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ISBN : 2738110320
Éditeur : Odile Jacob (17/09/2001)

Note moyenne : 3.48/5 (sur 23 notes)
Résumé :
Comprendre quelle est notre place dans le vivant, comment nous en procédons et comment nous en émergeons : tel est l'enjeu de ce livre qui retrace la généalogie du monde humain, où, contrairement à une certaine idéologie libérale, la notion même d'individu n'a pas de sens, car chacun est d'emblée saisi par une réseau de relations.
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Quatrième de couverture
Vivre, selon Boris Cyrulnik, c'est être fasciné, ensorcelé, possédé par les aut... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (2) Ajouter une critique
Ledraveur
25 septembre 2015
★★★★★
★★★★★
Ce livre d'un peu moins de trois cents pages, bien que d'une lecture aisée car bien écrit, nécessite néanmoins une profonde attention et demande une réflexion certaine.
Il y est question de la conscience humaine dans sa construction. Boris Cyrulnik nous introduit dans les méandres des inter-espaces du perçu et de l'imperçu l'un et l'autre agissant en réciprocité sur nous, à notre insu si nous ne nous mettons pas dans une attitude vigilante de “pleine conscience”.
Il nous engage à renoncer à la métaphore de la coupure entre l'homme et le reste du manifesté, et des fossés séparant les genres, donnant des clés de compréhensions possibles de l'ensemble de l'ordre du Vivant. Il réhabilite une vison d'ensemble où l'Homme a une place à part dans son éminente responsabilité vis-à-vis de la Vie en général.
Le contenu qui est développé le long des chapitres bouscule nombre d'idées toutes faites et convenues, délogeant parfois avec quelque espièglerie, les racines de la bêtise et l'ignorance qui lui est liée.
L'humanisme de l'auteur, l'intelligence ciselée du propos, nous ouvre à notre propre humanité, et ce n'est le moindre des mérites de ce livre !
Achevée la lecture, cet ouvrage nous laisse comme un écho qui se prolonge, un son, une vibration, une toute autre perception de l'Humain dans le Vivant ...
Lien : http://versautrechose.fr/blo..
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TheBabline
10 mars 2012
A RE-lire
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Citations & extraits (75) Voir plus Ajouter une citation
LedraveurLedraveur25 septembre 2015
La religiosité de la mort nécessite, elle, un travail verbal. Il faut se rencontrer et créer un lien de paroles pour exprimer nos mondes intimes et se mettre d'accord en élaborant une théorie de la mort que nous pourrons partager. Le sentiment que la vie du mort se perpétue en nous nécessite un échange de paroles : « Je sens sa présence en moi... je l'entends chaque fois me dire... je sens qu'il me protège... » Les représentations cette fois-ci sont verbales et créent un monde de mots échangeables et partageables. En remplissant un vide, le théâtre de la mort et ses théories luttent contre l'angoisse de la représentation du rien.
Les animaux capables d'éprouver des représentations d'images perçoivent le mort et en sont parfois bouleversés. Les hommes capables de se représenter la mort en font une théâtralité qui est à l'origine des deux ensorcellements fondamentaux de la condition humaine : l'art et la religion.
Le monde de l'imperçu prend forme grâce aux représentations de la mort, manque suprême. Mais percevoir un mort, ce n'est pas se représenter la mort. Les animaux sont désorganisés par le mort. Alors que les hommes s'organisent autour de la mort.
p. 267
L'ontogenèse de la représentation de la mort est très lente chez nos enfants. Quand un nourrisson perçoit une stimulation effrayante, il peut crier ou se rétracter. Mais il lui faut un appareil psychique suffisamment construit pour se représenter l'imperçu parfait, le néant. Quand il parvient à la notion du rien, du vide ou de l'infini, il éprouve un vertige physique que certains nomment « angoisse ». Pour se défendre contre cette angoisse de la mort, il doit remplir la représentation du rien par des images et des mots, des œuvres d'art et un travail religieux.
L'ontogenèse du sentiment de mort a été progressive.
p. 268
Ce qu'il met en scène dans ses fictions, vers six-huit ans, ce n'est plus jouer au mort, ce n'est pas encore lutter contre l'éprouvé de la mort, c'est donner la mort. Or un aigle ne donne pas la mort quand il tue un lapin, pas plus que nous-mêmes quand nous mangeons un fruit ou quand nous broutons une feuille de salade. Et pourtant, on interrompt une vie végétale !
