ISBN : 288250246X
Éditeur : Noir sur blanc (2011)


Note moyenne : 4.25/5 (sur 12 notes) Ajouter à mes livres
Après la déportation par les Russes de quatre mille of ciers polonais dans le camp de Starobielsk, d’octobre 1939 jusqu’au printemps 1940, quatre cents d’entre eux furent déplacés à Griaziowietz : ils furent les seuls à échapper au massacre de Katyn. Afin de surmonter l... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par keisha, le 30 janvier 2011

    keisha
    Pour faire court, disons que Joseph Czapski est un artiste polonais, qui a vécu à Paris dans les années 20-30; en 1940 il était officier dans l'armée polonaise, échappa de peu au massacre de Katyn, mais fut interné dans un camp (russe) de prisonniers à Griazowietz. "Nous y avons essayé de reprendre un certain travail intellectuel qui devait nous aider à surmonter notre abattement, notre angoisse, et défendre nos cerveaux de la rouille de l'inactivité. Quelques-uns de nous se mirent à faire des conférences militaires, historiques et littéraires." Czapski choisit de parler de peinture polonaise et française, ainsi que de littérature française.

    Les conférences sur Proust, prononcés en 1940-41, ont été dactylographiées en français en 1943 ou 1944, à partir de cahiers, dont certaines pages sont reproduites dans le récit. Evidemment l'auteur parle de Proust d'après ses souvenirs puisqu'il n'avait aucun livre à sa disposition. Il lui arrive cependant de citer le texte de tellement près qu'il est sûr qu'il a fait plus que lire Proust, il se l'est "assimilé"...

    Premier intérêt du livre, cet incroyable décalage entre ces prisonniers en baraquements, dans un environnement glacial, et Proust dans sa vie plutôt ouatée, entre la survie en temps de guerre et ce temps (perdu?) à s'intéresser à l'oeuvre de Proust. Il est notable aussi que ces écrits extraits uniquement de souvenirs portent sur un immense roman issu de souvenirs volatils tels une madeleine, des dalles inégales sous les pieds... Savoir ce qu'en de semblables circonstances nous aurions fait?

    Deuxième intérêt du livre, bien évidemment, une brillante étude sur Proust, "sa vie, son oeuvre", comme on dit... A faire craquer tout irréductible anti-Proust. C'est clair, complet, l'essentiel y est, ce pourrait être une excellente introduction à la lecture de Proust... sans peur et sans complexes.
    Je n'ai pas envie de résumer, je voudrais juste citer un intéressant pasage (parmi de fort nombreux) sur la traduction de Proust:

    "Quand il s'agit de la Pologne, la phrase énorme de Proust est inacceptable. N'en ayant pas les moyens, la langue polonaise exigerait des "ktory, ktora" ("que" en polonais) sans fin. Mais Boy, dans sa traduction, alla plus loin encore. Il fit paraître ces volumes dans une impression bien plus lisible, avec les alineas, avec des dialogues pas en fouillis dans le texte mais menés de ligne en ligne. le nombre de volumes dans sa traduction est double. (...) le résultat immédiat fut que Proust se lisait si facilement dès sa parution en polonais qu'on aimait à raconter une blague à Varsovie, qu'il faudrait retraduire Proust en français d'après la traduction polonaise, et que c'est alors seulement qu'il deviendrait un écrivain enfin populaire en France." [je me demande d'ailleurs s'il n'existe pas une traduction de Montaigne du japonais, paraît-il plus aisée à lire?]

    Et encore:

    "Proust affirme que la parenté de sa phrase avec celle de la phrase allemande n'est ni hasard ni maladresse, mais c'est que la phrase allemande d'aujourd'hui rappelle le plus la langue latine. Ce n'est pas à la langue allemande mais à la langue français du 16ème siècle, encore bien plus intimement liée avec le latin à laquelle son style se rattache."

    Troisième intérêt du livre : Sera--t'il le coup de pouce nécessaire pour me plonger dans La Prisonnière (oui, j'en suis arrivée là, depuis des années d'arrêt; j'ai démarré Du côté de chez Swann en 2003, je me donne une décennie, rien n'est perdu encore). Qui se lance?


