont un défi à toute logique sociale, construites d'abord pour les esclaves elles concernent désormais entre 20 et 30% de la population urbaine brésilienne qu'on pourrait d'ailleurs toujours assimiler à des esclaves d'un système qui les ignore. Une population opprimée qui lutte contre des sentiments contraires en permanence, illustrés par la figure du Donos, un robin des bois favelado qui dérobe aux quartiers chics pour donner aux habitants forcés d'accepter « un mal nécessaire ». La favela comme état satellite du centre au contrôle socioPolitique imposé par des factions du trafic de drogue dans lesquels les populations engagent plus de confiance que dans la police militaire lourde d'un passé violent où d'une justice corrompue « La police tue, le pouvoir judiciaire enterre ».
    Iva Bentes signe un très beau discours sur la schizophrénie des médias à l'égard des favelados avec, en musique de fond, du funk carioca à l'origine des bals funks qui font vibrer les 800 favelas de Rio de Janeiro. Un espace de parole présenté comme le bon côté de la mauvaise vie et où, encore une fois la réponse de l'état s'est formulée par l'emprisonnement des MC's qui l'ont créé.

    Je suis Favela peint l'effervescence culturelle des périphéries à la grande surprise de ceux qui pensaient que la misère ne rimait pas avec futur.
    L'apport culturel inversé existe, ces neufs écrivains en sont aussi bien les porte-paroles que les preuves. Une œuvre collective qui vous transportera et dont vous ressortirez grandi d'avoir partagé le quotidien des favelados de l'intérieur.

    Lien : http://canalstreet.canalplus.fr/arts/news/je-suis-favela-22-fictions..
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    • Livres 4.00/5
    Par Gangoueus, le 14 mai 2011

    Gangoueus
    Voici un ouvrage collectif qui a le mérite de porter un regard pertinent sur la favela. Favela. Si on devait résumer le Brésil en quelques mots, on pourrait citer football, bikini, le Pain de Sucre, le carnaval, la favela. On pense à ces favelas de Rio, souvent sur les hauteurs de la ville, dédale de rues étroites où une violence inouïe règne comme l'ont illustré ces dernières années le choc entre les narco-trafiquants et forces de l'ordre.


    Plusieurs écrivains proches ou issus des favelas proposent plusieurs textes, très courts souvent sur quatre thématiques à savoir la violence, l'enfance, la pauvreté, la police. Nous ne sommes pas dans un exercice de style, à qui va raconter la meilleure histoire ou réussir la meilleure démarcation. On sent dans l'écriture de tous ces auteurs, la nécessité sinon l'urgence de retranscrire une ou des réalités sociologiques, culturelles, économiques de la favela. En enchaînant la lecture de ces différentes chroniques, je constate le caractère sombre, noir et sans issu de la favela. On n'est plus dans les images festives du Brésil dansant. Prostituées, dealers, adolescents, policiers, mères de famille cohabitent dans une logique unique de survie. Pour avoir lu quelques ouvrages d'auteurs ultrapériphériques en France, l'absence de perspectives est assez étonnante, voire lassante quand on est plongé dans la fiction ou micro-fiction. On pourrait penser que c'est un parti pris volontaire dans ce projet. Chez les auteurs français comme Mabrouck Rachedi, Faïza Guène, Wilfrid NSondé ou Joss Doszen, le projet laisse tout de même une perspective positive malgré les embûches nombreuses sur le cheminement qui conduit à la félicité, c'est-à-dire l'intégration économique. Ce n'est pas le cas dans ce texte brésilien qui travaille sur le même substrat, celui des zones de non-droit où règnent maffieux.
    La seconde phase de l'ouvrage, la fiction augmentée, est constituée d'une succession d'articles, d'interventions de spécialistes, de juristes, d'anthropologues, de chercheurs. Cette phase permet de comprendre la démarche du livre. Un livre à charge contre l'état brésilien, une dénonciation du système répressif mis en place depuis les dictatures des années 70 et qui délaisse la favela entre les mains des caïds suite à la démission des pouvoirs publics dans ces espaces. On retrouve des références qui deviennent universelles comme le donna (le done jamaïcain). Les mécanismes sont les mêmes. Les rapports entre les populations et les narco-trafiquants tombent sous le sens, et ce qui est dénoncé dans cet ouvrage est la stratégie Politique pour contourner ces situations. le noir reste au centre de cette problématique. La naissance des favelas étant directement liée à l'abolition de l'esclavage au Brésil en 1885.

