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ISBN : 2070329518
Éditeur : Gallimard (2006)


Note moyenne : 3.96/5 (sur 74 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
" A cette heure précise où les buses s'installent autour de la piscine, les parachutistes français, dans leurs transats de résine, se donnent des airs de Rambo, des coopérants québécois rivalisent de rires bruyants avec des coopérants belges. En ce dimanche tranquille, ... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par MissG, le 20 juillet 2014

    MissG
    Bernard Valcourt est un journaliste québécois expatrié au Rwanda pour y monter un service de télévision libre.
    C'est un homme qui est revenu de tout, il a couvert la famine en Ethiopie, la guerre au Liban, il a connu quelques échecs sentimentaux et c'est d'un œil à la fois lointain et critique qu'il observe les expatriés se réunissant au bord de la piscine de l'hôtel des Mille Collines à Kigali.
    Il observe et il n'en pense pas moins, et il suit du regard la belle et douce Gentille qui porte à ravir son prénom.
    Gentille a le physique d'une Tutsie alors qu'elle est Hutue, et dans le Rwanda de 1994 il ne fait pas bon être ou ressembler à une Tutsie, car le grand massacre se prépare, la Radio des Mille Collines a commencé depuis des mois à appeler aux massacres des Tutsis, des "cafards" comme ils les appellent ou encore des "grands arbres", la haine a été exacerbée et portée à son paroxysme.
    Tous les Rwandais le sentent et le savent, une extermination de grande ampleur se prépare : "Ici, nous allons tuer dans un grand excès de folie, de bière, de mari, dans un déferlement de haine et de mépris qui dépasse ta capacité de comprendre, et la mienne aussi. Je dis "nous" parce que je suis rwandais et parce que les Tutsis le feront aussi quand ils en auront l'occasion. Je dis "nous" parce que nous sommes tous devenus fous.", la Communauté Internationale est alertée mais elle va commettre l'une de ses plus grandes fautes : celle de choisir de ne pas voir, de ne pas entendre, d'ignorer et de minimiser ce qui va se passer au Rwanda.
    C'est dans ce climat de tension que Valcourt et Gentille vont s'aimer, tel des Roméo et Juliette africains, en gardant toujours à l'esprit le côté dramatique de leur relation : "Chaque moment qu'on vole à la peur est un paradis.".
    Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas reçu une claque littéraire, ce livre en est une.
    En y regardant de plus près, peu de livres traitent du génocide au Rwanda en 1994 : trop proche ou bien parce que les français, les canadiens, les américains, le monde en général a mauvaise conscience d'avoir choisi de fermer les yeux sur le massacre qui se préparait plutôt que de l'enrayer ?
    Sans doute un peu de tout cela, et avec ce premier roman, l'écrivain québécois francophone et journaliste Gil Courtemanche a frappé fort.
    Pour comprendre comment ce pays en est arrivé à une telle situation, il faut revenir au début du 20ème siècle, retourner à l'époque où les Tutsis étaient majoritaires et dominaient les Hutus, puis à la domination Belge qui a discrédité les Tutsis et portés les Hutus au pouvoir.
    Tutsis, Hutus, deux mots pour classifier des personnes selon leur origine ethnique, jusqu'à en oublier qu'ils étaient tous Rwandais, tout simplement.
    Ce roman a le mérite de présenter de façon claire et précise les origines du génocide, en donnant la parole à des Rwandais clairvoyants sur la situation de leur pays et sur la folie dans laquelle il est en train de basculer : "Ici, les rumeurs tuent. Ensuite, on les vérifie.".
    Il a également le mérite de dresser le portrait sans concession d'un pays meurtri par les guerres civiles, la pauvreté et le SIDA qui ravage la population, en mettant en exergue les croyances africaines qui rendent la tâche encore plus compliquée aux médecins et aux infirmières pour faire passer les messages de prévention et les bons gestes à adopter.
    Ce qui fait toute la puissance de ce roman, c'est qu'hormis le personnage de Valcourt, encore que dans une certaine mesure il représente en partie Gil Courtemanche ayant lui-même été correspondant en Afrique, toutes les personnes nommées et tous les événements ont réellement eu lieu, hormis l'histoire d'amour avec Gentille.
    Ce n'en est que plus effrayant quand à la lecture on a l'impression d'être face à une bombe amorcée et que le décompte avant l'explosion a déjà commencé.
    Ce roman ne brille pas par une plume extraordinaire et inoubliable, j'ai clairement délaissé la forme, somme toute banale et sans surprise, pour le fond et je me suis laissée prendre par le destin de toutes ces personnes.
    Gil Courtemanche est très critique vis-à-vis de la position internationale et se positionne comme un Africain plus que comme un Occidental, c'est ce qui contribue sans doute à rendre cette histoire si proche du lecteur, en ne se contentant pas de s'arrêter au génocide mais en évoquant également l'après : la vie qui reprend, un peuple qui se reconstruit, panse ses plaies, pardonne et fonde un espoir dans l'avenir : "Si l'on veut continuer à vivre, pensait Valcourt en longeant le marché qui reprenait ses anciennes couleurs, il faut croire à des choses aussi simples et évidentes : frères, sœurs, amis, voisins, espoir, respect, solidarité.".
    A titre personnel, jusqu'à il y a quelques années je ne savais que peu de choses sur ce génocide, d'autant que j'étais jeune en 1994 (ceci n'étant pas complètement une excuse puisque des enfants du même âge que moi étaient massacrés à cette époque) : j'en gardais des images atroces de cadavres sur les routes, de crânes, et le souvenir de l'épidémie de choléra qui s'était déclenchée dans les camps de réfugiés (j'en avais même rêvé la nuit) ainsi que le mot de "machette" dont je n'avais qu'une vague idée de ce que cela était.
    Aujourd'hui je suis un peu moins ignorante sur le sujet et je ne peux que me rendre compte de toute l'horreur que cela a été, et de me poser de nombreuses questions dont : pourquoi rien n'a-t-il été fait ? Pourquoi le monde a choisi de fermer les yeux plutôt que d'agir ? Ce n'est pas comme si c'était la première fois que cela arrivait, j'ai d'ailleurs apprécié à la lecture de ce roman les parallèles qui sont faits par les Africains eux-mêmes de cette extermination massive qui se prépare par rapport à celle des Juifs durant la Seconde Guerre Mondiale.
    En 1994, les machettes ont remplacé les chambres à gaz et les crématoires, puisque l'Humain semble incapable de stopper l'impensable, la question pourrait presque se poser de savoir ce que sera le prochain massacre de masse, quand et comment sera-t-il organisé.
    "Un dimanche à la piscine à Kigali" est un roman fort et difficile de Gil Courtemanche et offre une vision d'ensemble du génocide Rwandais glaciale dans toute son étendue et son horreur, à lire absolument pour éveiller les consciences et ne jamais oublier.
    Il me tarde désormais de voir l'adaptation cinématographique faite de ce roman.

