ISBN : 2715231601
Éditeur : Mercure de France (2011)


Note moyenne : 3.86/5 (sur 7 notes) Ajouter à mes livres
Deux hommes s’affrontent quelque part dans la jungle africaine. Laurent Kala, le Blanc, pris de folie furieuse, est sur le point de tuer Mamad, son domestique noir... Comment les deux hommes en sont-ils arrivés là ?

Issu d’une famille nombreuse, Mamad n’a... > voir plus
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Critiques et avis(5)

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    • Livres 4.00/5
    Par Elisanne, le 13 janvier 2011

    Elisanne
    Noires blessures
    Louis–Philippe Dalembert éditions Mercure de France.
    Ce livre sort aujourd'hui en librairie, par l'intermédiaire de Babelio je l'ai reçu début de semaine, je l'ai ouvert et je l'ai lu savourant ce récit à la fois grave et plein d'humour, cette écriture vive et alerte, cette histoire de deux hommes l'un noir, Mamad l'autre blanc, Kala cette rencontre sur fond d'Afrique. Impossible de lâcher le récit sans avoir compris comment ces deux hommes en sont arrivés là. Comment la haine, le racisme prend le dessus.
    Deux hommes s'affrontent, le blanc Kala pris de folie furieuse sur le point de tuer Mamad devenu son domestique noir, huis clos sur le rapport bourreau, victime, résonance du parcours de deux enfances, deux trajets, deux souffrances …absence du père.
    La musique très présente, ces voix de l'enfance, celles de la vie, celles de l'enfance de Mamad., lui qui n'a jamais dit papa de sa vie, lui qui avec philosophie se dit
    « sur cette terre on ne fait pas toujours ce qu'on veut, à moins d'être bien né ou d'avoir beaucoup étudié »
    Lui qui chaque jour pour aller à l'école parcourt des kilomètres à pied, l'estomac vide le plus souvent, devant maîtriser les nausées, cacher à ses camarades sa situation précaire. Son combat quotidien. Peut-être une issue, décrocher une bourse, faire des études, trouver un emploi, mettre sa famille à l'abri. Mais même son excellente mémoire lui fera défaut le jour du concours, alors ne lui reste plus que la solution des désespérés fuir son pays vers un avenir meilleur. Mais on ne fait pas toujours ce qu'on veut.
    « Je rêvais bien sûr d'autre chose, on accroche toujours ses rêves plus haut que la réalité… »
    Trait d'union entre les deux hommes…
    « Comme si l'enfance était ce lieu unique qui ne se brouille que pour mieux s'imprégner dans la mémoire, façonner les faits et gestes du présent »
    Mais Laurent Kala entend la voix, « cette voix qu'il entend constamment ces derniers temps, qui s'est hissée jusqu'à son cerveau, en a pris possession, et qui l'entraîne si loin de son enfance, de son histoire, de ses passions, et le pousse à haïr ces gens, tous tant qu'ils sont, où qu'ils soient. A vouloir les étrangler de ses propres mains. Celui-là, il le tient ; celui-là paiera pour les autres. Laurent sent ses poings se durcir en même temps que son cœur. »
    Voir son père pleurer en apprenant la mort de Luther King, Kala se » rappelle avoir demandé en quoi cela le concernait, il n'était ni protestant, ni noir, et puis cela se passait loin de la rue Dalembert (j'ai aimé ce clin d'œil), « pourquoi se chiffonner l'âme et pleurer pour quelque chose d'étranger à soi ? » « Nul homme n'est une île, un tout complet en soi ; chaque homme est un morceau du continent, une part de l'ensemble…La mort de tout homme me diminue, parce que j'appartiens au genre humain. Aussi n‘envoie jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour toi. »
    Perte douloureuse du père lors de la manifestation du lendemain. Kala ne comprit que plus tard la cause de cette mort, ce père qui lui avait fait découvrir la boxe, Miles Davis, ce père qui avait célébré à sa manière la naissance de son fils qui coïncidait avec la sortie du film « ascenseur pour l'échafaud ».
    Temps de l'adolescence, des études, élève brillant, rêves d'ailleurs, d'horizons lointains.
    Temps des cauchemars, de la voix, de la rencontre avec l'Afrique , travail dans une ONG, pages qui retracent le trajet de ce fils d'humaniste, sa transformation , la rencontre avec Mamad en qui il retrouve le portrait vivant de ses cauchemars, portraits de femmes et d'hommes émouvants, parfois drôles,( je pense notamment à ce cauchemar où il se retrouve dans un chaudron découpé en rondelles, avec tout plein de négrillons autour qui attisent le feu tandis que les adultes entament une danse sacrificielle)
    Peut-être enfin la paix, les larmes d'émotion le jour où il s'est entendu dire papa.
    « Tout porte de Noires blessures »Eluard
    Mamad et Laurent Kala en sont la preuve…
    Je ne sais si je vous ai donné envie de lire ce livre, pour moi cela a été des heures pleines où je me suis trouvée dans un monde que j'ai découvert avec la force et la justesse des mots de Louis-Philippe Dalembert.

