> Georges Forestier (Éditeur scientifique)

ISBN : 207031863X
Éditeur : Gallimard


Note moyenne : 3.6/5 (sur 35 notes) Ajouter à mes livres
Corneille, on le sait maintenant, était un profond analyste de la vie et du pouvoir politiques. Il raconte ici l'échec d'une conjuration - seule forme d'opposition sous la dictature - et le pardon qui la suit. Sous l'intrigue apparente, et historique, il a voulu montrer... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 4.00/5
    Par cicou45, le 25 août 2011

    cicou45
    Une tragédie en cinq actes comme je les aimes car, bien que ce ne soit absolument pas dans l'ordre des choses pour ce qu'on appelle une tragédie, celle-ci connait néanmoins une fin heureuse.
    L'histoire se déroule au temps de la Rome antique et Emilie, une jeune fille de bonne famille, demande à l'homme qu'elle aime, Cinna, de mettre au point un complot contre l'empereur Auguste qui est responsable de la mort de son père. Alors que Cinna et Maxime sont tous deux bien vus aux yeux de l'empereur qui ne se doute pas une seule seconde du complot organisé contre lui, Cinna se confie à Maxime en lui disant que s'il envisage réellement de tuer l'empereur, c'est uniquement par amour pour Emilie. Il doute de plus en plus et se rend auprès de sa promise en lui disant que s'il se rend coupable du forfait qu'elle lui, ce qu'il a bien l'intention de faire, par amour pour elle, il se suicidera par la suite.
    Que d'évènements vont bousculer le plan de notre amoureux transi et que de trahisons devra-t-il subir de la part de ceux qu'il croyait ses amis et qui ont réussi à faire exploser le complot.
    Bien que Cinna et Emilie aient donc choisi de mourir ensemble et demandent à l'empereur d'au moins leur accorder cela, la femme de ce dernier, Livie, invite ce dernier à la clémence et au pardon.
    Magnifique pièce qui nous fait douter jusqu'à la fin quant au dénouement de l'histoire. Les scènes sont courtes et l'écriture limpide ; ce qui fait, à mon humble avis un incontournable de la littérature française. de plus, étant passionnée par l'histoire d'Antiquité, j'ai vraiment beaucoup apprécié cette pièce !
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    • Livres 1.00/5
    Par coraline83100, le 11 juillet 2011

    coraline83100
    Cinna est, après Médée et Horace, la troisième tragédie de Corneille. Une pièce qui ne respecte pas vraiment les règles de la tragédie classique qui impose un dénouement tragique tels que assassinat, suicide ou folie furieuse. Ici, il n'en est rien, l'issue est heureuse.
    Emilie a été adoptée par l'empereur Auguste, alors qu'il a tué son père. Cinna, son bien-aimé, qu'elle entraîne dans sa vengeance, est alors partagé entre son devoir envers Auguste et sa passion pour Emilie. Maxime, jaloux de Cinna, et sur les conseils de son affranchi, dénonce tout à Auguste.
    Corneille retrace l'épisode historique d'Auguste faisant preuve de clémence.
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Citations et extraits

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  • Par Idealpolitik, le 22 septembre 2011

