AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizForum
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2844120318
Éditeur : Joëlle Losfeld (12/10/1999)

Note moyenne : 4.19/5 (sur 183 notes)
Résumé :
Dans les rues de Caire, Gohar, ex-philosophe devenu mendiant, sillonne avec nonchalance les ruelles de la ville et croise des figures pittoresques et exemplaires.

Dans ce petit peuple où un manchot, cul-de-jatte, subit les crises de jalousie de sa compagne, on rencontre aussi Yeghen, vendeur hachisch, laid et heureux et Set Amina, la mère maquerelle.


Il y a aussi Nour et Dine, un policier homosexuel, autoritaire, mais très vi... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle
Critiques, Analyses & Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
Bartleby
23 juin 2008
http://bartlebylesyeuxouverts.blogspot.com/2007/11/le-souk-du-caire-albert-cossery.html
Extrait :
De nombreux critiques sur le net se posent la question de l'utilité de leurs textes. Je crois qu'il n'y en a qu'une : faire découvrir par de modestes billets des auteurs qui nous sont chers. S'il arrivait que mes textes fassent lire ne serait-ce qu'un livre, alors tout cela n'aura pas été vain. En tout cas, c'est grâce à deux articles d'Untel (ici et là) que j'ai découvert cet écrivain égyptien né au Caire en 1913 et vivant actuellement à Paris dont je n'avais jamais entendu parler : Albert Cossery.
Mendiants et orgueilleux, dont l'action se déroule au Caire, est considéré comme l'un de ses meilleurs livres. Il a été adapté deux fois au cinéma.
Le début du livre fait immédiatement penser à l'un des meilleurs textes du Plume de Michaux : Gohar qui dort sur des journaux à même le sol est réveillé par l'inondation de sa misérable chambre. Rien de grave, alors il se rendort, espérant qu'une intervention surnaturelle veuille bien mettre fin à tout cela. Les dieux ne se manifestent hélas pas, les eaux continuent de monter et Gohar est alors obligé de se lever et d'aller s'assoir sur sa chaise, l'unique meuble de son logement. La thèse sous-jacente au roman est ainsi donnée : celui qui ne possède rien est libre, heureux, parce qu'il n'a rien à perdre. le dénuement est le secret de la sagesse :
« Un instant il resta pensif, regardant sa couche ravagée et hors d'usage. Les vieux journaux qui lui servaient de matelas étaient complètement submergés ; ils commençaient déjà à flotter au ras du sol. La vision du désastre lui plut à cause de simplicité primitive. Là où il n'y avait rien, la tempête se déchaînait en vain. L'invulnérabilité de Gohar était dans ce dénuement total ; il n'offrait aucune prise aux dévastations. »
La pauvreté est à la fois une sagesse et une révolte. Une sagesse puisque ce sont le désir d'acquisition et la crainte de la perdre qui nous rendent seuls malheureux. Celui qui ne veut rien, ne possède rien échappe donc nécessairement au malheur. Une révolte également parce que Gohar n'a que du mépris pour cette société qui trouve son accomplissement dans le travail, l'exploitation de l'autre, le désir d'accumulation, etc. le meilleur moyen de combattre les salauds n'est pas la lutte politique comme le croit son ami El Kordi, jeune idéaliste naïf, car c'est encore une manière de participer au système, mais de se retirer totalement du jeu social. C'est ce que tente de lui expliquer le vieux sage :
« Gohar éleva la voix pour répondre.
- Je n'ai jamais nié l'existence des salauds, mon fils !
- Mais tu les acceptes. Tu ne fais rien pour les combattre.
- Mon silence n'est pas une acceptation. Je les combats plus efficacement que toi.
- de quelle manière ?
- Par la non-coopération, dit Gohar. Je refuse tout simplement de collaborer à cette immense duperie.
- Mais tout un peuple ne peut se permettre cette attitude négative. Ils sont obligés de travailler pour vivre. Comment peuvent-ils ne pas collaborer ?
- Qu'ils deviennent tous des mendiants. Ne suis-je pas moi-même un mendiant ? Quand nous aurons un pays où le peuple sera uniquement composé de mendiants, tu verras ce que deviendra cette superbe domination. Elle tombera en poussière. Crois-moi. »
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          170
Lybertaire
06 janvier 2013

