Etouffée par l’ombre de son père, auteur prolifique de polars, une jeune femme choisit d’exister au plus près du réel, dans une marginalité bohème puis dans l’illégalité.
Une fille occupée s'affirme comme un roman d'occupation et de démarcation traitant de de la difficulté à exister, de l'enfermement et de la fuite, un roman d'émancipation qui explore les rapports complexes de l'imaginaire et du réel, des livres et de la vie, de manière vertigineuse .
C'est l'histoire de Ka, une petite fille dont le territoire intime est envahi par une famille où règne en maître le culte des livres. Les livres censés la faire vivre d'abord : ceux du père, distant et dominateur, qui enchaîne l'écriture de romans policiers. Mais aussi les innombrables livres lus par une mère incapable d'achever le sien , une mère dépendante et suicidaire qui met son unique espoir dans l'avenir littéraire de son fils surdoué. Un style sensible et volontiers elliptique, une narration qui entretient le flou avec art afin de maîtriser un territoire fuyant, aux frontières des souvenirs, du rêve et de l'inconscient . Une construction rappelant les « matriochkas », ces poupées gigognes qui s'emboîtent les unes dans les autres à partir d'une figure centrale que chacun porte en soi, mues successives dont on conserve la peau...
L'écriture est durassienne. Des phrases courtes. Des phrases mots. Heurté. le décors est assez triste et l'ensemble un peu noir. du coup à la moitié du livre j'ai arrêté de lire.
(...)
Il est des livres graves, douloureux, ambitieux, qui semblent se rétracter plutôt que s'offrir spontanément quand on les ouvre. C'est ainsi que je ressens la lecture de ce récit, difficile d'accès, au style exigeant, que j'ai failli abandonner à plusieurs reprises mais que je viens de terminer, soulagée d'en avoir fini avec ces personnages toujours insatisfaits et cependant admirative de l'habileté de l'auteure pour relancer l'intérêt de son lecteur au bon moment.
La mère lisait tout, les courses, les choses à faire, les gens à appeler, les lettres à envoyer, les dates limites de paiement, les livres à lire, les rendez-vous chez le dentiste, les dates de vaccination, les rappels, la vermifugation du chat, elle notait tout, les poches de ses vestes débordaient de papiers froissés et d’enveloppes timbrées. Et puisqu’elle avait noté, elle oubliait.
Nos yeux étaient encore à la hauteur des poignées de porte, mais nous connaissions dix façons d’assassiner proprement. Les meurtres se répétaient d’un bouquin l’autre, comme dans les contes, avec une part raisonnable de mponstres et de malheur dans des forêts urbaines obscures. Voilà tout, c’était moins effrayant que ces chansons qui s’interrompaient sur les blocs Rhodia, blanc vertigineux ; Le crime s’achevait, lui, prévisible et circonscrit, en page 182.
Notre père (…) ne pouvait œuvrer ni coupé du monde, ni dans le bruit du monde. Il lui fallait occuper un espace central,avec vue aérienne sur nos vies. Chez lui, la toute-puissance de l’écrivain avait curieusement dérapé, et il nous préférait en muet, mais sa rage de produire se nourrissait des fureurs que lui inspiraient nos grattements, soupirs, portes claquées, sons cliquetants ou répétitifs.
Dominique Conil devient journaliste à Libération et pendant treize ans assure la chronique judiciaire, les faits divers ou des reportages à l' étranger. Elle tombe amoureuse de la Russie, quitte Libé, écrit quelques scénarios pour France 3, un livre sur le système judiciaire en France, participe à l'aventure de l'Autre Journal, effectue de grands reportages pour L' Evénement du jeudiL'Humanité avant de devenir critique littéraire