    Sous moi donc cette troupe cette avance.
    Et porte sur le front une mâle assurance.
    Nous partîmes cinq cents ; mais, par un prompt renfort,
    Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port,
    Tant, à nous voir marcher avec un tel visage,
    Les plus épouvantés reprenaient de courage !
    J'en cache les deux tiers, aussitôt qu'arrivés,
    Dans le fond des vaisseaux qui lors furent trouvés ;
    Le reste, dont le nombre augmentait à toute heure,
    Brûlant d'impatience, autour de moi demeure,
    Se couche contre terre, et, sans faire aucun bruit,
    Passe une bonne part d'une si belle nuit.
    Par mon commandement la garde en fait de même,
    Et, se tenant cachée, aide à mon stratagème ;
    Et je feins hardiment d'avoir reçu de vous
    L'ordre qu'on me voit suivre et que je donne à tous.
    Cette obscure clarté qui tombe des étoiles
    Enfin avec le flux nous fit voir trente voiles ;
    L'onde s'enfle dessous, et d'un commun effort
    Les Maures et la mer montent jusques au port.
    On les laisse passer ; tout leur paraît tranquille ;
    Point de soldats au port, point aux murs de la ville.
    Notre profond silence abusant leurs esprits,
    Ils n'osent plus douter de nous avoir surpris ;
    Ils abordent sans peur, ils ancrent, ils descendent,
    Et courent se livrer aux mains qui les attendent.
    Nous nous levons alors, et tous en même temps
    Poussons jusques au ciel mille cris éclatants ;
    Les nôtres, à ces cris, de nos vaisseaux répondent ;
    Ils paraissent armés, les Maures se confondent,
    L'épouvante les prend à demi descendus ;
    Avant que de combattre, ils s'estiment perdus.
    Ils couraient au pillage, et rencontrent la guerre ;
    Nous les pressons sur l'eau, nous les pressons sur terre,
    Et nous faisons courir des ruisseaux de leur sang
    Avant qu'aucun résiste ou reprenne son rang.
    Mais bientôt, malgré nous, leurs princes les rallient,
    Leur courage renaît, et leurs terreurs s'oublient :
    La honte de mourir sans avoir combattu
    Arrête leur désordre et leur rend leur vertu.
    Contre nous de pied ferme ils tirent leurs alfanges,
    De notre sang au leur font d'horribles mélanges ;
    Et la terre, et le fleuve, et leur flotte, et le port,
    Sont des champs de carnage où triomphe la mort.
    Oh ! combien d'actions, combien d'exploits célèbres,
    Sont demeurés sans gloire au milieu des ténèbres,
    Où chacun, seul témoin des grands coups qu'il donnait,
    Ne pouvait discerner où le sort inclinait !
    J'allais de tous côtés encourager les nôtres,
    Faire avancer les uns, et soutenir les autres,
    Ranger ceux qui venaient, les pousser à leur tour ;
    Et ne l'ai pu savoir jusques au point du jour.
    Mais enfin sa clarté montre notre avantage ;
    Le Maure voit sa perte et perd soudain courage :
    Et, voyant du renfort qui nous vient secourir,
    L'ardeur de vaincre cède à la peur de mourir.
    Ils gagnent leurs vaisseaux, ils en coupent les câbles,
    Poussent jusques aux cieux des cris épouvantables,
    Font retraite en tumulte, et sans considérer
    Si leurs rois avec eux peuvent se retirer.
    Pour souffrir ce devoir leur frayeur est trop forte ;
    Le flux les apporta, le reflux les remporte ;
    Cependant que leurs rois, engagés parmi nous,
    Et quelque peu des leurs, tout percés de nos coups,
    Disputent vaillamment et vendent bien leur vie.
    A se rendre moi-même en vain je les convie ;
    Le cimeterre au poing ils ne m'écoutent pas :
    Mais, voyant à leurs pieds tomber tous leurs soldats,
    Et que seuls désormais en vain ils se défendent,
    Ils demandent le chef ; je me nomme, ils se rendent.
    Je vous les envoyai tous deux en même temps :
    Et le combat cessa faute de combattants.
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  • Par Idealpolitik, le 22 septembre 2011

