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ISBN : 2070408833
Éditeur : Gallimard (2000)

Note moyenne : 3.49/5 (sur 476 notes)
Résumé :
1931, l'Exposition coloniale. Quelques jours avant l'inauguration officielle, empoisonnés ou victimes d'une nourriture inadaptée, tous les crocodiles du marigot meurent d'un coup. Une solution est négociée par les organisateurs afin de remédier à la catastrophe. Le cirque Höffner de Francfort-sur-le-Main, qui souhaite renouveler l'intérêt du public, veut bien prêter les siens, mais en échange d'autant de Canaques. Qu'à cela ne tienne ! Les "cannibales" seront expédi... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (79) Voir plus Ajouter une critique
Coriolis
10 avril 2015
  • 4/ 5
Sous les toits de Paris 
Tu vois ma p'tit' Nini 
On peut vivre heureux et bien uni...
Les toits de Paris admirablement immortalisés par René Clair n'attirent plus les regards en ce 1er mai 1931. Même la tradition des vendeurs de muguet haranguant la foule est un peu oubliée. le parfum des fragiles brins n'étourdit plus les têtes. Paris vibre pour un autre événement en pleine préparation qui s'annonce grandiose. Demain, l'Exposition coloniale doit être inaugurée par Gaston Doumergue, actuel président de la République. Il faut marquer le coup. On a donc spécialement recréé l'ambiance des colonies en ayant cure d'utiliser des clichés ô combien éculés. La jungle urbaine se nimbe d'exotisme. Éléphants, lions, crocodiles sont présents. Il ne manque que quelques cannibales pour compléter le tableau... On a donc pris quelques Kanaks et on leur a habilement fait croire qu'ils étaient les invités d'honneur de cette manifestation exceptionnelle afin d'y représenter l'Océanie. On les a ensuite déshabillés, déguisés, dépossédés de leur culture pour les transformer en redoutables anthropophages. On leur a même appris à avoir l'air agressif pour leur donner un semblant d'authenticité. Quel souci du détail ! Tout est fin prêt. L'ensemble des crocodiles, peu acclimaté à l'air parisien, vient toutefois de rendre l'âme. Il faut improviser, faire preuve d'inventivité. On s'en fait prêter quelques-uns par le cirque Höffner se trouvant en Allemagne. En échange des impressionnants reptiles, on propose au cirque de leur céder quelques kanaks. Il faut bien les dédommager...Et puis, un kanak de plus ou de moins...
Gocéné, Minoé sa promise et Badimoin, tous trois kanaks, firent partie de cette pathétique farce. le sort fera que Minoé sera envoyée en Allemagne. Les kanaks ont des valeurs. le sens de l'unité est sacré pour eux. S'ils ont bien voulu un temps se prêter à cette gigantesque mascarade, ils ne se laisseront pas abuser sans agir. On savait la bêtise humaine et la cruauté infinies. Voilà un court roman qui témoigne de l'ignominie de l'homme et de son intolérance face à la différence.
Inspirée d'un fait réel, cette oeuvre, teintée d'amertume, nous amène à nous interroger sur notre attitude face à l'inconnu. L'envie de découvrir les us et coutumes de peuples auxquels nous n'appartenons pas nous donne-t-elle tous les droits ? Est-il nécessaire de contraindre des personnes à se grimer, à se convertir en « monstres de foire » pour assouvir notre curiosité ?
Un ouvrage grinçant qui devrait être mis entre bon nombre de mains. Un bouquin de chevet idéal pour les amateurs de safaris photos exaspérants, les touristes irrespectueux et autres nostalgiques du colonialisme.
Sous les toits de Paris 
Tu vois ma p'tit' Nini 
On sépare famille et amis...