p. 269
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LedraveurLedraveur25 septembre 2015
L'ARTIFICE
L'idée que la technologie mime la nature en nous en éloignant est facilement illustrable par la maîtrise actuelle de l'ovulation. La stéréotypie consiste à dire que la biotechnologie moderne contrôle les naissances en bloquant l'ovulation, et que ce non-respect des lois naturelles provoquera le développement de perversions sexuelles et la flambée des cancers. Un tout petit survol de l'histoire de la fécondité mène à des conclusions différentes. Il y a quelques siècles, l'âge de la puberté était plus élevé, vers quatorze-quinze ans. Souvent les femmes mouraient en couches vers l'âge de trente-six ans, leurs treize grossesses mettaient au monde sept enfants qu'elles allaitaient pendant plusieurs années afin d'en mener trois ou quatre à l'âge adulte. Ce qui mène à la proposition suivante : les règles étaient rares ! Les femmes n'en avaient que pendant cinq années ! Aujourd'hui, où la puberté apparaît plus tôt et que la ménopause est constante chez des femmes qui vivent quatre-vingt-trois ans, elles mettent au monde moins de deux enfants, les allaitent brièvement, et sont réglées pendant une quarantaine d'années ! Ce qui revient à dire que, jusqu'au XXe siècle, la condition naturelle des femmes provoquait un blocage de l'hypothalamus qui ne stimulait plus l'ovulation... comme le reproduit aujourd'hui la pilule. Le contrôle biotechnique de l'ovulation n'est pas si antinaturel qu'on le dit, puisqu'il repose sur l'utilisation d'une « loi naturelle ».
p. 261
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LedraveurLedraveur25 septembre 2015
COMMENT CLORE UN LIVRE
L'invention du monde intermental est sans retour. À peine s'est-on accordé pour faire signe que tous les objets du monde se sont humanisés. Les godasses usées portent l'empreinte de celui qui a vécu dedans. Les silex taillés racontent l'histoire des débuts de l'humanité artificielle. Nos restes, déchets et résidus composent des tas d'ordures qui hurlent que notre vie sociale s'emballe, pendant que des immeubles en acier, nos machines planétaires nous font croire que nous n’appartenons plus à l'animalité.
Depuis que l'homme parle, il humanise son monde et enchante la matière. Mais la baguette magique qui a donné aux femmes le pouvoir des fées s'est souvent transformée en balai qui les a métamorphosées en sorcières. Les couples d'opposés s'associent quand ils s'affrontent, comme aujourd'hui dans nos discours qui racontent en même temps la naturalisation des hommes et l'humanisation des animaux.
Quand « l'animalité hante l'humain », certains s'y soumettent avec délice, ils divinisent les animaux et diabolisent les hommes. Tandis que d'autres combattent la bestialité tapie dans notre corps et dans notre inconscient, ou celle qu'ils attribuent aux autres afin de les éliminer. L'image des êtres vivants s'étire entre la machine et l'ange. Il ne faudrait pas qu'on nous la déchire.
Peut-être l'éthologie inventera-t-elle une nouvelle vision des êtres vivants où l'homme ne cessera de naître, d'abord dans l'animalité, puis dans la parole, enfin dans la technique où il construit son habitat sans cesse à renouveler.
Car l'homme est le seul animal capable d'échapper à la condition animale.
p. 278-279
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LedraveurLedraveur25 septembre 2015
Comment clore un livre

En rédigeant les dernières pages de ce livre, je commence à comprendre pourquoi je l'ai écrit.
C'est toujours comme ça. On fonce, on s'engage dans l'action, on plonge dans la réflexion, mais ce n'est qu'après coup, en se retournant sur le passé, qu'on découvre le sens de ce qu'on a fait.
Dès les premières pages, il y avait un enjeu, mais je ne le savais pas. Une intention secrète gouvernait mes questions, un sentiment, une représentation cachée derrière une argumentation théorique : quelle est la place de l'homme dans le monde vivant ? Son statut sur la planète ? Son droit de vivre, de mourir ou de tuer les autres ?
p. 275
Le drame est survenu quand la parole, en peuplant le monde de l'imperçu, a instillé chez les hommes une impression de coupure entre ceux qui parlaient et ceux qui ne parlaient pas. Leurs ontologies devenaient exclusives. Ceux qui parlaient tombaient du ciel, fin prêts à parler, et ne partageaient rien avec ceux qui ne parlaient pas. Sans paroles, ces derniers se contentaient d'être une espèce de matière à pattes, de câblage d'instincts donnant l'illusion de la vie ou de l'intelligence.
Cette philosophie impressionniste qui fait croire que le monde est l'impression qu'il nous fait est à l'origine des plus grandes tragédies humaines de l'humanité.
p. 276
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LedraveurLedraveur25 septembre 2015
Ceux qui parmi nous ne bénéficient pas de ces progrès techniques, ou démocratiques, vont, comme les enfants de Sa Majesté-des-Mouches, redécouvrir le bénéfice du clan et les horribles merveilles de la guerre. Alors ils diaboliseront la technique qui a brisé les liens et la démocratie qui les a isolés. Une place est libre. Elle attend un « Sauveur ». La technique et la démocratie, en améliorant la personnalisation des hommes, leur a permis d'être moins ensorcelés, ce qui les désespère. Car être ensorcelés, ravis, possédés et charmés constitue un grand moment de bonheur pathologique dans une vie d'homme. Peut-être même les sorciers sont-ils à l'origine de l'invention du symbole ? Car rien ne nous ensorcelle plus que la représentation de la mort.
Le théâtre de la mort
Pour décrire l'apparition de la réflexion humaine, on a beaucoup parlé de la fabrication des outils il y a trois millions d'années, de l'émergence du langage doublement articulé il y a sept cent mille ans, et de la domestication du feu il y a cinq cent mille ans, mais on n'a pas assez réfléchi à la théâtralisation de la mort il y a cent mille ans.
p. 265
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