    Rodrigue, as-tu du coeur ? - Tout autre que mon père
    L'éprouverait sur l'heure. - Agréable colère !
    Digne ressentiment à ma douleur bien doux !
    Je reconnais mon sang à ce noble courroux ;
    Ma jeunesse revit en cette ardeur si prompte.
    Viens, mon fils, viens mon sang, viens réparer ma honte,
    Viens me venger. - De quoi ? - D'un affront si cruel,
    Qu'à l'honneur de tous deux il porte un coup mortel ;
    D'un soufflet. L'insolent en eût perdu la vie ;
    Mais mon âge a trompé ma généreuse envie ;
    Et ce fer que mon bras ne peut plus soutenir,
    Je le remets au tien pour venger et punir.
    Va contre un arrogant éprouver ton courage :
    Ce n'est que dans le sang qu'on lave un tel outrage ;
    Meurs, ou tue. Au surplus, pour ne te point flatter,
    Je te donne à combattre un homme à redouter,
    Je l'ai vu, tout couvert de sang et de poussière,
    Porter partout l'effroi dans une armée entière.
    J'ai vu par sa valeur cent escadrons rompus ;
    Et pour t'en dire encor quelque chose de plus,
    Plus que brave soldat, plus que grand capitaine,
    C'est... - De grâce, achevez. - Le père de Chimène.
    Le... - Ne réplique point, je connais ton amour :
    Mais qui peut vivre infâme est indigne du jour ;
    Plus l'offenseur est cher, et plus grande est l'offense.
    Enfin tu sais l'affront, et tu tiens la vengeance :
    Je ne te dis plus rien. Venge-moi, venge-toi ;
    Montre-toi digne fils d'un père tel que moi.
    Accablé des malheurs où le destin me range,
    Je vais les déplorer. Va, cours, vole, et nous venge.
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  • Par Idealpolitik, le 22 septembre 2011

    Oui, je lui ferai voir, par d'infaillibles marques,
    Qu'un véritable amour brave la main des Parques,
    Et ne prend point de lois de ces cruels tyrans
    Qu'un astre injurieux nous donne pour parents.
    Tu blâmes ma douleur, tu l'oses nommes lâche ;
    Je l'aime d'autant plus que plus elle te fâche,
    Impitoyable père, et par un juste effort
    Je la veux rendre égale aux rigueurs de mon sort.
    En vit-on jamais un dont les rudes traverses
    Prissent en moins de rien tant de faces diverses ?
    Qui fût dout tant de fois, et tant de fois cruel,
    Et portât tant de coups avant le coup mortel ?
    Vit-on jamais une âme en un jour plus atteinte
    De joie et de douleur, d'espérance et de crainte ;
    Asservie en esclave à plus d'évènements,
    Et le piteux jouet de tant de changements ?
    Un oracle m'assure, un songe me travaille ;
    La paix calme l'effroi que me fait la bataille ;
    Mon hymen se prépare, et presque en un moment
    Pour combattre mon frère on choisit mon amant ;
    Ce choix me désespère, et tous le désavouent,
    La partie est rompue, et les dieux la renouent ;
    Rome semble vaincue, et seul des trois Albains,
    Curiace dans mon sang n'a point trempé ses mains.
    O Dieux ! sentais-je alors des douleurs trop légères
    Pour le malheur de Rome et la mort de deux frères ?
    Et me flattais-je trop quand je croyais pouvoir
    L'aimer encor sans crime et nourrir quelque espoir ?
    Sa mort m'en punit bien, et la façon cruelle
    Dont mon âme éperdue en reçoit la nouvelle ;
    Son rival me l'apprend, et, faisant à mes yeux
    D'un si triste succès le récit odieux,
    Il porte sur le front une allégresse ouverte,
    Que le bonheur public fait bien moins que sa perte,
    Et, bâtissant en l'air sur le malheur d'autrui,
    Aussi bien que mon frère il triomphe de lui.
    Mais ce n'est rien encore au prix de ce qui reste :
    On demande ma joie en un jour si funeste ;
    Il me faut applaudir aux exploits du vainqueur,
    Et baiser une main qui me perce le coeur.
    En un sujet de pleurs si grand, si légitime,
    Se plaindre est une honte, et soupirer un crime ;
    Leur brutale vertu veut qu'on s'estime heureux,
    Et si l'on n'est barbare on n'est point généreux.
    Dégénérons, mon coeur, d'un si vertueux père ;
    Soyons indigne soeur d'un si généreux frère :
    C'est gloire de passer pour un coeur abattu
    Quand la brutalité fait la haute vertu.
    Eclatez, mes douleurs ! à quoi bon vous contraindre ?
    Quand on a tout perdu, que saurait-on plus craindre ?
    Pour ce cruel vainqueur n'ayez point de respect ;
    Loin d'éviter ses yeux, croissez à son aspect ;
    Offensez sa victoire, irritez sa colère,
    Et prenez, s'il se peut, plaisir à lui déplaire.
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  • Par Idealpolitik, le 22 septembre 2011