    Source photo - Vision Brésil

    C'est un livre très dur, dont j'ai aimé la conclusion faite par un anthropologue. Il dépasse la question des sous-quartiers (comme dirait Patrice Nganang) brésiliens. Il renvoie aux banlieues françaises, chinoises, indiennes, américaines ou africaines. Et au désir de vivre et d'exister sans devoir subir la culture dominante.
    Un credo :
    Je suis Favela, je suis le Quartier, je suis la rue, je suis ouf! Mais avant ça, je suis littérature, et ça il ne peuvent le nier, fermer les yeux, tourner le dos mais on ne bougera pas d'ici tant que s'élèvera un mur social invisible qui divise ce pays.


    Lien : http://gangoueus.blogspot.com/2011/05/je-suis-favela.
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Citations et extraits

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  • Par giomdim, le 11 mars 2011

    La capoeira c'est fini, maintenant les brésiliens réagissent avec les mots.
    Et nous avons beaucoup à protéger et à montrer, dans ce pays où la majorité n'a pas de représentativité culturelle et sociale ; en vrai, le peuple n'a même pas le minimum pour manger mais malgré tout, mon pote, on tient le coup.
    Une chose est sûre, ils ont brûlé nos papiers, ils ont menti sur notre histoire, ils ont génocide nos ancêtres. Ils ont endoctriné nos frères indiens, esclavisé nos frères africains, tenté de dominer et d'étouffer toute la culture d'un peuple massacré - mais non vaincu. Ils ont presque réussi à nous ruer, en nous donnant la misère comme héritage.
    Ils ferment les yeux et cachent tout ce qui prouve qu'un jour, la classe marginale a fait de l'art mais c'est pas nouveau, tu comprends pas ? L'important, c'est pas combien on vend, c'est qu'on parle, négro ; l'important c'est pas comment on fait pour publier, c'est qu'on publie. On est là, on est nombreux, et on va lutter pour éterniser les auteurs du ghetto.
    Une littérature de rue, oui, avec du sens, avec un principe, avec un idéal : honorer ce peuple qui a construit ce pays sans jamais recevoir sa part. Notre rêve n'est pas de suivre le modèle dominant, ce n'est pas d'être l'employé qui devient patron, non, ça non, frangin, ici personne ne veut humilier, payer les autres une misère, on sait ce que ça fait de recevoir des miettes.
    S'élevant contre la massification qui domine et aliène toujours plus ceux qu'ils appellent les 'exclus sociaux' ; désirant que le peuple de la périphérie, le peuple de la favela, le peuple du ghetto, ait sa place dans l'histoire, et qu'il ne reste pas cinq cent ans de plus dans les limbes culturelles d'un pays qui méprise sa majorité, la littérature marginale se dresse pour représenter la culture d'un peuple composé de minorités, mais majoritaire.
    Des minorités raciales ou socioéconomiques, en marge des nerfs centraux du savoir et de la grande culture nationale, avec leur langage, leurs histoires, leur façon de raconter le Quartier.
    Je suis favela, je suis le Quartier, je suis la rue, je suis ouf ! Mais avant ça, je suis littérature, et ça ils peuvent le nier, fermer les yeux, tourner le dos mais on ne bougera pas d'ici tant que s'élèvera le mur social invisible qui divise ce pays.

    Nul besoin de présenter les invités un par un, ils parleront d'eux-mêmes. Cette littérature, après avoir vécu dans la rue, est aujourd'hui ici, dans ce livre. Faite pour et par les marginaux.

    Pour représenter le cri du peuple brésilien, voici les authentiques.
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  • Par giomdim, le 12 mars 2011

    ‎- Aie !
    Quelque chose lui rentra bien dans les fesses. C'était caché sous les arbres. Quand il le vit, il n'en crut pas ses yeux. Un jouet. Nouveau. Enfin, usé. Une partie rouillée, l'autre écaillée . Un long canon argenté. Et une gâchette.
    Il sourit

    Extrait Un nouveau Jouet - Rodrigo Ciriaco
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