    Lien : http://lemondedemissg.blogspot.fr/2014/07/un-dimanche-la-piscine-kig..
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    • Livres 3.00/5
    Par Nath78, le 12 novembre 2013

    Nath78
    J'ai apprécié le roman parce qu'il plonge le lecteur dans l'histoire et la réalité rwandaise de cette période et permet de mieux les saisir qu'un simple récit historique l'aurait fait.
    Le livre introduit un peu de contexte historique et contient assez de descriptions de Rwanda pour faire comprendre l'envoûtement de l'auteur pour ce pays.
    Courtemanche est très critique par rapport au rôle joué par des pays développés, diverses agences de développement et les Nations Unis et il décrit plusieurs « blancs » hauts placés avec beaucoup de cynisme. Autant ses reproches concernant l'inaction et la complicité des pays développés me semblaient bien fondés, autant ces remarques que ces pays étaient les « vrais tueurs » me semblaient exagérés.

    L'écriture, en général, était correcte bien que certains discours que l'auteur prêtait aux personnages semblaient parfois trop pompeux et moralisateurs pour être naturels.
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    • Livres 5.00/5
    Par LindaLapostolle, le 14 juillet 2011

    LindaLapostolle
    Un roman dans lequel plusieurs personnages sont réels, certains portent leur vrai nom. Un roman, mais aussi un livre témoignage sur le génocide au Rwanda, cette étape meurtrière de l'histoire de ce pays. Un récit touchant, où l'horreur et l'amour se cotoient, où la mort devient parfois un moindre mal, une porte de sortie, une façon de sauver les siens. Un roman qui se lit d'un seul trait, mais qui nous laisse dans une bouffé d'émotion.
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    • Livres 4.00/5
    Par exarkun1979, le 21 septembre 2012

    exarkun1979
    J'ai trouvé ce roman vraiment troublant. Je me suis aussi rendu compte à quel point je ne connaissais vraiment rien de cet horrible carnage. Je me demande vraiment comment on peut encore en venir là après avoir vu l'horreur de l'Holocauste. Ce qui est aussi troublant c'est de voir l'inaction et même l'indifférence des pays occidentaux face à ce génocide.
    C'est un livre vraiment dur à lire, surtout pour la seconde partie. En même temps, c'est important de ne pas laisser à l'oubli un événement aussi horrible.
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    • Livres 4.00/5
    Par moravia, le 01 avril 2013

    moravia
    Premier ouvrage que j'ouvre de cet auteur et j'ai eu la main heureuse...
    Je suis vraiment très bon public pour ce genre de roman qui mélange réalité et fiction.
    Mais ici pas besoin d'être préparé à ce genre de lecture, car tout de suite l'évidence nous frappe : c'est un grand roman et Gil Courtemanche est digne de porter le nom d'écrivain.
    Qualité de narration, pas de pathos pour ce sujet périlleux qu'est le génocide des Tutsies au Rwanda.
    Aucune extravagance, on sent l'auteur soucieux de ne pas faire une production hollywoodienne pleine d'anachronismes.
    Une grande réussite malgré une fin difficile ( d'où (que) 4 étoiles ).
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Critiques presse (1)


