ISBN : 2754800107
Éditeur : Futuropolis (2006)


Note moyenne : 4.3/5 (sur 54 notes) Ajouter à mes livres
Les faits avant tout
1950, la guerre est finie depuis cinq ans. De Brest il ne subsiste plus rien. Des bombardements massifs et des combats acharnés de presque un mois ont anéanti la ville, son port, son arsenal. Brest est un désert.
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par lehane-fan, le 18 novembre 2011

    lehane-fan
    17 avril 1950 . Nouveau jour de greve à Brest . Nouveau défilé réprimé, cette fois-ci , dans la violence et dans le sang . Les armes ont parlé coté policier . Les hommes sont tombés rue Kerabecam . L'un d'entre eux est mort . Edouard MAZE , jeune ouvrier du batiment et militant CGT , est abattu par les forces de l'ordre d'une balle en pleine tete .
    C'est dans un Brest meurtri , au climat politique et social tres tendu , que l'histoire prend sa source . La grande guerre a littéralement défiguré cette grande ville naguere portuaire . Tout est à reconstruire . 1950 . Les ouvriers , sous-payés , entassés dans des baraquements inconfortables et insalubres , votent alors la greve générale . Viennent s'y greffer les dockers , pour des raisons similaires . Ces derniers refusant désormais d'affreter les navires en materiel de guerre afin d'aller alimenter un conflit qui fait rage en Indochine .
    Un homme est mort , c'est également l'histoire d'un film , tourné sous le manteau , au pouvoir aussi transcendant sur les grévistes qu'ephemere dans son existence . René VAUTIER , cinéaste engagé ayant tourné en Afrique Coloniale, en Irlande , et alors recherché pour attitude subversive , sera en charge de décrire , avec la justesse qui le caractérise , les évenements tragiques et leurs conséquences dans un Brest d'apocalypse . C'est affublé de P'tit ZEF et de Désiré , sortes d'auguste et de clown blanc , qu'il s'en affranchira brillamment pour devenir le témoin priviligié d'une ville exsangue , d'une époque . Son arme : une vieille caméra au son récalcitrant .
    Un récit véridique superbement décrit et maitrisé de bout en bout . L'empathie gagne immanquablement pour une cause qui sonne juste . L'on suit , pas à pas , les pérégrinations de nos trois " héros " et leurs difficultés à tourner un film , le monter , le diffuser subrepticement , nuit apres nuit , aupres des grevistes faisant le piquet afin de les galvaniser et les conforter dans leur combat . Un récit tour à tour touchant , dur , poignant mais comportant de réelles envolées lyriques . Les images , auxquelles l'on a accolé le texte d'Eluard , se confondent en un veritable moment de grace . L'humour n'est pas exempt . P'tit ZEF , sorte de titi Breton , n'a pas son pareil pour nous faire passer de l'émotion au rire .
    Mais une histoire , aussi puissante soit-elle , ne tiendrait pas la route sans un coup de crayon et un encrage raccords . Là encore , c'est tout bon . Des dessins qui , sans forcément etre léchés , possedent une puissance évocatrice incroyable ! Des mises en page audacieuses rendent ce récit fluide et nerveux tout en instaurant une trame dramatique de tous les instants . Les couleurs pastels assurent le petit coté rétro de la chose . Elles détiennent également le pouvoir de vous inoculer , sans avoir l'air d'y toucher , mélancolie et morosité...
    Les révélations sont nombreuses et accréditent un réel travail de recherche de pres de 4 ans de la part de Davodeau ! L'on apprendra , ainsi , qu'un arrété municipal aurait été voté et antidaté afin d'interdire cette nouvelle manifestation . L'on découvrira l'ingéniosité de l'humain pour diffuser un film en s'adressant au plus grand nombre ...
    A noter , pour la petite histoire , que suite à ces évenements , l'abbé Pierre démissionnera du MRP ( mouvement républicain populaire ) dont il était l'un des députés . Pour couronner le tout , les auteurs se sont également fendus du récit Historique et de la génese de ce bouquin en fin d'album . Complet de chez complet les gars !
    Un homme est mort est une BD qui prouve , si besoin était , que l'on peut allier pédagogie et divertissement avec talent !
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    Critique de qualité ? (8 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par cyberugo, le 24 mai 2012