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Sando
19 février 2014
  • 4/ 5
Paris est en pleine effervescence. On est en 1931 et l'Exposition Coloniale s'apprête à ouvrir ses portes. Les représentants de chaque colonie sont venus en groupes du monde entier. Mais loin de vouloir mettre en valeur leur culture, leur singularité et leur richesse, on leur demande de se comporter en sauvages. Parquée dans un enclos, entre les lions et les crocodiles, une tribu de Kanak (c'est à dire les habitants de Nouvelle-Calédonie) va ainsi subir les mauvais traitements des français et va devoir jouer le rôle d'anthropophages primaires, ne communicant que par les grognements et par la danse ! Et, comme si cela ne suffisait pas, une partie de la tribu va être envoyée dans un cirque en Allemagne en échange du même nombre de crocodiles afin de remplacer ceux morts de manière inexpliquée dans l'enclos d'à côté… Pour Badimoin et Gocéné, chargés de protéger leur clan, s'en est trop et tous deux décident de se lancer à la recherche des disparus sans se douter de l'hostilité qui les attend dans la capitale…

Avec « Cannibale », Didier Daeninckx pointe du doigt un épisode particulièrement honteux de notre histoire dont, pour ma part, j'ignorais tout. le récit, raconté par Gocéné des années plus tard, nous plonge dans le Paris des années 30 vu par les yeux d'un étranger qui ne comprend pas le monde qui l'entoure mais qui le ressent et se heurte à ses dangers, ses préjugés et son hypocrisie. C'est le récit sincère, juste et néanmoins sans rancune, d'un homme qu'on a avili, humilié et traité comme un animal dans le simple but de divertir un public en mal d'exotisme… Un texte court, facile à lire et cependant d'une grande richesse, qui donne à réfléchir et bouleverse par sa brutalité et l'injustice à laquelle il renvoie. Je comprends mieux pourquoi il est si souvent prescrit au collège !
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Jackiedream
03 juin 2013
  • 3/ 5
Gocéné est un kanak, c'est à dire un autochtone de Nouvelle Calédonie. Sur la route de son village, accompagné de son ami Caroz, il est bloqué par deux jeunes rebelles kanaks. Ceux ci rejettent Caroz, car celui-ci est blanc. Gocéné va alors se replonger dans sa jeunesse pour leur raconter ses aventures et peut être leur faire changer d'avis...
Gocéné a été envoyé avec ses camarades à Paris, au moment de l'exposition coloniale de 1931. Une fois arrivé là bas, les belles promesses des dirigeants se sont envolés. Assimilés à des "cannibales", les kanaks sont parqués comme des bêtes, obligés de danser nus, de grogner, de se battre...pour distraire les visiteurs. Aucune de leurs traditions n'est respectée, ils sont maltraités, mangent mal...De plus, un jour tout un groupe de kanaks est envoyé à Francfort, dans un cirque qui en échange envoie des crocodiles à Paris. Dans ce groupe, il y a Minoé, la "promise" de Gocéné. Ayant promis à son père de veiller sur elle à tout prix, il essaie de retrouver sa trace, accompagné de son fidèle ami Badimoin.
J'ai aimé ce livre car les personnages sont attachants et courageux, plongés dans un monde qui leur est inconnu. J'ai apprécié le fait que l'action soit mise au service de l'engagement de l'auteur; En effet celui-ci rend hommage à ce peuple humilié et maltraité. Il ne veut pas que ce qui leur est arrivé tombe dans l'oubli. Il dénonce cette exposition qui n'était qu'une façade pour masquer l'horreur dans les colonies. le fait que le récit de Gocéné s'inscrive dans un autre récit, moderne est très intéressant. La lecture est très facile, le style agréable et bon. Par ce récit, l'auteur exprime son opinion plus clairement qu'avec un long discours. Il met constamment en parallèle deux mondes opposés qui vont se rencontrer à cause de la colonisation. Ce livre nous replonge dans L Histoire avec un grand H de façon agréable grâce à l'histoire imaginée par l'auteur. Les péripéties des deux personnages dans le Paris de l'époque m'ont plu de même que la fin du roman, très inventive...
Après, il est vrai que ce n'est pas forcément le genre de livre qui me transcende mais c'est un roman très intéressant. C'est bien que certains écrivains laissent une trace de ce qui c'est passé...Comme le dit si bien l'auteur, le respect ne se voit pas à la naissance, ni grâce à notre couleur de peau, mais par nos actes et nos choix...Ce roman est donc un appel à la tolérance, court mais efficaces qui nous rappelle les mentalités de l'époque.
Grâce à ce livre, j'ai pu me dire : tant de chemin parcouru, et pourtant tant de choses restent à faire !
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rabanne
09 août 2016
  • 4/ 5
Un livre à mettre entre les mains de nos jeunes, mais qui touche toutes les générations par sa portée universelle. Parce que l'ostracisme n'a pas disparu, le racisme ordinaire encore moins, à renforts d'amalgames et de digressions infâmantes, d'ignorance et de bêtise teintée de peur et de "méchanceté". Notre part de sombre.
