> Elisabeth Monteiro Rodrigues (Traducteur)

ISBN : 9782864248392
Éditeur : Editions Métailié (2011)


Note moyenne : 3.2/5 (sur 10 notes) Ajouter à mes livres

« La première fois que j’ai vu une femme j’avais onze ans et je me suis trouvé soudainement si désarmé que j’ai fondu en larmes. Je vivais dans un désert habité uniquement par cinq hommes. Mon père a... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par nadejda, le 18 janvier 2012

    nadejda
    L'Humanité se réduit pour Mawnito, onze ans, narrateur de ce récit poétique entre fable et réalité, à son père Silvestre Vitalicio, son frère Ntunzi et Zacaria Kalash, domestique ancien militaire plus deux semi-habitants : l'oncle Aproximado qui sert de lien avec «l'Autre côté», les territoires sans vie, et «notre chère ânesse», prénommée Jezibela «tellement humaine qu'elle noyait les divagations sexuelles de mon vieux père».
    Cinq hommes vivant dans ce «paradis» inversé de Jésusalem, lieu perdu dans la brousse, ancienne concession de chasse, loin de la ville qu'ils ont fuie huit ans auparavant, pour des raisons liées à la mort de Dordalma = douleurdâme, mère de Mwanito et Ntunzi , entourée d'un mystère qui ne s'éclaircira qu'à la fin.
    « Au lieu de s'estomper dans l'autrefois, elle (Dordalma) s'immisçait dans les fêlures du silence, dans les replis de la nuit. Il n'y avait pas moyen d'ensevelir ce fantôme. Sa mort mystérieuse, sans cause ni apparence, ne l'avait pas ravie du monde des vivants.» p 33

    Le père, le vieux Silvestre Vitalicio «l'unique connaisseur de vérité, le devin solitaire de présages», a vécu un drame dont n'a pas connaissance Mwanito le plus jeune de ses fils et il veut oublier en effaçant toute vie, tout souvenir issu du passé. Il exige que tous jouent le jeu et croient à ce que lui-même veut croire pour rendre l'oubli possible. Les noms de chacun sont modifiés sauf celui de Mawnito car il est pour le père «L'accordeur de silences»
    « Je suis né pour me taire. le silence est mon unique vocation. C'est mon père qui m'a expliqué : j'ai un don pour ne pas parler, un talent pour épurer les silences. J'écris bien, silences, au pluriel. Oui, car il n'est pas de silence unique. Et chaque silence est une musique à l'état de gestation.
(...) je nouais les fils délicats dont on tisse la quiétude. J'étais un accordeur de silences.

    --- Viens mon enfant, viens m'aider à rester silencieux. » p 17
    Viens rétablir la paix en moi par ton silence.

    En déconstruisant, niant la réalité qui l'a blessé profondément, Silvestre se fait créateur de mort, mort contre laquelle va lutter Ntunzi le grand frère auquel il reste assez de souvenirs, ferments de désirs et de rêves, pour permettre d'instiller le doute dans le coeur de son frère. 

    Petit à petit Mawnito «L'accordeur de silences» va se construire ses images à partir, entre autres, d'un jeu de cartes, support qui lui permettra d'imaginer des figures, de donner une forme à un monde bien à lui et de tracer ses premiers mots. 

    Le silence intérieur, les silences qu'entend Mawnito sont en accord avec l'écriture qui l'attire et le rattrapera plus tard. L'écriture naît du silence en donnant forme aux voix qui en montent, elle permet de composer avec des mots la musique de chaque silence.
    Ce beau livre est aussi celui de la guerre civile, guerre dont les échos se font encore entendre au fin fond de la brousse et surtout guerre qui se joue dans le coeur des hommes, dans leur lutte intérieure.
«Zacaria Kalash ne se souvenait pas de la guerre. Mais la guerre se souvenait de lui. (...) le souvenir des explosions le bouleversait. le grondement des nuages n'était pas un bruit : c'étaient d'anciennes blessures ravivées. On oublie les balles, pas les guerres.»
    Une belle part est offerte aux femmes dans cette parabole, femmes à l'écoute, femmes donneuses de vie, par l'intermédiaire de Dordalma omniprésente dont la mort provoque la fuite de Silvestre et par Marta la portuguaise qui va ramener le trouble et surtout la vie, sans oublier les superbes citations, voix de femmes poètes placées en exergue de chaque chapitre, brésiliennes telles Hilda Hilst et Adelia Prado, Alejandra Pizarnik l'argentine et Sophie de Mello Breyner Andersen la portugaise.
    J'avais noté ce livre sur mes «tablettes» mais l'avis de Moustafette en a précipité la lecture et je ne le regrette pas. Je pense lire d'autres livres du même auteur qui m'a fait aussi penser à un autre auteur que j'aime beaucoup, José Eduardo Agualusa angolais d'origine portugaise.
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    Critique de qualité ? (26 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Lali, le 24 mars 2012