    cyberugo
    Un homme est mort raconte une tranche de vie, mais une tranche de vie souvent ignorée par L Histoire. C'est le récit de la reconstruction après la seconde Guerre Mondiale, la reconstruction de la ville de Brest qui a subit de très lourds bombardements.
    De nombreux ouvriers travaillent sur les différents chantiers de la ville, mais leurs conditions de vie sont rudes et leur salaire faible. Un mouvement social s'installe mais la répression fait rage.
    Les syndicalistes vont alors faire venir un cinéaste, René Vautier, afin que celui-ci filme cela et en fasse un film qui sera présenté à la population et aux autres syndicalistes.
    Ce récit d'un événement réel sonne comme une histoire humaine forte, en s'appuyant le plus fidèlement possible sur la réalité, mais aussi comme un hommage à ces personnes qui se battent par conviction.
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    • Livres 5.00/5
    Par phire, le 01 février 2012

    phire
    Etienne Davodeau récidive. Mais cette fois l'initiative ne vient pas de lui mais du scénariste Kris, Davodeau, n'ayant rejoint le projet qu'en cours de route. Et si vous lisez le très intéressant dossier de 16 pages à la fin, vous saurez que ce projet ne s'est vraiment pas "imposé" à Kris par hasard.
    Après Rural! et Les mauvaises gens, cette oeuvre nous prouve encore une fois, si besoin était, que la BD est un formidable outil de description du monde dans lequel nous vivons.
    Printemps 1950. René Vautier, cinéaste encarté à la CGT est appelé par ses camarades de Brest. Il débarque, de nuit, clandestinement à Douarnenez. En effet, il est recherché, après avoir tourné "Afrique 50", le premier film anticolonialiste.
    Brest est alors en pleine reconstruction. La situation est tendue, les ouvriers sont en grève pour des augmentations, deux députés (communistes) sont en prison. Une grande manifestation est prévue. Interdite tardivement par le pouvoir, ce qui créer de la confusion. Et là, l'impensable a lieu : les forces régaliennes tirent sur la foule, un homme, Edouard Mazé s'écroule, une balle en plein front.
    Vautier filme les obsèques, les ouvriers sur les chantiers, les docks. Vous apprendrez tout sur sa technique de montage façon Mc Gyver. Comme sa caméra n'est pas sonorisée et que le magnéto qu'on lui a prêté n'est pas autonome, il enregistre "Un homme est mort" d'Eluard en remplaçant le nom d'Auguste Blanqui par celui d'Edouard Mazé.
    Témoignage sur la violence des rapports sociaux de l'époque (la notre est pas mal non plus, mais c'est plus une dictature molle), ce livre est très émouvant. On n'oubliera pas de sitôt le remix d'Eluard par P'tit Zef.
    Lisez le et ne ratez surtout pas le dossier de la fin (éléments historiques, témoignages, photos, making of ....).
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    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
  • Par Yaneck, le 03 mai 2011

    Yaneck
    Pour certains, la bande dessinée, c'est un truc de gosse. Pour beaucoup, la BD est un loisir divertissant.
    Aujourd'hui, je vais vous parler d'une bande dessinée qui dépasse largement tout cela. Je vais vous parler d'un album qui prend place dans le devoir de mémoire.
    Expression grandiloquente, impressionnante, je vous le concède bien volontiers. Par ailleurs, de quelle mémoire suis-je en train de parler ? Il n'y a pas qu'une seule mémoire, et en ce jour, je m'adresse à la mémoire du peuple de gauche. Et oui, pas moins. Ceci dit, vous aviez sans doute deviné, avec cette introduction, que je faisais dans le solennel. A raison, car cet album mérite cette mise en avant.

