De 1880 à 1930, ces souvenirs du grand artificier de L'Action française couvre un demi-siècle de vie artistique et politique : du naturalisme et de la décadence fin de siècle à l'entre-deux-guerres, avec un détour sur les ro... > voir plus
J'étais élevé dans les respect, ou mieux dans la vénération de Hugo. Tous deux poètes, tous deux romantiques, tous deux républicains à la façon de 48, mes grands-parents maternels savaient par coeur les Châtiments, la Légende des siècles, les Misérables. Ils eussent mis à la porte quiconque se serait permis la moindre appréciation ironique sur l'Histoire d'un crime. Mon père et ma mère étaient dans les mêmes sentiments. La première fois qu'ils me conduisirent aux pieds du vieux maître, dans son petit hôtel moisi de la rue d'Eylau, attenant à un triste jardinet, je considérai avec une véritable émotion cet oracle trapu, aux yeux bleus, à la barbe blanche. Il articula distinctement ces mots : " La terrre m'appelle", qui me parurent avoir une grande portée, un sens mystérieux. Il ajouta, en me mettant sur le front une main douce et belle, ornée d'une bague que je vois encore et qui me rappela ma Confirmation : " Il faut travailler et aimer tous ceux qui travaillent." p. 24