    http://malcontenta.blog.lemonde.fr/2011/01/13/noires-blessures…/
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    • Livres 5.00/5
    Par Liss, le 02 février 2011

    Liss
    Un roman qui vous prend en otage dès les premières lignes, voilà ce que recherchent les lecteurs qui ne demandent qu'à être captifs des serres d'un auteur, le temps d'une lecture.
    Noires blessures met en scène deux personnes qui sont en quelque sorte sur un ring : un Noir, Mamad White, et un Blanc, Laurent Kala. On remarque d'emblée la curiosité des noms qui sont comme inversés. le Noir porte le nom de ‘‘Blanc'' et le Blanc un nom tout africain, à l'instar du héros de L'Impasse, de Daniel Biyaoula. En langue congolaise, ce nom signifie précisément ‘‘charbon'', c'est-à-dire ‘‘noir''. L'un a tenté, au prix de sacrifices de tous les siens, de gagner l' Eldorado européen, comme Soleiman et Boubakar, personnages du roman de Laurent Gaudé, car il faut sortir la famille de la misère. Il a failli y laisser sa vie. L'autre a fait aboutir sans trop de peine le projet de quitter sa France natale pour s'installer sur les terres de « ces gens », les Noirs. Cette France qui ne représente plus que ‘‘grisaille'' et que ‘‘stress'' depuis la disparition de son père.
    L'un est l'employé de l'autre, son homme à tout faire. Ligoté à une chaise, il est sonné de coups, il est pour ainsi dire ‘‘K.O.'', ce qui n'empêche pas l'autre, amateur de boxe, de continuer à cogner, libérant ainsi toutes ses frustrations, toutes ses peurs, déversant sur ce Noir toute la rage contenue depuis des années. Il veut lui infliger toutes les humiliations, et voici la pire d'entre elles :
    Les premiers rayons du soleil éclairent la pièce d'une douce lumière. du plat du pied, le Blanc le renverse sur le flanc, tout en sortant son sexe de son pyjama. Mamad a juste le réflexe de fermer les yeux et la bouche. Il sent le liquide chaud et salé gicler sur son visage, un jet continu qui ravive ses blessures à vif. le Blanc aurait bu le fleuve entier qu'il n'aurait pas uriné autant. Une fois son sexe égoutté et rangé, le Blanc empoigne Mamad, le rétablit péniblement en position assise, et le coince dans un angle de la pièce qu'il prend soin de bloquer avec un canapé.
    (Noires blessures, p. 103)
    A ce moment de la lecture, le lecteur est un bloc d'indignation, surtout lorsque, quelques minutes seulement après son forfait, le Blanc est « ému aux larmes » à cause du chant des oiseaux dans la forêt qui semble faire écho au chœur de gospel qui s'échappe de son lecteur de disque. Quel est donc cet homme qui se montre d'une inhumanité révoltante et qui, dans le même temps, se laisse émouvoir par la nature autour de lui ? C'est alors que Laurent Kala se met à se raconter.
    Le roman est donc composé de deux parties, séparées d'intermèdes pris en charge par un narrateur externe, où chacun des personnages déroule le fil de sa vie : son enfance, ses frustrations, ses échecs, ses espoirs, ses motivations. Blessures d'un peuple. Blessures de l'enfance qui, bien souvent, expliquent les dérèglements de l'adulte. Très bon roman. Tout y pèse son poids : le dit, le ton, la construction. Il mêle également, en un tout harmonieux : histoire, musique et sport.
    Très belle découverte de cet auteur, que je ne connaissais que de nom, et de la littérature haïtienne avec laquelle je n'avais flirté jusque-là qu'au travers de quelques œuvres de Dany Laferrière.
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    • Livres 3.00/5
    Par carre, le 29 mars 2012

    carre
    Laurent Kala, le Blanc, va tuer Mamad, son domestique noir, dans ce huis clos tendu et angoissant, Dalembert reviens sur les raisons de ce drame qui se joue. Noires blessures est un roman sur le racisme, sur les dégats du colonianisme, sur la folie d'un homme qui perd tout humanité. Sous la plume dense mais aussi drôle par instant, l'haitien Louis-Philippe Dalembert réussi un roman qui nous interroge sur nos propres démons, mais surtout réussit à insinuer le doute, chacun des deux hommes ayant eu leur lot de malheurs. Même si rien n'excuse la moindre violence. Dérangeant. Et si l'on prenais le temps de connaitre l'autre avant de le juger ?
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    • Livres 4.00/5
    Par zarline, le 17 février 2011