    Ainsi donc, peuple de gauche, voilà ce dont je veux que tu te souviennes. Et que Kris et Davodeau ont mis en avant.
    Souviens-toi du début des années 50, à Brest, peut-être n'étais-tu pas né. Souviens-toi de cette grande période de reconstruction qui saisit toute la France, et à plus forte raison les cités du mur de l'Atlantique. Que nous reste-t-il, d'ailleurs, de cette période ? de quoi te souviens-tu ? de peu de choses, sans doute, le temps faisant son travail d'oubli.
    Nos deux auteurs souhaitent donc te voir garder cette histoire en mémoire, peuple de gauche. Cette petite histoire, dans la Grande Histoire.
    Oui, vous sentez que je tourne autour du pot, mais je vous rassure, je viens au fait.

    L'histoire qui nous est contée, c'est celle des grèves du printemps 1950 à Brest. Dockers, ouvriers du bâtiment, de l'arsenal, se mirent en grève pour obtenir de meilleurs salaires. le Maire MRP de la ville interdisait la plupart des manifestations, se basant sur une législation vichyssoise. Plusieurs députés PCF furent arrêtés, pour cause de supposés troubles à l'ordre public. le 17 avril 1950, une nouvelle manifestation devait avoir lieu, mais le maire n'avait pas pris d'arrêté d'interdiction. Quelqu'un le réalisa pourtant, et l'antidata, à la demande d'autorités supérieures.
    Les forces de police furent présentes en nombre face aux manifestants. Et dans un mouvement de foule, un malheur arriva. A la suite d'un ordre donné par un officier, les policiers tirèrent. Plusieurs blessés dans les responsables de la CGT. Et un mort : le jeune Edouard Mazé.

    Arrivé peu après sur la ville à la demande de la CGT, le cinéaste René Vautier devait initialement réaliser un film de formation interne pour le puissant syndicat. Il ira plus loin. Il film bien entendu les grévistes, et les lieux de leurs combats. Les rassemblements liés à la mort de Mazé, aussi. Mais impossible de prendre du son, il n'avait pas le matériel adéquat. Alors une idée lui vient. Utiliser un poème écrit par Paul Eluard, pour la mort du résistant Gabriel Péri, intitulé « Un homme est mort ». Déclamant le poème devant les images, il remplace le nom de Péri par celui de Mazé.
    Le film, émouvant, et son texte lu en direct, font le tour des piquets de grève, créant chez tous les grévistes un sentiment de fierté commun. Mais un jour, Vautier ne peut pas lire le texte. Problème de voix. Tizeph, l'un des militants CGT qui l'accompagne partout à Brest, prend se place, et déclame le texte. A sa façon.
    Eluard aura la chance d'écouter ce texte, enregistré une unique fois. Il en sortira avec une émotion immense, celle de découvrir l'un de ses textes « digéré » par le peuple.

    Voilà de quoi parle « Un homme est mort » de Kris et Davodeau.
    C'est une ode. Une ode à la lutte. Se battre pour en quoi l'on croit. C'est au peuple de prendre son destin en main, de travailler à améliorer son sort. A lui de se regrouper, de se former, pour peser sur notre société.

    Un tel album rappelle en quoi être marxiste est une fierté.