    Lien : http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-proust-contre-la..
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  • Par pragmatisme, le 14 août 2011

    pragmatisme
    il s'agit du texte des conférences sur Marcel Proust, données par le peintre Josepk Czapski en 1940-1941 pour ses codétenus du camp soviétique de Crazovietz. Il sont entassés là, dans un ancien couvent , 79 prisonniers déportés comme lui de Starobielzk. Ils tentent de reprendre un certain travail intellectuel pour "surmonter leur abattement" et ils évoquent ensemble, à l'occasion de conférences autorisées mais contrôlées par les autorités, l'histoire du livre, de l'Angleterre, des migrations des peuples, de l'architecture, l'alpinisme, la peinture française et polonaise, la littérature française.

    En l'absence de livres et de documents, l'auteur évoque des souvenirs sur l'oeuvre de Proust qu'il a découvert en 1924 et 1925 et dont il a lu l'oeuvre entière, créee entre 1904 et 1923. Josepk Czapski est alors malade du typhus et passe sa convalescence à Londres. Il restitue dans ce livre les mouvements artistiques et littéraires en France, le mouvement anti-naturaliste, l'impressionisme, le goût pour les primitifs italiens, le wagnérisme, la révélation de Debussy, l'apogée de Sarah Bernardt, les ballets russes de Diaghilev, le naturalisme de Degas et bientôt en 1907, le cubisme.

    Il resitue l'oeuvre de Proust qui, dans ce mouvement, parait déroutant et il fait apparaître la transposition de la vie de Proust dans son oeuvre. Josepk Czapski choisit des scènes fixées dans sa mémoire. Proust cultivait la bonne forme dans le moindre détail, l'auteur parle même de "naturalisme par microscope", et avait une connaissance interne du monde aristocratique et du snobisme dans toutes ses formes. Il montre combien la sensibilité décalée de Proust, son admirable lucidité et sa minutiosité a apporté au développement d'un monde d'idées. Il lie Proust avec les idées de Pascal, bafouant tous les sens. L'oeuvre de Proust contient des milliers de pages vouées au contraire à leur étude, lui qui ne désire que jouir dans la vie des joies de l'amour et dont l'oeuvre est dépourvue de toute recherche d'absolu. Il dépeint les derniers jours de la vie de Proust à travers le personnage de Bergotte dans Albertine et Albertine disparue.

    Je n'ai pas encore lu Proust et j'ai trouvé que ce livre était une bonne entrée en matière. le texte est court, des pages du manuscrit des conférences y figurent. Les souvenirs de l'auteur sont précis, le texte de ces conférences est riche et founi malgré les conditions dans lesquelles elles ont été données. Ce contexte participe à l'émotion que l'on ressent à la lecture du texte et de son introduction par l'auteur qui remercie ses amis en ces termes : "C'est à eux que j'ai dicté cet essai dans notre froide et puante salle à manger du camp de Griazowietz. La joie de participer à un effort intellectuel qui nous donnait une preuve que nous sommes encore capables de penser et de réagir à des choses de l'esprit n'ayant rien de commun avec notre réalité d'alors, nous colorait en rose ces heures passées dans la grande salle à manger de l'ex-couvent, cette étrange école buissonnière où nous revivions un monde qui nous semblait alors perdu pour nous pour toujours."

    Lien : http://pragmatisme.over-blog.fr/article-proust-contre-la-decheance-j..
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    • Livres 3.00/5
    Par Lene, le 17 mars 2011

    Lene
    J'ai choisi ce livre par curiosité à l'origine : je ne connaissais pas Proust (je veux dire par là que je n'ai jamais lu Proust) et le titre m'a intrigué. J'ai été impressionnée de tant de connaissances sur Proust simplement "de tête". L'auteur explique et analyse des parties de l'œuvre de Proust en mettant en relation les événements des romans de ce dernier et la vie personnelle de Proust.
    Cet essai nous donne envie de pousser plus loin les choses dans le sens ou il m'a donné l'envie de découvrir les œuvres de Proust et je pense ne pas le lire de la même façon que si je n'avais pas lu "Proust contre la déchéance".
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    • Livres 4.00/5
    Par liratouva2, le 02 avril 2011