Un récit prégnant et poignant qui narre l'évasion d'un Kanak de l'enclos où il a été parqué, et exhibé comme un "sauvage"...
Une belle leçon de témérité et de solidarité, un beau message d'espoir et de transmission intergénérationnelle. Pour ne pas oublier, ne pas recommencer, ne pas se taire, ne pas avoir peur... de l'Autre (!).
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sabine59
30 mai 2016
  • 4/ 5
Ce livre, qui est inspiré d'une histoire vraie, fait frémir, fait bondir !
Gocéné, le vieux kanak, a vécu beaucoup de choses.Mais il y en a une, entre toutes, dont il se souvient.C'était à Paris, la veille de l'Exposition Coloniale de 1931.Les crocodiles d'un cirque allemand étant tous morts avant l'inauguration,idée géniale de Blancs: pourquoi ne pas les remplacer par ces " cannibales", arrivés de Nouvelle-Calédonie ?
Oui, des hommes en cage, parqués comme des chimpanzés ! Un zoo, c'est révoltant, tout autant d'ailleurs pour des humains que pour des animaux. Gocéné témoigne: " Nous n'avions pas le droit de parler entre nous, seulement de grogner comme des bêtes, pour provoquer le rire des gens,derrière les grilles".
En compagnie de Badimoin, Gocéné va se plaindre auprès de l'administrateur hypocrite, qui fait mine de ne pas être au courant de cette histoire.Badimoin est ensuite abattu.Un Blanc, Francis Caroz, prend la défense des Kanaks, " un ouvrier sans histoires, un homme qui ne supportait pas qu'on tue des innocents, qu'ils soient blancs ou noirs."Il sera jugé, avec Gonécé, qu'il ira rejoindre par la suite en Nouvelle-Calédonie.
Il faut remercier l'auteur d'avoir exposé au grand jour la noirceur dont est capable l'être humain, à travers ce drame de la ségrégation raciale et de la colonisation .Il permet de faire entendre la voix des kanaks, qui ne se transmettait jusque là que par l'oralité.Une fois encore, Didier Daeninckx frappe là où ça fait mal.Et interroge notre mémoire collective.
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Citations & extraits (42) Voir plus Ajouter une citation
Pavi33Pavi3301 août 2013
— Ah, c’est enfin vous, Grimaut ! Cela fait bien deux heures que je vous ai fait demander... Que se passe-t-il avec les crocodiles ? J’ai fait le tour du parc ce matin, avant de venir au bureau, je n’en ai pas vu un seul dans le marigot...
Grimaut commence à transpirer. Il baisse les yeux.
— On a eu un gros problème dans la nuit, monsieur le haut-commissaire... Personne ne comprend ce qui a bien pu se passer...
— Cessez donc de parler par énigme ! Où sont nos crocodiles ?
— Ils sont tous morts d’un coup... On pense que leur nourriture n’était pas adaptée... Á moins qu’on ait voulu les empoisonner...
L’administrateur reste un instant sans voix, puis il se met à hurler.
Grimaut déglutit douloureusement.
— Morts ! Tous morts ! C’est une plaisanterie... Qu’est-ce qu’on leur a donné à manger ? De la choucroute, du cassoulet ? Vous vous rendez compte de la situation, Grimaut ? Il nous a fallu trois mois pour les faire venir des Caraïbes... Trois mois ! Qu’est-ce que je vais raconter au président et au maréchal, demain, devant le marigot désert ? Qu’on cultive des nénuphars ? Ils vont les chercher, leurs crocodiles, et il faudra bien trouver une solution... J’espère que vous avez commencé à y réfléchir...
L’adjoint a sorti un mouchoir de sa poche. Il se tamponne le front.
— Tout devrait rentrer dans l’ordre au cours des prochaines heures, monsieur le haut-commissaire... J’aurai une centaine de bêtes en remplacement, pour la cérémonie d’ouverture. Des crocodiles, des caïmans, des alligators... Ils arrivent à la gare de l’Est, par le train de nuit...
— Gare de l’Est ! Et ils viennent d’où ?
Grimaut esquisse un sourire.
— D’Allemagne...