    Lali
    « Et chaque silence est une musique à l'état de gestation » pourrait en une seule phrase résumer le plus récent roman de Mia Couto, l'une des voix les plus intéressantes de la littérature contemporaine, lequel réinvente le monde et la langue à chacun de ses livres.
    Cette fois-ci, il nous entraîne dans une zone retranchée du monde des vivants, où se sont exilés le veuf Silvestre Vitalício, son beau-frère, un militaire et les deux fils de Silvestre, Ntunzi et Mwanito. Or, si quatre personnages sur cinq ont des souvenirs de ce qu'était leur vie avant l'exil, de la disparue, de cette ville où ils vivaient, Mwanito, parachuté très jeune dans ce no man's land, n'en a pas.
    Silvestre s'est installé là pour des raisons obscures, où il est question de mort et de morts, ainsi que de la fine limite qui sépare le monde des vivants de celui des morts. Peut-être voulait-il protéger les siens. Peut-être voulait-il mourir à son tour maintenant qu'est morte celle qu'il a (peut-être) tuée et autour de laquelle le roman se déroule comme une longue écharpe ne dénudant jamais entièrement le corps qu'elle dissimule. Peut-être cherchait-il là, dans ce lieu hors du monde, comment apprendre à vivre autrement, sans mémoire, dans l'oubli total et dans l'absence de mots, puisqu'il interdit à Mwanito la lecture et l'écriture. Mais c'est compter sans la complicité et l'amour de son aîné qui se chargera de transmettre au plus jeune son savoir, ses souvenirs et ses images, et d'en inventer au besoin quand ils commenceront à s'effriter.
    « Nous ne vivons pas vraiment durant la majeure partie de notre vie. Nous nous consumons dans une longue léthargie, que, pour nous leurrer et nous réconforter nous-mêmes, nous appelons existence », raconte Mwanito qui a appris à accorder les silences pour qu'ils ne troublent plus personne, en particulier son père. « Chaque jour est une feuille que tu déchires, je suis le papier qui attend ta main, la lettre qui attend la caresse de tes yeux », écrit-il aussi alors qu'il tente de comprendre la vie, le destin, ce lieu que son père a choisi, et de deviner à quoi ressemblent les femmes, jusqu'à ce que l'une d'elles s'aventure dans cette contrée et bouleverse la vie de chacun.
    Une fois de plus, Mia Couto signe un livre émouvant, doont chaque chapitre s'ouvre sur un poème ou une phrase, ce qui nous donne le plaisir de (re)lire la grande poète Sophia de Mello Breyner Andresen et, en ce qui e concerne, de faire connaissance avec Adelia Prado. Un roman entre le conte et le roman, autour des racines, celles qui nous ancrent dans notre terre natale, celles que nous devons déployer pour (sur)vivre. Parce que : « Ce n'est pas en lui tenant les ailes qu'on aide un oiseau à voler. L'oiseau vole simplement parce qu'on l'a laissé être oiseau. »

    Lien : http://lalitoutsimplement.com/mwanito-laccordeur-de-silences/
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    Critique de qualité ? (14 votes positifs)
  • Par moustafette, le 12 janvier 2012

    moustafette
    Depuis plus de huit ans Mwanito, jeune orphelin de mère, grandit dans une humanité qui se résume à quelques hommes, son frère aîné Ntunzi et Zacharia Kalash, ancien militaire et homme à tout faire de Silvestre Vitalicio, ce père étrange, enfermé dans sa folie et qui a décidé un jour de s'isoler avec ses deux fils et un domestique dans une ancienne réserve de chasse. Il baptise ce lieu Jésusalem et décrète qu'ils sont les derniers survivants d'un monde ravagé par la guerre. La seule présence féminime tolérée est celle de Jezibela, ânesse de son état, et l'unique intrusion permise est celle de l'oncle Aproximado qui vit loin du campement à l'entrée de la réserve et ramène régulièrement des denrées de "l'Autre-Côté". Usant le soir de son plus jeune fils comme d'un neuroleptique pour baillonner sa folie, le père les entraîne tous le jour dans son délire mystique et paranoïaque.
    Mwanito ne se souvient pas de la vie d'avant contrairement à Ntunzi qui va peu à peu ouvrir les yeux naïfs de son cadet et saisir l'arrivée inattendue dans cet univers masculin de Marta la Portugaise pour multiplier les transgressions et se rebeller contre ce père autocrate.
    Voilà un contexte des plus foutraques, me direz-vous, et je vous vois déjà faire la grimace. Pourtant cette balade de l'étrange a quelque chose d'envoûtant et l'ambiance dans laquelle baigne ce roman est chargée d'une poésie tour à tour primitive et violente, naïve et émouvante.
    Mwanito nous livre l'histoire de ces personnages déboussolés sans le tragique auquel on pourrait s'attendre. Toujours bienveillant envers ce père insaisissable et en quête des souvenirs d'une mère oubliée, nous assistons là à un très joli roman initiatique sur fond d'imaginaire africain mâtiné du mélancolique parfum de la saudade. de l'éveil à la curiosité et au savoir, passant par l'apprentissage secret de l'écriture et de la lecture, à celui des sens au travers la figure inattendue d'une femme, Mwanito réussira à surgir du néant, à s'affranchir progressivement de la tyrannie paternelle et à faire la lumière sur sa folie.
    Allégorie de toutes les tyrannies, on pense aux dictateurs africains (ou pas), aux prédicateurs illuminés des églises évangélistes ou des sectes millénaristes qui fleurissent toujours sur le chaos des hommes, s'il dénonce implicitement tous les embrigadements, ce roman est surtout un bel hommage de son auteur à son pays et à sa double culture face aux déchirements des guerres et au difficile chemin qui mène à l'émancipation. L'Afrique se cacherait-elle derrière toute la sagesse de Mwanito et la hardiesse de Ntunzi ?.. on l'espère.
    En prime et en exergue des chapitres, de très belles et multiples citations.


