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ISBN : 2738128629
Éditeur : Odile Jacob (2012)

Note moyenne : 4.11/5 (sur 122 notes)
Résumé :
"Lors de ma première naissance, je n'étais pas là. Mon corps est venu au monde le 26 juillet 1937 à Bordeaux. On me l'a dit. Je suis bien obligé d'y croire puisque je n'en ai aucun souvenir.

Ma seconde naissance, elle, est en pleine mémoire. Une nuit, j'ai été arrêté par des hommes armés qui entouraient mon lit.
Ils venaient me chercher pour me mettre à mort. Mon histoire est née cette nuit là."

C'est cette histoire bouleversante... >Voir plus
Critiques, Analyses & Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
brigittelascombe
brigittelascombe16 décembre 2012
  • Livres 5.00/5
"A partir d'aujourd'hui tu t'appelleras Jean Bordes. Répète!"
Dur, dur, à six ans, alors que la guerre sévit, de se voir soumis à une telle injonction, de devoir changer de nom (nier ses origines russes et juives) alors qu'on s'appelle Boris Cyrulnik, que l'on est orphelin et qu'après l'assistance publique on est quelque peu perdu dans une famille d'accueil inconnue!
Sauve-toi la vie t'appelle, est un courageux récit autobiographique dans lequel Boris Cyrulnik (neuropsychiatre et directeur d'enseignement à Toulon, auteur prolifique de livres de psychiatrie,conférencier mondialement connu) se livre et se délivre d'une partie volontairement tue de sa personnalité.
Sauve-toi la vie t'appelle,est un témoignage, rempli d'espoir, pour les enfants qui ont subi des traumatismes précoces. C'est un essai sur la mémoire qui arrange parfois la réalité à la sauce du déni (ou des faux souvenirs) pour maintenir la cohésion du moi déstructuré. C'est une analyse très fouillée de l'impact de la violence :culpabilité (lorsqu'il se dit c'est peut-être à cause de moi que mes parents sont morts ou que l'on est dit "dangereux" par d'autres),déplacements incessants,rejet,antisémitisme,dénonciation par un soit disant ami,arrestation,évasion,dangers multiples,changements,vulnérabilité...
Alors qu'a-t-il fait pour s'en sortir,lui qui par un trop grand isolement avait des troubles du comportement?
Il a parlé, beaucoup parlé ou "fait le pitre" pour taire l'indicible,il s'est comme dédoublé et gelé intérieurement par manque affectif,il s'est trouvé des repères sûrs pour "échapper au traumatisme",il a lu (entre autres le journal d'Anne Franck où il s'est retrouvé comme dans W ou le souvenir d'enfance de Georges Perec), il a développé une intelligence hors normes (dixit mon tout petit moi admiratif car ce grand monsieur sait rester simple et humble), il a pratiqué la résilience (cf: Résilience. Connaissance de base), il a su s'adapter aux situations, aux êtres, aux choses, en capter le meilleur et avancer...il a écrit pour s'apaiser.
Sauve-toi la vie t'appelle, est un récit poignant. Pas de mélo. Pas de critiques acerbes ou d'amertume. Il constate. Point. Il dissèque pour comprendre et aider les autres à se comprendre et à s'accepter.
Sauve-toi la vie t'appelle, est aussi un vibrant hommage pour ceux qui l'ont aidé ("tuteurs de résilience") à s'en sortir:la jolie infirmière qui l'a caché sous la banquette d'une blessée sanguinolente,la soeur de sa mère qui l'a recueilli après guerre, son ami Emile "le costaud scientifique" qui l'a étayé (et dont il ne veut garder que les bons côtés car c'est ça l'homme du mauvais et du bon à la fois), le professeur qui l'a poussé,conseillé épaulé..
Sauve-toi,la vie t'appelle se lit d'une traite, car ce récit poignant sort des tripes et ne peut que susciter l'admiration!
Partir de rien et grimper une à une les marches est une belle leçon de vie et un regard sur la vie plein d'humanité!
Six étoiles!!
Lu dans le cadre du comité de lecture de la Médiathèque de Bandol je ne peux qu'en conseiller l'achat en espérant que Boris Cyrulnik, qui passe souvent dans les parages, viendra nous le dédicacer.
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ssstella
ssstella04 février 2014
  • Livres 4.00/5
Un récit émouvant où l'auteur témoigne des périples de son enfance pendant la guerre. Comme beaucoup d'autres enfants juifs ballottés par les événements, il sera longtemps caché et vivra des épisodes tragiques.
Le silence qu'il doit faire sur sa judaïcité ne lui fait rien oublier des moments les plus traumatisants... mais beaucoup plus tard, il se rendra compte que pour se protéger de toutes ces peurs et ces douleurs, sa mémoire a transformé beaucoup d'événements.
Il n'y a pas de hasard... Boris Cyrulnik n'a pas à chercher très loin un exemple pour aborder le sujet de la résilience.
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philippe91
philippe9124 octobre 2014
  • Livres 5.00/5
Boris Cyrulnik, neuropsychiatre, nous livre un récit autobiographique sur une période sombre de notre histoire, mais pas seulement. Enfant juif, pendant la deuxième guerre mondiale, séparé de ses parents, il échappera à la déportation.
Aux travers de ses expériences, de son histoire, pendant et après la guerre, il décrit précisément les mécanismes de la mémoire traumatique, le déni, les stratégies de survie déployées, les mécanismes de résilience.
Cet ouvrage poignant, claire, fouillé et précis, m'a particulièrement touché. Il est à la fois bouleversant et empreint d'un message d'espoir puissant pour toutes les victimes de traumatismes.
A lire, a mon sens, avant tout dans objectif pédagogique, afin de comprendre les processus liés aux traumatismes, de se découvrir, entrevoir des clés pour s'accompagner ou accompagner les victimes de traumatismes.