La possession matérielle fait-elle la richesse du coeur ? Rend-t-elle l'être humain digne et respectable ? Vivre dans la misère n'autorise pas la dignité ni la joie ; seuls la contrition et le travail acharné, soumis aux lois des dominants, correspondent à l'attitude attendue du pauvre. Engagés dans une immense entreprise de démoralisation, les bourgeois sèment une morale bien pensante à laquelle les pauvres s'accrochent, espérant un jour atteindre les sommets où paissent les bourgeois.
La misère s'immisce dans les derniers recoins de l'être, comme si l'état de dénuement absolu devenait le seul caractère identitaire de l'humain habité. La misère, venin contagieux, apporte avec elle le sérieux et l'obéissance, là où vivait auparavant l'allégresse de vivre, en toute simplicité.
Mais dans le quartier le plus pauvre du Caire, au début du xxe siècle, l'allégresse, l'insouciance règnent dans le coeur des hommes et des femmes qui, chaque jour, se rencontrent sur les places et les établissements mal famés et sordides – aux yeux de la morale bourgeoise. Ils n'ont rien, rien à perdre ; à l'opposé du quartier indigène où les rues, ordonnées et tristes, mettent en scène une « foule mécanisée – dont toute la vie véritable était exclue ».
Gohar ne possède rien, il n'est rien qu'un mendiant. Mais ça n'a pas toujours été le cas. Ce vieux monsieur, autrefois enseignant de philosophie respecté qui logeait dans les quartiers riches, a tout quitté pour vivre dans le plus grand dénuement. Son bonheur, c'est sa chambre meublée d'une chaise et de quelques journaux en guise de lit ; c'est sa liberté de pensée arrachée au gouvernement totalitariste ; ce sont les doses quotidiennes de cannabis qui, si elles l'éloignent du monde moderne, angoissé et fou, le rapproche du coeur des hommes. Il ne court pas après la fortune et le progrès, il marche paisiblement à contresens. Ne rien posséder, n'avoir que sa propre vie à protéger, n'est-ce pas un luxe ?
Au Café des Miroirs, il y rencontre tout un peuple de travailleurs à la semaine et de mendiants libres et dignes. Nour El Dine, l'improbable collaborateur au monde des bourgeois, le policier chargé d'une enquête pour le meurtre d'une prostituée, abuse de sa position supérieure au sein de la société. El Kordi, l'idéaliste, fonctionnaire au ministère, est enlisé dans une routine bureaucratique, stupide et vaine, alors qu'il rêve du soulèvement du peuple égyptien opprimé par des dirigeants tyranniques. Mais sitôt en compagnie d'une jeune femme, il oublie ses velléités de justice sociale. Yéghen, ce « monstre d'optimisme », l'exact opposé de El Kordi, qui, au lieu d'essayer de penser à sauver le monde, apporte une aide concrète à son ami Gohar…
Albert Cossery aime ses personnages, et ça se ressent. Ce n'est pas l'intrigue qui alimente le plaisir de lire, mais l'intensité, le naturel et la simplicité de chaque personnage. Cette oeuvre est remarquablement transparente : tout comme chez Jean Mecquert (publié dans la même collection), les idées sont revêtues de personnages, et non l'inverse. Chacun porte en soi des valeurs, des idées, et s'entrechoque aux autres ; ils sont hauts en couleur, improbables mais espérés, et forgés par tant d'idéalisme qu'on les fait siens dès les premières pages...
La suite de la critique sur mon blog :
http://www.bibliolingus.fr/mendiants-et-orgueilleux-albert-cossery-a80136594
Lien : http://www.bibliolingus.fr/m..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          140
JimmyCz
05 mars 2014
