Rédigé par plusieurs chercheurs sous la direction de
Stéphane Courtois, ce livre a pour objet d'exposer aussi exactement que possible ce que l'on sait de ce que fut, et de ce qu'est encore par endroits la terreur communiste. Il apprendra sans doute peu de choses aux historiens mais, nourri en partie de la récente ouverture de certaines archives, il permet de préciser des faits, de confirmer ou d'infirmer des hypothèses, de reconnaître à leur juste valeur des témoignages véridiques, parfois publiés dès les années 20, sur lesquels pesait jusqu'alors un soupçon de partialité. La qualité de la rédaction est inégale et, si tous les articles sont savants, tous n'ont pas la limpidité de celui de
Nicolas Werth, consacré à la Russie. Mais enfin cette somme a le mérite de présenter au grand public francophone un bilan panoramique bien documenté, une base valable pour la réflexion. Je me poserai deux questions :
1) le communisme a-t-il été un fascisme rouge, c'est à dire l'équivalent symétrique, à l'extrême gauche, du totalitarisme d'extrême droite ? Je crois juste de convenir que si l'on compare ces réalités, elles s'avèrent en effet comparables : exercice du pouvoir par la violence, refus de la démocratie, parti unique, anti-individualisme, militarisme, culte du leader, esthétique pompeuse, etc. Il semble que, chez les malheureux qui ont connu successivement les camps nazis et les camps communistes, le sentiment dominant n'ait pas été le dépaysement. Un argument est que, quelque horreur qu'il ait produite, le communisme visait d'abord au bonheur de l'humanité. En d'autres termes, ça partait d'un bon sentiment. On est bien avancé, avec ça.
2) le communisme idéal porte-t-il nécessairement en lui ce qu'a été systématiquement le communisme réel ? Sur ce point, il faut bien dire que les 80 ans de travaux pratiques ne portent guère à l'optimisme. Et ça fait longuet, comme période d'essai. (XII 1997)