« le malheur n'est jamais pur, pas plus que le bonheur. Un mot permet d'organiser une autre manière de comprendre le mystère de ceux qui s'en sont sortis : la résilience, qui désigne la capacité à réussir, à vivre, à se développer en dépit d'adversité. » Boris Cyrulnik
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SabiSab28
SabiSab2830 novembre 2015
  • Livres 4.00/5
Boris Cyrulnik affronte son passé pour délivrer un message humaniste, scientifique de ses souvenirs tronqués, en analysant ses propres représentations, ses mécanismes de défense (le déni, le silence, les histoires de récré, ...) et en les confrontant à la réalité avec L Histoire, la vraie et non pas celle qu'il s'est inventé pour se préserver.
Qui n'a jamais perçu ce décalage entre un épisode vécu enfant et la vérité apportée par un regard extérieur ? le passé devient cohérent grâce à nos oublis et à nos remaniements affectifs.
Boris Cyrulnik apporte ses savoirs en tant que neuropsychiatre pour expliquer ces phénomènes que lui-même a vécu; ainsi, il confronte sa mémoire narrative à la mémoire historique des faits, en expliquant les différents concepts, que sont le déni, la résilience, ... et en l'agrémentant d'expériences scientifiques réalisées dans le monde pour appuyer ce postulat. La résilience est sa notion phare, il en parle largement à travers ses autres écrits. Il insiste encore dans celui-là en mettant en exerce le rôle primordial de "l'attachement sécure", sans celui-ci le traumatisme s'installe et la résilience devient impossible.
Il appuie là ou ça fait mal (que l'on retrouve dans Au revoir là-haut, de Pierre Lemaître) : cette propension à vénérer ses héros morts mais à délaisser les survivants, les revenants pourrait-on même dire. Il faut savoir écouter pour rompre l'isolement, le silence ou au contraire calmer la logorrhée destructrice.
Ce livre est rempli d'humanisme puisque même s'il s'agit de mémoires, Boris Cyrulnik écrit pour que ces erreurs passées ne se reproduisent plus: ni dans la haine, le racisme, le fascisme, ni dans l'aveuglement, l'isolement de l'autre "différent" par ce qu'il est ou ce qu'il a vécu.
Une note d'espoir dans ce monde de brutes.
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ATOS
ATOS26 août 2014
  • Livres 4.00/5
Ne pas raconter. Ne rien dire puisque que dans l'impossibilité de partager. C'est le danger du silence, toute les souffrances des amnésies. Quelles soient conscientes ou inconscientes. Il faut du temps pour remettre en marche une mémoire. Concilier pour réconcilier, lier les images, les mots, les visages. Réactiver la mémoire. C'est le grand défi des traumas. Il faut en passer par là. «  Es brennt, Es brennt, O briderler, Es brennt » ...Réanimation obligatoire : la seule porte du salut. C'est l'histoire de sa vie, de tous ces silences qu'il a du combattre, les siens et ceux de tous les autres. Il a fait le choix de prendre la parole. A six ans on fuit. On escalade, on grimpe, on marche en équilibre, on trompe la mort. On s'agrippe à ceux que l'on peut. On sait déjà le grave et l'important. On a tout le courage d'un enfant. On ne parle pas. Parce qu'on a compris que sa vie dépendait du silence. Et puis l'enfer finit, on se tait, on est plus un enfant, mais on se tait pour faire comme les autres. Pour ne plus être différent. Mais on se ment. « Ça ne colle pas ». Il faut de tout pour faire un homme. de son passé, de ses maintenant, de ses cauchemars et de ses rêves. « ça ne colle pas », l'histoire «ne tient pas ». Alors pour se sauver, il faudra commencer à ne plus fuir . Dire, écrire, parler, venir, revenir, revoir pour voir. Il ne s'agit pas d'un essai, on y parle pas de sciences, pas de théorie. Juste la vie comme elle fut. Pour replacer correctement une mémoire dans un temps. Pouvoir comprendre tout ce qui fut passé pour se laisser aller au présent.
Astrid Shriqui Garain
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Citations & extraits (74) Voir plus Ajouter une citation
lisettelisette09 février 2013
Quand on se soumet à une représentation, au point de la couper de toute perception réelle, on réalise une abstraction utopique. Quand on rêve d'habiter un non-lieu, une cité idéale où les âmes seraient parfaites, on éprouve un sentiment d'euphorie et de toute puissance béate. Cette idéalisation est différente du refuge dans la rêverie où l'on souffre moins quand on fuit un réel insupportable. .. Au contraire, un utopiste imagine ce serait merveilleux de vivre ensemble dans une cité pure et juste, d'où le mal serait éradiqué. Nos relations seraient angéliques. Nous serions transparents puisque, tous pareils, sans différences, sans étrangers, nous n'aurions rien à cacher, nous penserions comme une seule âme.... En utopie toute manifestation intime est un acte de désolidarisation. Celui qu fait secret est un briseur de rêve, ou même un criminel car il cache certainement une transgression. Il n'est pas des nôtres, il nous détruit. A mort l'étranger, le Nègre, le Juif, le fou, le sidaîque, l'autre, le différent qui ne pense pas comme nous. Puisque nous pensions le Bien, la société parfaite, l'égalité des âmes et la pureté, les autres différents nous souillent et détruisent notre utopie en ne récitant pas nos prières et nos slogans. Ainsi fonctionnent les sociétés totalitaires où toute tentative d'aventure personnelle, comme l'art ou la psychologie est considérée comme un blasphème envers Celui qui a conçu la Cité iidéale.
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ssstellassstella04 février 2014
... Avez-vous pardonné ?