L'histoire ne m'a pas intéressé plus que cela car elle est secondaire selon moi dans cette oeuvre. Les péripéties s'enchaînent de manière quasi-absurde sans fil chronologique précis ni concordance entre les différents événements. J'ajouterais même que l'élément perturbateur arrive comme une cheveu sur la soupe et cela m'a d'ailleurs rappelé Sukkwan Island au niveau de l'effet de surprise. Récit très bien mis en scène par le fait de suivre plusieurs personnages à la première personne et ce, successivement. Il n y a pas de liant hormis les personnages qui se connaissent. du coup c'est un effet agréable car on est transporté d'un point de vue à un autre sans jamais trouver cela compliqué et dérangeant. Ajoutons à cela une fin magnifique avec un dialogue entre Gohar et Nour El Dine qui restera vraiment gravé dans mes souvenirs de par sa précision dans les mots et la clarté des arguments et des sentiments.
Les personnages sont vraiment le coeur de ce roman. Ce sont des personnalités très travaillées avec des descriptions de leurs pensées et de leur caractère très précises voire minutieuses. Nous ne faisons pas que suivre ces personnages, nous finissons par les connaître réellement, à nous prendre d'affection ou de dédain pour eux. Il est rare que des livres ayant d'aussi nombreux passages de description des troubles d'un personnage et de sa façon d'être ne laissent de place à l'ennui dans certains passages. Là ce n'est jamais le cas et c'est un peu logique, dés le début cela nous est annoncé : les personnages ne sont présentés que par leur manière de réfléchir et ce à la première personne donc si l'on accroche les dix premières pages alors le reste sera d'une grande fluidité également.
il est agréable de constater leurs nuances et surtout leurs défauts, leurs failles. Elles sont énervantes mais l'on se prend de compassion et même d'estime par la façon qu'ils ont de les assumer et presque de les revendiquer. Il ne s'agit pas d'un orgueil déplacé mais d'un sentiment de révolte paisible qui a pour cause leur marginalisation extrême.
Le style est magnifique, non par le vocabulaire qui même s'il est riche reste simple ce que j'apprécie personnellement mais surtout par le rythme des phrases. C'est un rythme tranquille, reposant, agréable à suivre, continuellement paisible ce qui contraste avec le manque liant entre les événements.
Les dialogues sont plein d'une emphase qui fait sourire et qui m'a rappelé certains dialogues platoniciens avec moult courbettes et compliments. Les interrogations du policiers font elles-mêmes penser à l'ironie socratique où Gohar serait le meilleur des sophistes sans allusion péjorative.
Un ouvrage superbe que j'avais envie de relire dés que je l'eus fini. Je pense d'ailleurs que je le referais dans quelque temps pour y découvrir de nouvelles choses.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
Ingannmic
24 février 2014
Avec "Mendiants et orgueilleux", Albert Cossery nous introduit dans une cour des miracles peuplée de personnages hauts en couleur, à la fois misérables et magnifiques.
Gohar a laissé derrière lui son existence confortable de professeur d'histoire et de littérature pour vivre dans le dénuement le plus total, entre les murs d'une chambre minuscule d'un quartier populaire du Caire. Détaché de toute contingence matérielle, il est ravi de son choix, qui lui permet d'être enfin immergé dans ce qu'il considère comme la vraie vie, au contact d'individus souvent presque aussi démunis que lui, mais que leur énergie et leur joie de vivre rendent riches de trésors inquantifiables. Son unique rêve est désormais de partir vivre en Syrie, éden où il pourra s'adonner sans entrave à sa dépendance au haschich. En attendant, c'est le truculent Yéghen, pauvre diable d'une incroyable laideur, qui le pourvoit charitablement en cannabis.
