ISBN : 2070730298
Éditeur : Gallimard (1997)


Note moyenne : 3.43/5 (sur 7 notes) Ajouter à mes livres
« Dix heures vingt-cinq. Enfin. Il ne restait plus que la lettre brune. Beaulieu l'ouvrit, exaspéré d'avance. Mon Dieu, le nombre de cinglés que Vous mettez au monde. L'écriture était effrayante, une espèce de broderie ne laissant pas la moindre marge à droite ni à gauc... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 5.00/5
    Par lanard, le 03 avril 2012

    lanard
    Ce roman sur la preuve de l'existence rappelle beaucoup La fabrique d'absolu de Karel Capek. Dans ce dernier le générateur d'une nouvelle forme d'énergie irradiait littéralement la foi ; quiconque se trouvait à proximité de la machine en marche tombait en extase mystique et devenait aussitôt croyant et prosélyte. Paradoxalement l'Eglise en prit ombrage et se fit la plus farouche opposante à la divulgation de cette génératrice de foi.
    C'est là le seul point commun avec le roman de Laurence Cossé ; l'opposition de l'institution ecclésiale à un propagateur de foi plus puissant qu'elle.
    Un prêtre obscur fonde après de multiples et laborieuses tentatives une preuve définitive de l'existence de Dieu. Il fait part de sa découverte à un célèbre casuiste qui en est aussitôt bouleversé. En fait, quiconque lit le document de six pages qui contient la fameuse preuve s'en trouve tout retourné au grand dam du provincial de la casuitière où le fameux casuiste officie. La proximité sociologique des gens de la Compagnie avec ceux du pouvoir d'Etat ne fit que favoriser le hasard qui voulu que le Premier ministre lui-même aie eu vent de la fameuse preuve désormais celée dans le coffre fort du provincial.
    A sa lecture le chef du gouvernent souhaite immédiatement aller à confesse (à la fin du roman il démissionne). Ses plus proches ministres prennent rapidement la chose au sérieux redoutant de voir la France se transformer en un immense monastère qui menacerait d'obsolescence les principales fonctions d'un Etat condamné à se dissoudre dans un contexte de sainteté générale.
    C'est un peut la même inquiétude qui tourmente le provincial de la Compagnie ; et c'est ce même tourment qui exaspère l'archevêque de Paris Mgr Velter quand il apprend la chose par le confesseur du premier ministre venu l'avertir ; “ c'est la fin de l'Eglise romaine ” conclut-il immédiatement. Il alertera promptement Rome de l'importance des enjeux. En conclusion les instances Romaines parviennent à étouffer l'affaire. le prêtre découvreur de la preuve (il s'appelle Mauduit – doublet de maudit qui signifie autant victime de la malédiction que “ mal dit ” comme si énoncer la preuve de l'existence de Dieu était mal dire) est retrouvé suicidé ; toutes les personne ayant lu preuve sont aussi disparues.
    Gardons-nous de penser que le pape aie jamais eu vent de l'affaire. Comme il est dit dans l'épilogue : un secret pontifical est une information qui ne doit être connue du Saint Père sous aucun prétexte.
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Citations et extraits

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  • Par lanard, le 15 août 2010