Ni haine ni pardon.

Personne n'a demandé mon pardon, sauf peut-être les jeunes Allemands qui se sentent encore coupables des crimes de leurs grands-parents. Pourquoi me demandent-ils pardon ? Quand un homme viole une femme, on ne met pas son fils en prison.
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zazimuthzazimuth08 janvier 2013
On est mal à l'aise quand on doit choisir entre le bonheur dans la servitude qui nous sécurise et le plaisir du cheminement personnel qui nous isole.  (p.213)
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patatarte2001patatarte200115 avril 2015
La vie est folle, n'est-ce pas ? C'est pour ça qu'elle est passionnante. Imaginez que nous soyons équilibrés dans une existence paisible, il n' y aurait ni événement, ni crise, ni trauma à surmonter, de la routine uniquement, rien à mettre en mémoire : nous ne serions même pas capables de découvrir qui nous sommes. Pas d'événements donc pas d'histoire, pas d'identité. Nous ne pourrions pas dire : " Voilà ce qui m'est arrivé, je sais qui je suis puisque je sais ce dont je suis capable face à l'adversité." Les êtres humains sont passionnants parce que leur existence est folle.
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lisettelisette09 février 2013
En 1933 la majorité des Allemands avait voté contre le nazisme. Puis la routine des slogans avait amené ce grand peuple, cette belle culture germanique, à se soumettre à une idéologie stupide :la Poursuite machinale de la vie quotidienne fait obstacle à toute réaction vitale contre la monstruosité. ... Tous les fonctionnaires des régimes totalitaires acceptent de participer au régime, mais régulièrement ils s'offrent un petit désaccord. Presque tous les hauts fonctionnaires de Vichy se mettent à rendre des services à la Résistance. Ils ont un peu contesté l'ordre d'arrêter les enfants, ils ont demandé à leur supérieur hiérarchique de mettre de la paille dans les wagons à bestiaux qui devaient convoyer les prisonniers jusqu'à Drancy puis à Auschwitz, ils ont protesté auprès de leur chef pour qu'on distribue quelques couvertures et quelques cartons de lait concentré aux mille sept cents personnes qui allient mourir. Un tel comportant est habituel quand les rapports hiérarchiques exigent de se soumettre à des ordres criminels. On obéit puisqu'on est fonctionnaire mais on ajoute un zeste de révolte pour préserver son estime de soi. Une telle adaptation permet de garder son poste et d'exécuter les ordres criminels sans éprouver de culpabilité.
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Boris Cyrulnik "Le doute est le premier pas vers la liberté"
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