— Des sauriens teutons ! On aura tout vu... Et vous les avez attrapés comment vos crocodiles, Grimaut, si ça n’est pas indiscret ?
L’adjoint se balance d’un pied sur l’autre.
— Au téléphone, tout simplement. Ils viennent de la ménagerie du cirque Höffner, de Francfort-sur-le-Main. C’était leur attraction principale, depuis deux ans, mais les gens se sont lassés. Ils cherchaient à les remplacer pour renouveler l’intérêt du public, et ma proposition ne pouvait pas mieux tomber...
Albert Pontevigne fronce les sourcils.
— Une proposition ? J’ai bien entendu... J’espère que vous ne vous êtes pas trop engagé, Grimaut.
— Je ne pense pas... En échange, je leur ai promis de leur prêter une trentaine de Canaques. Ils nous les rendront en septembre, à la fin de leur tournée.
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LydiaBLydiaB19 décembre 2011
- Tu vas te taire, à la fin ! Si tu n'essaies pas de t'échapper, si tu ne hurles pas, on ne te fera pas de mal... on veut seulement parler avec toi. Tu vas venir avec nous sans faire d'histoires...
Il a marmonné contre ma main, en roulant des yeux et en relevant ses sourcils. Badimoin a assuré sa prise puis il l'a obligé à escalader le monticule. Nous nous sommes arrêtés à l'autre extrémité du relief qui formait une sorte de terrasse naturelle au-dessus du marigot. On entendait distinctement les clapotements, les respirations inquiétantes, les claquements de mâchoires des sauriens affamés. J'ai fait glisser ma main, libérant ses lèvres.
- Qu'est-ce que vous me voulez tous les deux ? Vous vous croyez dans votre jungle !
Badimoin, qui lui interdisait tout mouvement s'est penché à son oreille.
- Si ça n'avait tenu qu'à nous, on y serait restés...
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mgeffroymgeffroy07 mars 2008
Nous avons longé la Seine, en camion, et on nous a parqués derrière des grilles, dans un village kanak reconstitué au milieu du zoo de Vincennes, entre la fosse aux lions et le marigot des crocodiles. Leurs cris, leurs bruits nous terrifiaient. [...] Au cours des jours qui ont suivi, des hommes sont venus nous dresser, comme si nous étions des animaux sauvages. Il fallait faire du feu dans des huttes mal conçues dont le toit laissait passer l'eau qui ne cessait de tomber. Nous devions creuser d'énormes troncs d'arbres, plus durs que la pierre, pour construire des pirogues tandis que les femmes étaient obligés de danser le pilou-pilou à heures fixes. [...] J'étais l'un des seuls à savoir déchiffrer quelques mots que le pasteur m'avait appris, mais je ne comprenais pas la signification du deuxième mot écrit sur la pancarte fichée au milieu de la pelouse, devant notre enclos : Hommes anthropophages de Nouvelle-Calédonie.
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JallJall17 avril 2016
Moi, je suis sénagalais. Je suis né en Casamance. Presque tous les jeunes de mon village sont morts à Verdun. A cause des gaz... Les soldats blancs ne voulaient plus monter à l'assaut, et c'est à nous, les tirailleurs des troupes coloniales, que le général a demandé de sauver la France. On s'est dégagés de la boue des tranchées, au petit matin, sans masques, poussés par la police militaire et les gendarmes qui étaient protégés, eux, et qui abattaient les frères qui essayaient de fuir le nuage de mort...
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annieannie14 avril 2009
- "Tous les enfants de la tribu m'entourent et me demandent comment c'était la France, Paris. Je leur invente un conte, je leur dis que c'est le pays de merveilles. Mais très tard, je raconte pour les Anciens. Je leur explique qu'on nous obligeait à danser nus, hommes et femmes; que nous avions pas le droit de parler entre nous, seulement de grogner comme des bêtes, pour provoquer les rires des gens, derrière la grille; qu'on insultait le nom légué par nos ancêtres." (p. 47)
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Didier Daeninckx : "La nécessaire minute 30" - Entrée libre
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Cannibale

Dans quel lieu Gocéné et ses compagnons sont-ils emmenés ?

En Allemagne à Berlin.
Dans un zoo en Australie.
A l'Exposition Coloniale à Paris.
En Suède dans un parc d'attractions.

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Thème : Cannibale de Didier DaeninckxCréer un quiz sur ce livre