    zarline
    Louis-Philippe Dalembert réussit l'exploit, en tant qu'auteur haïtien, de se mettre à la fois dans la peau de Mamad, Africain fier mais désoeuvré, candidat à l'exil avant de se retrouver boy d'expatriés; et de Laurent, Français, dont la haine du Noir n'a d'égal que l'indifférence éprouvée pour son pays d'origine et les soirées mondaines des expatriés. Deux personnages totalement opposés donc mais dont la psychologie et les aspirations sont parfaitement décrites par l'auteur.
    Noires blessures est un récit très fort, sur la folie et le mal-être d'un homme, confronté à ses cauchemards à travers son boy. Un récit d'incompréhension également, entre deux hommes qui partagent pourtant la perte d'un père et le désir d'ailleurs. C'est un livre qui m'a vraiment interpellée et je pense que tout lecteur y trouvera une référence à ses espoirs et ses déceptions, faisant ainsi de Noires blessures un livre au décor africain mais à la portée universelle.
    En plus de l'excellent portrait de deux hommes avec pour toile de fond un huis clos oppressant, j'ai découvert la plume forte agréable de Louis-Philippe Dalembert. Au final, une vraie bonne surprise qui pousse à réflechir.

    Lien : http://unmomentpourlire.blogspot.com/2011/02/noires-blessures-de-lou..
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    • Livres 4.00/5
    Par wakinasimba, le 23 janvier 2012

    wakinasimba
    Le roman s'ouvre sur un homme Noir ligoté à une chaise et un homme Blanc qui le frappe.
    Puis, nous est raconté l'enfance de Mamad, l'homme noir sur la chaise, qui avait une très bonne mémoire, mais cela n'a pas suffit à lui faire faire des études, ni à tenter la clandestinité en Europe. Il se retrouve donc homme à tout faire chez un blanc.
    Ensuite, c'est l'enfance de Laurent, le Blanc, qui nous est conté. Un père mort trop tôt qui lui a appris à aimer le jazz et la boxe et qui, à l'insu de son plein gré, lui a fait aimer l'Afrique.
    Mais l'homme Blanc entend des voix dans sa tête, et un jour, il perd les pédales.
    Un roman au ton sec, aux situations décrites sans fioritures.
    Pourtant, à l'image de l'Afrique, ce roman est envoûtant, avec un petit goût de "reviens-y" car jamais larmoyant sur les malheurs de ce continent.
    J'ai appris plein de choses sur l'éducation en Afrique, ainsi que sur les ONG qui oeuvrent là-bas ; l'auteur n'a pas la langue dans sa poche, mais tout cela est si bien coulé dans la narration.
    Un roman court mais fort sur une situations Internationale explosive.
    L'image que je retiendrai :
    Celle de Mamad, tentant de se rendre en Europe et dont le convoi est stoppé net en pleine nuit par une bande de pilleurs qui font un carton sur les passagers.

    Lien : http://motamots.canalblog.com/archives/2011/12/12/21898590.html
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Citations et extraits

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  • Par gteisseire2, le 09 décembre 2010

    Mamad tente d’ouvrir les yeux, mais il n’y parvient pas. Ses paupières, gorgées de sel et de sang, refusent d’obéir à son cerveau. Autour de lui, les objets continuent de flotter dans le brouillard. Un goût d’hémoglobine traîne sur ses lèvres sèches et bouffies. En face de Mamad, le Blanc est méconnaissable. Il a les yeux injectés de sang. Une épaisse écume blanchâtre auréole les commissures de ses lèvres. Les veines de son cou tendues à se rompre. De grosses gouttes de sueur perlent sur son front, qu’il essuie du revers de sa manche retroussée, entre une calotte et une autre. Mamad n’a plus la force de crier. Du regard, il implore pitié. Mais le Blanc cogne, tel un forcené, tout en crachant ses injures.
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  • Par Elisanne, le 13 janvier 2011

    cette voix qu’il entend constamment ces derniers temps, qui s’est hissée jusqu’à son cerveau, en a pris possession, et qui l’entraîne si loin de son enfance, de son histoire, de ses passions, et le pousse à haïr ces gens, tous tant qu’ils sont, où qu’ils soient. A vouloir les étrangler de ses propres mains. Celui-là, il le tient ; celui-là paiera pour les autres. Laurent sent ses poings se durcir en même temps que son cœur.
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  • Par Elisanne, le 13 janvier 2011

    Nul homme n’est une île, un tout complet en soi ; chaque homme est un morceau du continent, une part de l’ensemble…La mort de tout homme me diminue, parce que j’appartiens au genre humain. Aussi n‘envoie jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour toi.
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  • Par vchamp2010, le 12 janvier 2011

    http://culturebox.france3.fr/all/31642/louis-philippe-dalembert-ecrivain-haitien-en-residence-a-berlin#/all/31642/louis-philippe-dalembert-ecrivain-haitien-en-residence-a-berlin
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  • Par Elisanne, le 13 janvier 2011

    pourquoi se chiffonner l’âme et pleurer pour quelque chose d’étranger à soi ? » « Nul homme n’est une île, un tout complet en soi ; chaque homme est un morceau du continent, une part de l’ensemble…La mort de tout homme me diminue, parce que j’appartiens au genre humain. Aussi n‘envoie jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour toi.
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