On rencontre également dans ces pages un fonctionnaire aussi prompt à embrasser des causes humanistes qu'à les oublier, face au prosaïsme de la réalité, un policier que sa passion pour la beauté de certains jeunes hommes pousse à s'humilier devant un prétentieux fils de notable, un cul-de-jatte dont le succès auprès des femmes rend l'épouse maladivement jalouse...
Le monde dépeint par Albert Cossery grouille, de bruits, d'odeurs, de mouvements. Il en chante la gaieté et l'insouciance, vante les vertus de ceux qui savent ne pas se prendre au sérieux, loue la liberté que confère le détachement des biens matériels et de l'ambition sociale, mais aussi de toute idéologie.
Il rend ainsi un bel hommage à la vie, à son "absurde facilité". En plantant son récit au coeur des rues miséreuses du Caire, il nous montre comment elle jaillit avec d'autant plus de force et de générosité qu'elle se manifeste dans des détails a priori insignifiants, qu'elle s'exprime au travers de choses simples.
L'écriture à la fois précise et légère de l'auteur, les situations cocasses, la sagesse malicieuse des réparties de ses héros, qui dotent son roman d'une facture théâtrale, font de la lecture de "Mendiants et orgueilleux" un véritable moment de plaisir !
Lien : http://bookin-ingannmic.blog..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          131
TJAC
01 mai 2014
Pour être totalement honnête, je pense que je ne me serai jamais arrêté sur ce livre sans une recommandation de mon libraire. Je ne connaissais pas du tout Albert COSSERY et la quatrième de couverture n'aurait pas retenu mon attention après sa lecture ...
C'eût été une erreur !
Le livre ressemble à peut de chose qu'il m'ait été donné de lire. Je ne saurai comment le classifier et il m'est même difficile d'en parler.
L'histoire se déroule dans les rues du Caire et tourne autour du personnage de Gohar, ex philosophe devenu mendiant ... Elle va passer en revue toute une gallerie de personnages plus étonnants les uns que les autres. Un dealer de hachish laid et heureux, un policier homosexuel en plein doute sur son rôle à jouer dans la société, un manchot dul-de-jatte subissant les crises de jalousie de sa femme ...
Etrange non ? C'est tout l'intérêt de ce livre qui peint ce que peut être la vie des gens qui n'ont rien, qui ne possèdent plus rien, et qui subsistent. Mais Albrt COSSERY nous prend à contre pied en décrivant cette misère sous un aspect joyeux, plein de couleur.
Je crois bien que c'est le caractère déroutant, que l'on croise à chaque page, qui m'a plu. Il me sera difficile de vous en raconter plus. Je recommande cependant cet ouvrage à quiconque souhaite réaliser une expérience littéraire.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
Citations & extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
tulisquoitulisquoi06 avril 2011
- Dieu est grand ! répondit le mendiant. Mais qu’importe les affaires. Il y a tant de joie dans l’existence. Tu ne connais pas l’histoire des élections ?
- Non, je ne lis jamais les journaux.
- Celle-là n’était pas dans les journaux. C’est quelqu’un qui me l’a racontée.
- Alors je t’écoute.
- Eh bien ! Cela s’est passé il y a quelque temps dans un petit village de Basse-Égypte, pendant les élections pour le maire. Quand les employés du gouvernement ouvrirent les ruines, ils s’aperçurent que la majorité des bulletins de vote portaient le nom de Barghout. Les employés du gouvernement ne connaissaient pas ce nom-là ; il n’était sur la liste d’aucun parti. Affolés, ils allèrent aux renseignements et furent sidérés d’apprendre que Barghout était le nom d’un âne très estimé pour sa sagesse dans tout le village. Presque tous les habitants avaient voté pour lui. Qu’est-ce que tu penses de cette histoire ?