    “ Qu’est-ce que ça change, au fond, d’avoir la preuve de l’existence de Dieu?”
    Le Dangeolet prit un air excédé, et d’autorité la parole:
    “ Père Waldenhag, est-ce bien le moment de plai­santer? Je vous en prie! L’heure est grave, et il n’est pas question de divulguer la preuve avant d’avoir fait le tour de tous les effets que cela pourrait avoir sur le monde. Car une chose est sûre, le monde en serait bouleversé. Et une autre beaucoup moins sûre: que nous ayons a y gagner tant que ça.
    “ Il n’y a pas de temps à perdre. Je ne sais comment, certains à Paris sont au courant de l’existence de la preuve. Dieu merci, ce ne sont pas des journalistes, mais des membres du gouvernement, ou tout comme. Leur sens de l’État devrait les empêcher de parler à tort et à travers. Mais enfin, l’information est lâchée. Si nous voulons l’arrêter dans sa course, il nous faut faire très vite.
    “J’ai eu tout à l’heure un entretien avec notre ministre de l’Intérieur. Mes compagnons de voyage ici présents en ont été témoins, le malheureux n’avait pas pu me voir avant notre départ, et il a fait des pieds et des mains pour m’immobiliser au sol à Roissy avant le décollage de l’avion. Il tenait mordicus à me parler.
    “Le gouvernement est terriblement inquiet de savoir la preuve établie. Et plus encore de l’imaginer diffusée. Il a fait plancher ses experts pour avoir une idée de ce que pourraient devenir nos sociétés, informées de la chose. Les prévisions sont alarmantes. Le premier effet serait évidemment le chaos.
    “Nos économies si complexes et fragiles vont se trouver sens dessus dessous. Les hommes, éblouis par Dieu, n’auront plus de raison de continuer à travailler pour faire tourner comme avant la machine. Le primat de l’économique s’effondrera Quatre-vingt-dix pour cent des entreprises humaines apparaîtront dérisoires. Le publicitaire, l’esthéticienne, tous les marchands de rêve et d’évasion fermeront boutique. A fortiori les marchands de canons. Le seul comportement tenable sera peu ou prou celui des Contemplatifs: oraison et frugalité. Je ne vois pas qu’aient encore la moindre importance la recherche en général et la théologie en particulier, mes bien chers. Une économie archaïque s’instaurera Du coup, ce sont les salles de change qui fermeront, les Bourses du monde entier, les chaires de finance internationale, les écoles de commerce. Fru­galité et oraison.
    “ Nous avons eu assez de mal à mettre un peu d’ordre sur terre, depuis vingt siècles. Et c’est l’ordre qui va être sapé à la base! L’ordre des priorités, le calendrier des urgences, le départ entre l’essentiel et l’accessoire... Les valeurs fondatrices des sociétés modèles en ce bas monde seront déboulonnées: la valeur travail, la valeur enrichissement, développement, la valeur organisation sociale. Finie, l’accepta­tion de l’autorité! Terminé, le respect des hiérarchies!
    “ À plus long terme, un monde voué au bien n’a rien pour rassurer. Je conçois que le paradoxe vous choque. Mais croyez-vous vraiment qu’un monde d’orants soit vivable? Je reprends l’expression du ministre, elle-même empruntée aux experts de Matignon, ‘‘il faut imaginer la France comme un grand monastère”. La France, et l’Italie, et le Liechtenstein, et les autres. Ne parlons même pas des conséquences sur la démogra­phie: elles pourraient régler le problème par l’extinc­tion de l’espèce humaine. Non, posons que le monde se survit. Nous avons assez tonné contre l’esprit de lucre et l’exclusion sociale, on ne peut pas nous accu­ser d’avoir pactisé. Mais de là à jeter le bébé avec l’eau du bain... L’humanité ne s’est pas mal trouvée de l’électricité, des vaccins, du nucléaire, disons-le: de la bombe atomique. L’ivraie s’est toujours mêlée au bon grain, indissociablement, et au total on était à peu près à l’équilibre. Ça tournait. Pourquoi vouloir tout désé­quilibrer?
    “ Le bien, le bien pur: on sait où ça mène. On les a vues à l’œuvre, les communautés idéalistes, les Cathares, les Vaudois, les Anabaptistes à Münster. Tôt ou tard, le sectarisme l’emporte, avec le fanatisme, l’éloignement du réel et la tentation du suicide. Le refus de la vie et de son ambiguïté, de sa féconde ambi­guïté, conduit, excusez la tautologie, à la préférence pour la mort.
    “Croyez-moi, cette preuve est lourde de menaces. Un ange est passé: qui sait si ce n’est l’Exterminateur?”
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Laurence Cossé - Les amandes amères .
Laurence Cossé vous présente son ouvrage "Les amandes amères" aux éditions Gallimard.http://www.mollat.com/livres/laurence-cosse-les-amandes-ameres-roman-9782070134236.htmlNotes de Musique : Anouar Brahem - 2 de tout ton coeur








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