Les Trente Glorieuses dessinées par Davodeau à travers le récit de vie d'hommes et de femmes issus de milieux modestes, qui sont nés et ont grandi dans les Mauges, région rurale et catholique dont est aussi originaire
Julien Gracq (l'auteur le cite d'ailleurs au début). Des années 50 à l'arrivée de la gauche au pouvoir, il nous retrace les parcours de vie de Marie Jo, Maurice et des autres " enfants du village de Botz ".
On comprend dans ces circonstances l'importance qu'a pu avoir la J.O.C. incarnée par des prêtres ouvriers très en phase avec la jeunesse de l'époque dans leurs vies qui étaient avant tout des vies de travail. On découvre des initiatives très émouvantes comme le journal " la voix des copains " créés par les jeunes du village pour envoyer des nouvelles fraîches aux appelés partis en Algérie. C'est tout un pan de l'histoire de la France rurale de la deuxième moitié du XXème siécle qui nous est conté : une B.D. qui par son aspect très documentaire et pédagogique devrait être étudiée à l'école.
J'aime beaucoup son dessin en noir et blanc, la rondeur de certains personnages, on sent beaucoup d'humanisme, et même de tendresse et d'affection pour les gens qu'il dessine D'autre part, le fait qu'il se met en scène, se dessinant lui-même en train d'écouter les gens, de leur poser des questions, de dessiner rajoute du relief à ses destins de gens simples. Page 94, vers la moitié de la B.D, on comprend que Marie-Jo et Maurice sont les propres parents de l'auteur. C'est un très bel hommage qu'il leur rend, à eux et à leurs compagnons de lutte, d'autant plus beau qu'il évite l'angélisme en les mettant aussi face à leurs contradictions (l'inscrire dans un lycée catholique privé alors que cela allait contre leurs convictions par exemple).