    Percé jusques au fond du coeur
    D'une atteinte imprévue aussi bien que mortelle,
    Misérable vengeur d'une juste querelle,
    Et malheureux objet d'une injuste rigueur,
    Je demeure immobile, et mon âme abattue
    Cède au coup qui me tue.
    Si près de voir mon feu récompensé,
    O Dieu, l'étrange peine !
    En cet affront mon père est l'offensé,
    Et l'offenseur le père de Chimène !

    Que je sens de rudes combats !
    Contre mon propre honneur mon amour s'intéresse ;
    Il faut venger un père, et perdre une maîtresse.
    L'un m'anime le coeur, l'autre retient mon bras.
    Réduit au triste choix ou de trahir ma flamme,
    Ou de vivre en infâme,
    Des deux côtés mon mal est infini.
    O Dieu, l'étrange peine !
    Faut-il laisser un affront impuni ?
    Faut-il punir le père de Chimène ?

    Père, maîtresse, honneur, amour
    Noble et dure contrainte, aimable tyrannie,
    Tous mes plaisirs sont morts, ou ma gloire ternie.
    L'un me rend malheureux, l'autre indigne du jour.
    Cher et cruel espoir d'une âme généreuse,
    Mais ensemble amoureuse,
    Digne ennemi de mon plus grand bonheur,
    Fer qui causes ma peine,
    M'es-tu donné pour venger mon honneur ?
    M'es-tu donné pour perdre ma Chimène ?

    Il vaut mieux courir au trépas.
    Je dois à ma maîtresse aussi bien qu'à mon père ;
    J'attire en me vengeant sa haine et sa colère ;
    J'attire ses mépris en ne me vengeant pas.
    A mon plus doux espoir l'un me rend infidèle,
    Et l'autre indigne d'elle.
    Mon mal augmente à le vouloir guérir ;
    Tout redouble ma peine.
    Allons, mon âme ; et, puisqu'il faut mourir,
    Mourons du moins sans offenser Chimène.

    Mourir sans tirer ma raison !
    Rechercher un trépas si mortel à ma gloire,
    Endurer que l'Espagne impute à ma mémoire
    D'avoir mal soutenu l'honneur de ma maison !
    Respecter un amour dont mon âme égarée
    Voit la perte assurée !
    N'écoutons plus ce penser suborneur
    Qui ne sert qu'à ma peine.
    Allons, mon bras, sauvons du moins l'honneur,
    Puisque après tout il faut perdre Chimène.

    Oui, mon esprit s'était déçu.
    Je dois tout à mon père avant qu'à ma maîtresse ;
    Que je meure au combat, ou meure de tristesse,
    Je rendrai mon sang pur comme je l'ai reçu.
    Je m'accuse déjà de trop de négligence ;
    Courons à la vengeance ;
    Et, tout honteux d'avoir tant balancé,
    Ne soyons plus en peine,
    Puisque aujourd'hui mon père est l'offensé,
    Si l'offenseur est père de Chimène.
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  • Par Idealpolitik, le 22 septembre 2011

    Pleurez l'autre, pleurez l'irréparable affront
    Que sa fuite honteuse imprime à notre front ;
    Pleurez le déshonneur de toute notre race
    Et l'opprobre éternel qu'il laisse au nom d'Horace.

    Que vouliez-vous qu'il fît contre trois ? – Qu'il mourût,
    Ou qu'un beau désespoir alors le secourût.
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