Restons dans le registre animalier. Après
Déloger l'animal, voici
Allumer le chat, de
Barbara Constantine. En fait, pour tout vous dire, quand je suis venu piocher dans ma PAL, je m'étais d'abord saisi d'
Allumer le chat. Puis, tout contre, la couverture du roman de
Véronique Ovaldé m'a fait de l'œil. Alors, à défaut de se faire allumer, le chat pouvait aller se brosser un moment.
Mais, à peine l'animal délogé, je suis revenu chercher le roman de
Barbara Constantine, plutôt excité à l'idée de découvrir le roman d'un nouvel auteur dont je n'avais lu que de bons échos, comme autant de promesses d'un agréable moment de détente et d'humour, petite trêve plutôt bienvenue dans la guerre des nerfs engagée avec le chef de l'armée d'ouvriers qui nous assiégeaient à la maison. Pour ce qui est de l'histoire proprement dite, je vous renvoie vers les excellents billets de Bernard , Tamara et Anne .
« Bonne nouvelle ! Les Deschiens ont fait un enfant à
Queneau et le chat se porte bien.
Allumer le chat, c'est un feu d artifices », annonce
Daniel Picouly en 4e de couv'. Oui, ben moi j'y ai plutôt vu le remake d'Ensemble c'est tout par
Jean-Pierre Mocky, où se mélangent allègrement bons sentiments primaires et langage pour le moins fleuri. Cela dit, j'aurais dû me méfier, je me suis déjà fait avoir par le passé par ce genre de formule accrocheuse. Et pourtant, il me faut bien le reconnaître, le chat de
Barbara Constantine ne manque pas de chien. Par son originalité, son roman se démarque sans peine de ses voisins.
Les 70 chapitres, très courts, s'enquillent facilement, comme une succession de petits sketches pas désagréables au demeurant. La multiplicité des personnages donne à l'ensemble le dynamisme d'une ruche où chacun s'active à ses petites affaires. En revanche, si je n'ai rien contre la gouaille populaire, son utilisation systématique, tant dans les dialogues que dans le récit lui-même, m'a lassé à la longue. Tous les personnages parlant de la même façon, aucun ne se démarquait vraiment, tous se fondant dans une espèce de magma verbal flirtant plus qu'à son tour avec l'argot, voire, parfois, le vulgaire. "« Quand Edith m'appelle Bobby, ça m'énerve et ça la fait marrer, la môme. J'aime pas les Ricains que j'lui dis ! Mais je ne pourrai jamais lui dire à quel point. Parce que le gars qui l'a engrossée ma Roberte, avant que je la rencontre, il venait de là-bas. Et il a eu de la chance de ne pas me croiser, parce qu'il serait reparti avec ses couilles entre les dents ! J'ai toujours été un sanguin. Même avant de partir en Algérie. »" ou encore : "« Soixante-cinq ans tout rond ! Moi, j'dis que tant qu'on arrive à se torcher le cul tout seul, ça va ! le jour où on peut plus, y'a plus qu'à se faire sauter le caisson ! C'est la limite à pas dépasser. Pour l'instant, ça va. J'ai besoin d'aide de personne. Même pas pour faire ma gnôle. »"
Côté humour, la succession de situations plus invraisemblables les unes que les autres (l'accident du cerf, les recettes de Marie-Rose, la machine de mort de Robert, la liaison Josette/Edith, j'en passe et des meilleures), mais finalement trop absurdes et caricaturales pour que j'y adhère un minimum, m'a laissé de marbre. Ah, c'est sûr, ça dépote chez
Barbara Constantine ! Mais au risque de passer pour un pisse-froid, en place et lieu des bonnes rigolades promises ici et là, j'ai esquissé au mieux un ou deux sourires. "« La première personne qu'il a croisée, c'est son voisin. L'imbattable sur la culture des fruits. Sourd comme un pot. Alors, Robert en profite. « Espèce de vieux naze », qu'il marmonne, tout en présentant un visage amical. C'est d'ailleurs parce que c'est un vieux naze qu'il trouve normal d'aller lui piquer ses fruits, la nuit, dans son verger. Si ç'avait été un mec bien, jamais il aurait eu l'idée de faire ça ! La « naserie », ça se paye. C'est comme ça, c'est tout."
"- Alors, ça va ? il crie… et il finit en marmonnant entre ses dents… pauv' couillon !"
"- Oui, ça va, et vous ?"
"- Moi, ça va. Et vos fruits, ils viennent bien… connard ?"
"- Mes fruits ? …Ah oui, ils viennent bien"
"- Bon, eh bien au revoir, alors… ducon de mes couilles."
"C'est ce qu'il appelle être en bons termes avec son voisin"
"Ni plus, ni moins. »"
Pas de quoi fouetter un chat. Bref, appelons un chat un chat : je n'ai pas accroché ; ce roman a un côté too much pour moi, comme un gâteau très appétissant de loin mais qui, une fois qu'on s'en est approché, se révèle dégoulinant de crème et finalement écœurant. A part le couple formé par Raymond et Mine, que j'ai trouvé très attendrissant, je suis resté extérieur à ce livre qui ne m'a pas touché. Sans son caractère outrancier, je crois bien qu'
Allumer le chat aurait pu me plaire. Peut-être le trouverais-je plus digeste dans un format programme TV court, type Caméra café ou Kaamelott ?