ISBN : 2070408833
Éditeur : Gallimard (2000)


Note moyenne : 3.61/5 (sur 82 notes) Ajouter à mes livres
1931, l'Exposition coloniale. Quelques jours avant l'inauguration officielle, empoisonnés ou victimes d'une nourriture inadaptée, tous les crocodiles du marigot meurent d'un coup. Une solution est négociée par les organisateurs afin de remédier à la catastrophe. Le cirq... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par BMR, le 06 août 2007

    BMR
    On connaissait de Didier Daeninckx ses polars engagés et militants.
    Avec Cannibale, le voici dans un registre proche, qui nous donne une petite mais édifiante leçon d'Histoire, à faire figurer dans notre florilège des opuscules minuscules.
    Sobre épisode (une centaine de pages écrites sans fioritures) mais sombre épisode.
    En 1931 (oui, y'a pas de faute de frappe : 1931 et non pas 1831), pour l'Exposition Coloniale qui verra la naissance du zoo de Vincennes et de Babar, une centaine de canaques sont "amenés" de Nouvelle-Calédonie, déguisés en sauvages et parqués à côté des singes.
    Une partie de cette "cargaison humaine" sera même échangée contre une autre curoisité, des crocodiles d'un zoo allemand.
    Didier Daeninckx brode sur cette histoire véridique une petite fable effarante.
    D'une écriture simple, sans développer de thèse politique sentencieuse : juste un oeil ouvert quelques instants sur quelques moments de notre histoire.
    En tissant discrètement, comme en filigrane, un autre épisode, situé lui dans les années 80, pendant "Les Evénements" quand les kanaks agitèrent l'île calédonienne, 50 ans après l'Exposition Coloniale.
    Comme pour mettre tout cela en perspective historique.
    Mais notre lecture effarée de cette affaire de 1931 (oui : 1931, pas 1831) peut éclairer également un autre parallèle historique : quand on voit l'arrogance et le racisme de la bêtise coloniale de cette époque, comment s'étonner que le monde ait basculé dans la barbarie moins de 10 ans plus tard ?
    Edifiant ....
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    Critique de qualité ? (13 votes positifs)
  • Par Aela, le 22 juin 2011

    Aela
    Un récit court et captivant, une histoire inspirée de faits réels et qui nous plonge dans la France des années 1930 , dans le cadre particulier de l'organisation de l'Exposition coloniale.
    Quelques jours avant l'inauguration officielle, les organisateurs se retrouvent à court de crocodiles, ceux qu'ils détenaient étant victimes d'une nourriture peu appropriée. Il faut alors trouver des crocodiles de remplacement, qu'un cirque d'Allemagne veut bien fournir, en échange de.... d'un groupe de Kanak de Nouvelle-Calédonie. Une expédition est donc envoyée outre-mer, des Kanak sont expédiés et certains seront affectés à l'Exposition coloniale et d'autres iront en Allemagne pour servir de monnaie d'échange.
    Sur le mode humoristique, l'auteur évoque un sujet grave, le traitement particulier réservé aux citoyens d'outre-mer et en parallèle nous voyons défiler toute la France des années 30 avec ses représentations particulières, sa mentalité et ses préjugés.
    Un récit qui laisse présager les révoltes futures dans ce coin aux antipodes destiné à devenir la Kanaky. Beaucoup d'humour et de tendresse pour ces personnages pleins de vie et d'authenticité.
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    Critique de qualité ? (9 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par Suny, le 24 juin 2011

    Suny
    Difficile pour moi de critiquer ce livre... Globalement, une lecture rapide, facile, fluide.
    Un brin ennuyeuse tout de même : l'aventure de Gocéné et de son ami Badimoin aurait pu être racontée avec un petit peu plus de cœur. Un peu plus d'humour, de cynisme, de colère ou de je ne sais quoi, mais un peu plus, quoi...
    En tant qu'ex-étudiante en anthropologie, le mythe du "bon sauvage", le colonialisme, les Expositions, la bêtise des Blancs qui se croyaient si évolués et si savants, sont des sujets qui m'ont toujours interpellée, intriguée, un peu révolté. Ici, je trouve que Daeninckx dépeint cette période, cette mentalité avec brio mais tout en finesse, sans porter de jugement, à travers le regard de ce Cannibale sauvage qui en a pourtant bien plus dans la cervelle que ces pauvres idiots qui le considèrent comme une attraction amusante et vaguement effrayante.
    Au final, hormis une certaine platitude du récit, je trouve que Daeninckx nous livre là une critique toute en subtilité de la mentalité française de l'époque. Je suis d'ailleurs surprise, après coup, de ne jamais avoir entendu parler de ce livre pendant mes études. Tout étudiant en anthropologie devrait y jeter un œil!
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    Critique de qualité ? (8 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par lehane-fan, le 22 mai 2011