    liratouva2
    Au rythme d'un volume par été, j'ai lu «À la recherche du temps perdu » au moins une fois en entier et plus souvent les deux premiers livres mais je serais bien incapable de présenter cette œuvre devant un auditoire fût-il favorable et attentif d'emblée comme l'étaient les officiers polonais prisonniers à Griazowietz, en URSS, pendant l'hiver 1940-41, qui se réunissaient le soir pour écouter les conférences que certains d'entre eux improvisaient sur leurs sujets préférés, dans un froid réfectoire d'un couvent désaffecté qui nous servait de salle à manger.
    Le peintre Joseph Czapski, lui, a choisi Proust pour lutter contre sa propre déchéance due à l'internement et aux conditions inhumaines des prisonniers en temps de guerre. L'esprit l'emporte ainsi sur le corps en loques et la barbarie guerrière. La culture partagée sert la dignité humaine.
    Ce petit livre, l'auteur l'a tiré de ses conférences d'alors. On peut dire qu'il l'a écrit sans notes et sans livre de références, avec sa seule mémoire et sa sensibilité de lecteur attentif et le résultat est admirable. Il nous restitue une œuvre enthousiasmante, riche, complexe, simple et vécue à la fois! Il enrichit son analyse des ses impressions et de ses connaissances des écrivains célèbres et de leurs influences sur Proust au moment de la création. Il fait revivre Balzac, Tolstoï, Conrad, Anatole France, Barrès et bien d'autres. Il démonte l'oeuvre non pas totalement volume par volume car il avoue confondre les derniers mais il l'interprète et la commente de façon très vivante.
    Deux passages m'ont particulièrement frappée : celui sur la mort de la grand-mère au début où il découvre cette cruelle vérité : « Quand on aime quelqu'un, on n'aime personne » et celui sur Bergotte,à la fin de la lecture quand toutes les vanités du monde ont été dénoncées.
    Une très belle étude.

    Lien : http://liratouva2.blogspot.com/2011/04/proust-contre-la-decheance-co..
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    • Livres 3.00/5
    Par LN, le 06 avril 2011

    LN
    Le projet lui-même est admirable : rendre leur dignité à des hommes privés de tout :
    « Nous y avons essayé de reprendre un certain travail intellectuel qui devait nous aider à surmonter notre abattement, notre angoisse, et défendre nos cerveaux de la rouille de l'inactivité. » (p. 7)
    « La joie de pouvoir participer à un effort intellectuel qui nous donnait une preuve que nous sommes encore capables de penser et de réagir à des choses de l'esprit n'ayant rien de commun avec notre réalité d'alors, nous colorait en rose ces heures passées dans la grande salle à manger de l'ex-couvent, cette étrange école buissonnière où nous revivions un monde qui nous semblait alors perdu pour nous pour toujours. » (p. 9)
    - L'auteur est un amoureux de Proust et il nous communique son enthousiasme avec délectation, nous immergeant dans l'œuvre dans sa globalité et nous l'éclairant intelligemment.
    « Nous y rencontrons un manque tellement absolu de parti pris, une volonté de savoir et de comprendre les états d'âme les plus opposés les uns des autres, une capacité de découvrir dans l'homme le plus bas les gestes nobles à la limite du sublime, et des réflexes bas chez les âtres les plus purs, que son œuvre agit sur nous comme la vie filtrée et illuminée par une conscience dont la justesse est infiniment plus grande que la nôtre. » (p. 56)
    Il relie les évènements intrinsèques à la vie privée de Proust et l'oeuvre elle-même, créant ainsi des passerelles entre l'auteur et l'oeuvre.
    - Les illustrations reproduisant les notes de Joseph Czapski permettent d'aérer le texte tout en l'enrichissant.
    - Un essai qui nous donne bien évidemment envie de nous plonger –ou replonger dans La Recherche.. .


    Lien : http://lecturissime.over-blog.com/article-proust-contre-la-decheance..
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Critiques presse (1)


  • NonFiction , le 13 septembre 2011
    Une conférence sur Proust dans un camp soviétique, un témoignage poignant sur la force de la mémoire littéraire.
    Lire la critique sur le site : NonFiction

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Citations et extraits

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  • Par mangeclous, le 29 mai 2011