Gohar respira avec allégresse ; il était ravi. « Ils sont ignorants et illettrés, pensa-t-il, pourtant ils viennent de faire la chose la plus intelligente que le monde ait connue depuis qu’il y a des élections. » Le comportement de ces paysans perdus au fond de leur village était le témoignage réconfortant sans lequel la vie deviendrait impossible. Gohar était anéanti d’admiration. La nature de sa joie était si pénétrante qu’il resta un moment épouvanté à regarder le mendiant. Un milan vint se poser sur la chaussée, à quelques pas d’eux, fureta du bec à la recherche de quelque pourriture, ne trouva rien et reprit son vol.

- Admirable ! s’exclama Gohar. Et comment se termine l’histoire ?
- Certainement il ne fut pas élu. Tu penses bien, un âne à quatre pattes ! Ce qu’ils voulaient, en haut lieu, c’était un âne à deux pattes.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          280
YantchikYantchik27 mai 2011
Yéghen se réveilla en poussant un cri perçant. Un froid intense régnait dans la chambre. Il fit un geste pour ramener à lui l’édredon, mais à sa grande surprise il découvrit que celui-ci avait disparu. La stupéfaction lui coupa le souffle : il n’arrivait pas à comprendre ce qu’était devenu l’édredon. De toutes ses forces, il se mit à appeler l’hôtelier.
Un temps infini passa, mais personne ne répondit. Yéghen haletait, assis dans le lit, les bras croisés sur la poitrine pour se préserver du froid. Il allait appeler de nouveau, lorsque la porte s’ouvrit et que l’hôtelier apparut dans l’embrasure, tenant à la main une lampe à pétrole. Il s’avança d’un pas prudent, un doigt sur la bouche.
- Où est l’édredon ? s’écria Yéghen. Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
- Ce n’est rien, chuchota l’hôtelier. Je suis en train d’endormir un client avec. Dès qu’il sera endormi, je te le rapporterai, sur mon honneur ! Seulement, je t’en conjure, ne fais pas de scandale.
Yéghen réalisa alors que c’était arrivé pendant son sommeil. L’hôtelier était venu dans sa chambre, l’avait débarrassé de l’édredon, pour le donner à un nouveau client. Il était complètement ahuri par ces procédés fantastiques.
- Vous n’avez qu’un seul édredon pour tout l’hôtel, demanda-t-il ?
- Oh non ! dit l’hôtelier toujours à voix basse. C’est un hôtel de premier ordre ; nous avons trois édredons. Mais nous avons aussi beaucoup de clients.
- Je comprends, dit Yéghen. Qu’allons-nous faire ? J’ai froid, moi. Et je tiens à dormir. Je veux l’édredon.
- C’est l’affaire d’un instant, dit l’hôtelier. Sur mon honneur, je te le rapporte tout de suite. Le client à qui je l’ai donné était très fatigué ; il dormait debout. Il doit être tout à fait endormi maintenant. Ne bouge pas ! Je vais voir. Et ne crie pas surtout.
L’hôtelier sortit sur la pointe des pieds, emportant la lampe. Yéghen demeura dans l’obscurité, grelottant de froid. Il entendit l’hôtelier ouvrir une porte à côté de la sienne ; c’était là sans doute la chambre du nouveau client. Yéghen se prit à murmurer : « Pourvu qu’il se soit endormi. Mon Dieu ! fais qu’il se soit endormi. »
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          90
GabySenseiGabySensei11 juillet 2011
- Maître, dit Yéghen, je veux te faire une confidence.
- J'écoute.
- Eh bien! Tel que tu me vois, je suis en pleine aventure sentimentale.
- Mes félicitations! Quelle est l'heureuse élue?
- C'est une fille qui n'est pas comme les autres.
- Je t'arrête là, dit Gohar. Qu'est-ce que c'est une fille qui n'est pas comme les autres? Mon cher Yéghen, je te connaissais plus de discernement.
- Je voulais dire que ce n'est pas une putain.
- C'est une bourgeoise?
- Oui, sans doute la fille d'un fonctionnaire.
- Oh! L'horrible chose! Tu es amoureux d'elle?
- Tu me prends pour El Kordi. Maître je ne suis pas un enfant.
- El Kordi non plus n'est pas un enfant, dit Gohar. Crois-moi, tu le méconnais. Il est simplement sous l'influence de toute une littérature européenne qui prétend faire de la femme le centre d'un mystère. El Kordi s'ingénie à croire que la femme est un être pensant; son besoin de justice le pousse à la défendre en tant qu'individu social. Mais au fond il n'y croit pas. Tout ce qu'il demande à la femme c'est de coucher avec lui. Et encore, la plupart du temps sans payer, parce qu'il est pauvre.
- Mais dans mon cas le but est différent. Je ne cherche pas à coucher avec elle.
- Un amour platonique! C'est encore plus grave.
(P91)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
UnityUnity24 septembre 2013
- Est-ce qu'un crime gratuit tombe sous le coup de la loi ? N'est-il pas de la même essence qu'un tremblement de terre, par exemple ?
- Un tremblement de terre ne se raisonne pas, dit Nour El Dine. C'est une fatalité.
- Mais l'homme est devenu une fatalité pour ses semblables, reprit Gohar. L'homme est devenu pire qu'un tremblement de terre. En tout cas, il fait plus de dégâts. Ne crois-tu pas, monsieur l'officier, que l'homme a depuis quelques temps dépassé en horreur les cataclysmes de la nature ?
- Je ne peux pas arrêter un tremblement de terre, dit Nour El Dine avec un entêtement comique.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
UnityUnity17 septembre 2013
Tous ces grands esprits, qu'il avait admirés durant des années, lui apparaissaient à présent comme de vils empoisonneurs, dépourvus de toute autorité. Enseigner la vie sans la vivre était le crime de l'ignorance la plus détestable.
Commenter  J’apprécie          130
autres livres classés : littérature egyptienneVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle





Quiz Voir plus

Albert Cossery, l'Egyptien de Saint-Germain des Prés

Il faisait terriblement chaud. Rue de la femme-Enceinte, le facteur s'arrêta, comme il le faisait chaque matin, devant la boutique de Hanafi le repasseur.

Les hommes oubliés de Dieu
Le Dieu oublié des hommes

10 questions
14 lecteurs ont répondu
Thème : Albert CosseryCréer un quiz sur ce livre
. .