    lehane-fan
    Conte de la betise ordinaire...
    Gocéné a 75 ans , il est est kanak ( terme officiel depuis 1998 ) . La Nouvelle-Calédonie est alors en proie à de nombreux conflits .
    Accompagné de son ami Caroz , il se voit interdire l'acces d'un chemin de montagne par deux manifestants s'étonnant de la couleur de peau de son compagnon de route . Il décide donc de leur narrer un évènement marquant de son histoire...
    Singes , polygames , Cannibales : tels furent , entre autre , les termes employés à l'encontre de cette centaine d'iliens Kanaks déracinés et exhibés à Paris , en 1931 , lors de l'exposition coloniale . Gocéné en fait partie , Minoé , sa promise , également . Cette derniere integrera les trente choisis arbitrairement pour travailler dans un cirque Allemand , en échange de sauriens teutons expédiés en france afin de pallier le déces de leurs congéneres ! Gocéné , aidé en cela de son indefectible ami et cousin Badimoin , n'a desormais plus qu'un seul but dans la vie : la retrouver !
    C'est des lors le début de leurs pérégrinations parisiennes , de leurs decouvertes d'us et de coutumes totalement inconnus chez eux ( métro , périphérique , racisme...) .
    Au-dela de cette quete amoureuse , cette nouvelle est un veritable pamphlet anti-colonialiste militant pour la difference et l'acceptation de l'autre !
    Ces Kanaks ne sont nullement là a titre d'information mais uniquement pour correspondre à l'image que se font les occidentaux des bons sauvages . Et donc ainsi justifier leur prétendue supériorité sur l'homme de couleur .
    Mais Gocéné et son ami sont loin d'etre stupides . Ils font réellement preuve d'adaptation et d'initiative dans un milieu qui leur est totalement inconnu , prouvant ainsi qu'ils sont loin de correspondre à la mise en scene qui leur est imposée...En effet , leurs femmes sont exposées seins nus alors qu'elles ont pour coutume de garder leurs robes de missionnaire meme pour se baigner !Ils sont parqués comme des betes sauvages entre la fosse aux lions et le marigot des crocodiles ! On leur impose de pousser des grognements ! Ils sont exhibés dans le froid , sans autre vétement qu'un bout de manou autour des hanches ! Ils sont présentés comme polygames alors qu'ils sont de fervents catholiques !...Décalage énorme entre le mythe et la réalité...
    Cannibale est un récit tragique ou l'amour cotoie les pires méfaits de la colonisation ! A lire et à méditer...
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    • Livres 3.00/5
    Par Alcapone, le 15 octobre 2010

    Alcapone
    De nos jours en Nouvelle Calédonie. Deux vieillards en jeep sont arrêtés par deux jeunes gens qui leur barrent la route. Alors que le vieillard noir demande à son ami blanc de repartir, son âge respectable force les jeunes à baisser les armes. Autour d'un thé, les jeunes apprennent alors avec surprise que le vieillard blanc n'est pas l'ennemi qu'ils croient. Que s'est-il passé en 1931 à Paris pendant l'exposition coloniale? C'est ce que vont découvrir Kali et Whatiock en écoutant l'histoire de Gocéné...
    Inspiré de faits réels, ce roman de Didier Daeninckx relate un épisode peu glorieux de l'histoire coloniale française des années 1930. De cette France qui se divertit du spectacle bidon offert par des kanak abusés, on a gardé peu de souvenirs. Ce récit ressucite les traitements honteux infligés aux kanak lors de l'exposition coloniale. Réduits au rang d'animaux, ils ont été au prix de mensonges scandaleux, exposés dans des cages où pour distraire les visiteurs, ils mimaient des sauvages... On pouvait même lire sur la pancarte "cannibales anthropophages". Pourtant l'histoire nous prouve que les sauvages contrairement aux gens civilisés, tiennent leur promesses. Celle de Gocémé était de garder un oeil constant sur Minoé, sa promise. C'est donc au mépris de tout danger que ce dernier, accompagné de son cousin Badimoin, part à la recherche de sa bien-aimée qui a été envoyée au cirque de Francfort pour remplacer les crocodiles...
    Sorte de conte philosophique, ce roman n'est pas dénué d'humour, ni de dérision. Tenant à peine sur une centaine de pages, cette mésaventure de Gocémé et des membres de son village laisse une trace indélébile dans l'histoire des kanak. Comme l'annonce la quatrième de couverture, ce récit met "en perspective les révoltes qui devaient avoir lieu un demi siècle plus tard en Nouvelle-Calédonie". Court et facile à lire, cannibales saura émouvoir les lecteurs curieux de ce triste passé qui marque l'ère colonialiste française...