    Il est impossible de parler de Proust profondément en le détachant des courants philosophiques qui lui étaient contemporains, en taisant la philosophie de Bergson, son contemporain, qui avait joué un grand rôle dans son développement intellectuel. Proust fréquentait les cours de Bergson, qui jouissaient entre les années 1890-1900 d’une énorme vogue et, à ce dont je me souviens, Proust connaissait Proust personnellement. Le titre même de l’oeuvre de Proust nous indique qu’il était hanté par le problème du temps. C’est le temps qu’étudiait Bergson du point de vue philosophique. J’ai lu maintes études concernant le problème du temps dans l’oeuvre de Proust. A franchement parler, je ne me souviens que de l’insistante affirmation à quel point dans ce domaine là justement l’oeuvre était capitale. Et encore la thèse principale de la philosophie de Bergson doit être rappelée ici. Bergson affirmait que la vie est continue et notre perception est discontinue. Notre intelligence, par suite, ne peut se former une idée de la vie qui lui soit adéquate. Ce n’est pas l’intelligence, mais l’intuition qui est plus adéquate à la vie (l’intuition chez les hommes correspond à l’instinct chez les animaux). Proust essaie de vaincre la discontinuité de la perception par la mémoire involontaire, par l’intuition de créer une forme nouvelle et une vision nouvelle qui nous donnent l’impression de la continuité de la vie. Nous appelons aujourd’hui tous les romans immenses, plus ou moins influencés par la forme de Proust, des romans-fleuves. Mais aucun de ces romans ne répond à cette dénomination à ce point qu’ A la Recherche du Temps perdu. J’essaierai de l’expliquer par comparaison. Ce n’est pas ce qu’entraîne le fleuve avec soi : des bûches, un cadavre, des perles, qui représentent le côté spécifique du fleuve, mais le courant même, continu et sans arrêt.
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  • Par Aifelle, le 26 février 2011

    "Nous étions quatre mille officiers polonais entassés sur dix-quinze hectares à Starobielsk, près de Karkhov, depuis octobre 1939, jusqu'au printemps 1940. Nous y avons essayé de reprendre un certain travail intellectuel qui devait nous aider à surmonter notre abattement, notre angoisse, et défendre nos cerveaux de la rouille de l'inactivité. Quelques uns de nous se mirent à faire des conférences militaires, historiques et littéraires. Ce fut jugé contre-révolutionnaire par nos maîtres d'alors et quelques uns des conférenciers furent immédiatement déportés dans une direction inconnue. Ces conférences ne furent quand même pas interrompues mais soigneusement conspirées".

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  • Par liratouva2, le 02 avril 2011

    Ce n’est pas au nom de Dieu, ce n’est pas au nom de la religion que le héros de «A la recherche» quitte tout, mais il est frappé d’une révélation foudroyante. Les deux derniers volumes sont aussi un hymne de triomphe de l’homme qui a vendu tous ses biens pour acheter une seule perle précieuse et qui a mesuré tout l’éphémère, tous les déchirements et toute la vanité des joies du monde, de la jeunesse, de la célébrité, de l’érotisme, en comparaison avec la joie du créateur, de cet être qui, en construisant chaque phrase, en maniant et en remaniant chaque page, est à la recherche de l’absolu qu’il n’atteint jamais entièrement et qui d’ailleurs est impossible à atteindre.
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  • Par ivredelivres, le 01 avril 2011

    Je vois encore mes camarades entassés sous les portraits de Marx, Engels et Lénine, harassés après un travail dans un froid qui descendait jusqu’à quarante-cinq degrés sous zéro, qui écoutaient nos conférences sur des thèmes tellement éloignés de notre réalité d’alors. Je pensais alors avec émotion à Proust, dans sa chambre surchauffée aux murs de liège, qui serait bien étonné et touché peut-être de savoir que vingt ans après sa mort des prisonniers polonais, après une journée passée dans la neige et le froid, écoutaient avec un intérêt intense l’histoire de la duchesse de Guermantes, la mort de Bergotte et tout ce dont je pouvais me souvenir de ce monde de découvertes psychologiques précieuses et de beauté littéraire
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  • Par LN, le 06 avril 2011

    « La joie de pouvoir participer à un effort intellectuel qui nous donnait une preuve que nous sommes encore capables de penser et de réagir à des choses de l’esprit n’ayant rien de commun avec notre réalité d’alors, nous colorait en rose ces heures passées dans la grande salle à manger de l’ex-couvent, cette étrange école buissonnière où nous revivions un monde qui nous semblait alors perdu pour nous pour toujours. » (p. 9)

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