  • Chatelaine , le 02 juillet 2014
    Fondée en 1907, capitale du Rwanda depuis 1962, Kigali est « la ville aux mille collines », décrite de façon somptueuse par l’auteur.
    Lire la critique sur le site : Chatelaine

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Citations et extraits

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  • Par MissG, le 20 juillet 2014

    Si l'on veut continuer à vivre, pensait Valcourt en longeant le marché qui reprenait ses anciennes couleurs, il faut croire à des choses aussi simples et évidentes : frères, sœurs, amis, voisins, espoir, respect, solidarité.

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  • Par MissG, le 20 juillet 2014

    Ici, nous allons tuer dans un grand excès de folie, de bière, de mari, dans un déferlement de haine et de mépris qui dépasse ta capacité de comprendre, et la mienne aussi. Je dis "nous" parce que je suis rwandais et parce que les Tutsis le feront aussi quand ils en auront l'occasion. Je dis "nous" parce que nous sommes tous devenus fous.

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  • Par MissG, le 20 juillet 2014

    Chaque moment qu'on vole à la peur est un paradis.

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  • Par MissG, le 20 juillet 2014

    Ici, les rumeurs tuent. Ensuite, on les vérifie.

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  • Par Cielvariable, le 26 mai 2013

    À cette heure précise où les buses s’installent autour de
    la piscine, les parachutistes français, dans leurs transats de
    résine, se donnent des airs de Rambo. Ils reniflent toutes
    les chairs féminines qui s’ébattent dans l’eau puant le
    chlore. La fraîcheur importe peu. Il y a du vautour dans ces
    militaires au crâne rasé à l’affût au bord d’une piscine qui
    est le centre de l’étal, là où s’exhibent les morceaux les plus
    rouges et les plus persillés, autant que les flasques et les
    maigres bouts de chair féminine dont l’unique distraction
    est ce plan d’eau. Dans la piscine, le dimanche et tous les
    jours vers cinq heures, quelques carcasses rondouillettes
    ou faméliques troublent l’eau sans se douter que les paras
    n’ont peur ni de la cellulite ni de la peau que seule l’habitude
    retient aux os. Si elles savaient quel danger les
    menace, elles se noieraient d’extase anticipée ou entreraient
    au couvent.
    En ce dimanche tranquille, un ancien ministre de la
    Justice se livre à d’intenses exercices d’échauffement sur le
    tremplin. Bien sûr, il ignore que ces amples moulinets font
    glousser les deux prostituées dont il attend un signe de
    reconnaissance ou d’intérêt pour se jeter à l’eau. Il veut
    séduire car il ne veut pas payer. Il percute l’eau comme un
    bouffon désarticulé. Les filles rient. Les paras aussi.
    Autour de la piscine, des coopérants québécois rivalisent
    de rires bruyants avec des coopérants belges. Ce ne
    sont pas des amis ni des collègues, même s’ils poursuivent
    le même but: le développement, mot magique qui habille
    noblement les meilleures ou les plus inutiles intentions. Ce
    sont des rivaux qui expliquent à leurs interlocuteurs
    locaux que leur forme de développement est meilleure
    que celle des autres. Ils ne s’entendent finalement que
    sur le vacarme qu’ils créent. Il faudrait bien inventer un
    mot pour ces Blancs qui parlent, rient et boivent pour que
    la piscine prenne conscience de leur importance, non,
    même pas, de leur anodine existence. Choisissons le mot
    «bruyance», parce qu’il y a du bruit, mais aussi l’idée de
    continuité dans le bruit, l’idée d’un état permanent, d’un
    croassement éternel. Ces gens, dans ce pays timide, réservé
    et souvent menteur, vivent en état de bruyance, comme
    des animaux bruyants. Ils vivent également en état de rut.

    Le bruit est leur respiration, le silence est leur mort, et le
    cul des Rwandaises, leur territoire d’exploration. Ce sont
    des explorateurs bruyants du tiers-cul. Seuls les Allemands,
    quand ils descendent en force sur l’hôtel comme
    un bataillon de comptables moralisateurs, peuvent rivaliser
    de bruyance avec les Belges et les Québécois. Les Français
    d’importance ne fréquentent pas cet hôtel. Ils se barricadent
    au Méridien avec les hauts gradés rwandais et
    avec les putes propres qui sirotent du whisky. À l’hôtel, les
    putes sont rarement propres. Elles boivent du Pepsi en
    attendant qu’on les choisisse et qu’on leur offre de la bière
    locale, ce qui leur permettra peut-être de se voir offrir plus
    tard un whisky ou une vodka. Mais, en femmes réalistes,
    elles se contentent aujourd’hui d’un Pepsi et d’un client.
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