    Lien : http://livresacentalheure-alcapone.blogspot.com/2010/10/cannibale-di..
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Citations et extraits

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  • Par mgeffroy, le 07 mars 2008

    Nous avons longé la Seine, en camion, et on nous a parqués derrière des grilles, dans un village kanak reconstitué au milieu du zoo de Vincennes, entre la fosse aux lions et le marigot des crocodiles. Leurs cris, leurs bruits nous terrifiaient. [...] Au cours des jours qui ont suivi, des hommes sont venus nous dresser, comme si nous étions des animaux sauvages. Il fallait faire du feu dans des huttes mal conçues dont le toit laissait passer l'eau qui ne cessait de tomber. Nous devions creuser d'énormes troncs d'arbres, plus durs que la pierre, pour construire des pirogues tandis que les femmes étaient obligés de danser le pilou-pilou à heures fixes. [...] J'étais l'un des seuls à savoir déchiffrer quelques mots que le pasteur m'avait appris, mais je ne comprenais pas la signification du deuxième mot écrit sur la pancarte fichée au milieu de la pelouse, devant notre enclos : Hommes anthropophages de Nouvelle-Calédonie.
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  • Par Couperine, le 19 décembre 2011

    - Tu vas te taire, à la fin ! Si tu n'essaies pas de t'échapper, si tu ne hurles pas, on ne te fera pas de mal... on veut seulement parler avec toi. Tu vas venir avec nous sans faire d'histoires...
    Il a marmonné contre ma main, en roulant des yeux et en relevant ses sourcils. Badimoin a assuré sa prise puis il l'a obligé à escalader le monticule. Nous nous sommes arrêtés à l'autre extrémité du relief qui formait une sorte de terrasse naturelle au-dessus du marigot. On entendait distinctement les clapotements, les respirations inquiétantes, les claquements de mâchoires des sauriens affamés. J'ai fait glisser ma main, libérant ses lèvres.
    - Qu'est-ce que vous me voulez tous les deux ? Vous vous croyez dans votre jungle !
    Badimoin, qui lui interdisait tout mouvement s'est penché à son oreille.
    - Si ça n'avait tenu qu'à nous, on y serait restés...
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  • Par annie, le 14 avril 2009

    - "Tous les enfants de la tribu m'entourent et me demandent comment c'était la France, Paris. Je leur invente un conte, je leur dis que c'est le pays de merveilles. Mais très tard, je raconte pour les Anciens. Je leur explique qu'on nous obligeait à danser nus, hommes et femmes; que nous avions pas le droit de parler entre nous, seulement de grogner comme des bêtes, pour provoquer les rires des gens, derrière la grille; qu'on insultait le nom légué par nos ancêtres." (p. 47)
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  • Par annie, le 14 avril 2009

    - "Tu vois, on fait des progrès : pour lui nous ne sommes pas des cannibales mais seulement des chimpanzés. Je suis sûr que quand nous serons là-bas, nous serons redevenus des hommes." (p. 41)
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  • Par canel, le 01 octobre 2011

    (...) nous sommes restés dans le froid, sans vêtements, avec juste un bout de manou autour des hanches. On nous a mis derrière des grilles, comme des bêtes sauvages, entre la fosse aux lions et le marigot des crocodiles... Tout le monde nous présente comme des cannibales, les enfants nous jettent des cacahuètes, on prétend que nous vivons avec plusieurs femmes alors que nous sommes tous de fervents catholiques... (...) nos compagnes étaient obligées d'exhiber leurs seins, alors que chez nous elles gardent leur robe missionnaire même pour se baigner dans la mer. Les gardiens nous frappent si nous oublions de pousser des cris d'animaux féroces devant les visiteurs ! Ce qu'on nous donne à manger, nos chiens s'en détournent... (p. 83-84)
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Visite guidée : ?Le Peuple de Paris au XIXe siècle? avec l'écrivain Didier Daeninckx .
Dédiée à la pauvreté et aux peurs qu'elle suscite, l'exposition ?Le Peuple de Paris au XIXe siècle? du musée Carnavalet fait écho à des questions toujours d'actualité aujourd'hui. Plongée dans les bas fonds parisiens avec un spécialiste, l'écrivain Didier Daeninckx.Interview : Lorraine Rossignol, réalisation : Pierrick Allain








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