    Lien : http://moustafette.canalblog.com/archives/2012/01/12/index.html
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    • Livres 3.00/5
    Par gean25, le 20 avril 2012

    gean25
    En Afrique(Mozambique),un enfant qui n'a pas connu sa mère(il ne s'en souvient plus).Son père les a emmené,lui ,son frère et le "militaire" à "Jérusalem".Isolés ,perdus géographiquement,il n'y a que l'oncle qui les visite de temps en temps et leur amène de quoi subsister.
    "Après l'horizon ne figuraient plus que des territoires sans vie qu'il appelait vaguement l'autre- côté."
    Puis vient la portugaise à la recherche de son mari...
    mystérieux,envoûtant,parfois affolant,mais on le termine!
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    • Livres 4.00/5
    Par vdujardin, le 26 avril 2012

    vdujardin
    Un livre étrange, une écriture poétique, à la limite du rêve et du réel. Un livre sur la mémoire reconstruite, aussi, l'interrogation d'un enfant sur la mort de sa mère, qui reste longtemps un mystère. Avant un retour à la ville avec son père qui est à son tour devenu muet, à la limite de la folie. Mia Couto a été annoncé plusieurs fois comme pouvant recevoir le prix Nobel de littérature, son écriture n'est pas facile à aborder dans ce roman, moins en tout cas que dans le recueil de nouvelles que j'avais lu, Le fil des missangas.

    Lien : http://vdujardin.over-blog.com/article-l-accordeur-de-silences-de-mi..
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Critiques presse (2)


  • Lexpress , le 22 septembre 2011
    Entre conte fantastique et parabole, Mia Couto a signé un roman magnifique, flamboyant, où sa voix de conteur envoûté s'escrime à couvrir le fracas des guerres. Parce qu'"une bonne histoire est une arme plus puissante qu'un fusil ou un couteau".
    Lire la critique sur le site : Lexpress
  • Telerama , le 18 août 2011
    L'Accordeur de silences est un conte oppressant sur la tyrannie. […] D'une pure splendeur.
    Lire la critique sur le site : Telerama

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Citations et extraits

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  • Par nadejda, le 19 janvier 2012

    Quand la patrie qui est la nôtre n’est plus à nous
    Perdue par le silence et par le renoncement
    Même la voix de la mer devient exil
    Et la lumière qui nous entoure est comme des barreaux

    Sophia de Mello Breyner Andresen
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  • Par moustafette, le 12 janvier 2012

    Mille fois Ntunzi m'a rappelé pourquoi mon père m'avait élu son préféré. La raison de ce favoritisme était survenue d'un seul coup : à l'enterrement de notre mère, Silvestre ne sachant pas étrenner son veuvage se réfugia dans un coin pour éclater en sanglots. Je m'approchai alors de mon père et il s'agenouilla pour affronter la toute-petitesse de mes trois ans. Je tendis les bras et, au lieu d'essuyer son visage, je plaçai mes petites mains sur ses oreilles. Comme si je voulais le transformer en île et l'éloigner de tout ce qui avait une voix.
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  • Par nadejda, le 19 janvier 2012

    L’Afrique est le plus sensuel des continents
    ... Les paysannes reprennent leur chemin avec leurs bidons et leurs fardeaux sur la tête. Je ne comprends qu’alors l’élégance dont elle sont capables. Leur pas de gazelle annule le poids qu’elles transportent, leur hanches flottent telle des ballerines évoluant sur une scène sans fin. Elles sont dans un éternel spectacle, précisément parce que jamais personne ne les regarde. Le bidon sur la tête, elles traversent la frontière entre le ciel et la terre. Et je pense : la femme ne transporte pas de l’eau, elle charrie tous les fleuves en son sein. Marcelo a poursuivi cette source à l’intérieur de lui-même.» p 153
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  • Par nadejda, le 19 janvier 2012

    Nous ne vivons pas vraiment durant la majeure partie de notre vie. Nous nous consumons dans une longue léthargie, que, pour nous leurrer et nous réconforter nous-mêmes, nous appelons existence. Pour le reste, nous allons vacillants, éclairés seulement par de brèves intermittences. p 103
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  • Par Lali, le 24 mars 2012

    Ce n’est pas en lui tenant les ailes qu’on aide un oiseau à voler. L’oiseau vole simplement parce qu’on l’a laissé être oiseau.
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