    Lien : http://www.chroniquesdelinvisible.com/article-15940507.html
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    • Livres 4.00/5
    Par MonsieurO, le 12 novembre 2010

    MonsieurO
    « Un homme est mort » et douze autres gravement blessés le 17 avril 1950 rue Kérabecam, à Brest. L'ordre en a été donné : pour disperser la foule, restaurer l'ordre, ou peut-être « jouir d'une défaite communiste ». La raison importe peu. Aujourd'hui comme hier, l'histoire des mouvements ouvriers et contestataires s'écrit à l'encre de la misère, de l'injustice, et parfois même du sang.
    Edouard Mazé est mort, et dès le lendemain, plusieurs dizaines de milliers de personnes se rassemblent à Brest pour honorer sa mémoire, sous l'œil attentif de René Vautier, « cinéaste franc-tireur ». Des images prises sur le vif, il compose un film de douze minutes appelé à fédérer la grogne ouvrière. La bande son s'improvise au montage. On retient le poème d'Eluard qui donne son nom au film. Et puis la machine se lance, et de piquets de grève en cinéma de quartier improvisés, René, Désiré et Ti'Zef, diffusent leur film. L'exemplaire unique de la bande disparaît avec la 150ème diffusion, et avec elle, la mémoire des grandes grèves et des militants qui l'ont vécu…
    « Un homme est mort », le nouvel album de Kris et Etienne Davodeau (éditions Futuropolis), comble ce vide. En cela, il est bien plus un livre de mémoire qu'un livre d'histoire. Au-delà de l'évènement, Kris avance sur les traces d'une histoire beaucoup plus personnelle, celle d'un grand-père lui aussi militant. Et puis il y a Etienne Davodeau qui poursuit lui le travail entamé avec Les Mauvaises Gens, avec toujours cette même capacité qu'on les gens de cœur à se pencher sur les petites gens, les oubliés, à la manière d'Howard Zinn dont la citation au début de l'ouvrage est un symbole à plus d'un titre.
    "Une histoire qui se veut créative et souhaite envisager un futur possible sans pour autant trahir le passé devrait, selon moi, ouvrir de nouvelles possibilités en exhumant ces épisodes du passé laissés dans l'ombre et au cours desquels, même si ce fut trop brièvement, les individus ont su faire preuve de leur capacité à résister, à s'unir et parfois même à l'emporter. Je suppose, ou j'espère, que notre avenir sera plus à l'image de ces brefs moments de solidarité qu'à celle des guerres interminables."
    Howard Zinn, Une histoire populaire des Etats-Unis
    « Un homme est mort » est un livre de cœur plus instinctif peut-être que ne pouvait l'être Les Mauvaises Gens en dépit de ses longues années de gestation. le récit dessiné à la force de l'instant. le dossier historique, celle de la cohérence. le témoignage des auteurs, celui de l'engagement. A l'heure où Nicolas Sarkozy nous apprend que « l'homme n'est pas une marchandise comme les autres », l'humanité, le cœur, la justice restent des valeurs à défendre. Il est bon qu'un livre nous en rappelle le souvenir.
    A noter que les premières pages de l'album sont disponibles sur le site de l'éditeur, ainsi que l'intégralité du dossier proposé à la fin de l'ouvrage.

    Lien : http://monsieur-o.fr/2006/11/12/un-homme-est-mort/
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Critiques presse (1)


  • Lecturejeune , le 01 mars 2007
    Lecture jeune, n°121 - « Heu… y’a un homme qui est mort… Edouard Mazé qu’il s’appelait… » En 1950 à Brest, les ouvriers employés à la reconstruction de la ville se mettent en grève. Lors des manifestations, les affrontements avec la police sont violents. Les blessés sont nombreux et le 17 avril, le jeune Edouard Mazé est tué. René Vautier, cinéaste engagé, est contacté par les grévistes. Assisté de Désiré et Ti Zef, il filme les événements qui agitent la ville. Chaque nuit, le film réalisé est projeté sur les chantiers en grève et le poème d’Eluard, Un homme est mort, lu à l’assemblée. Le documentaire de René Vautier n’a pas résisté à ses multiples projections, c’est la raison pour laquelle est né le projet de cette bande dessinée. Kris, son instigateur, mène une importante recherche documentaire dès 2003. Il rencontre des témoins, repère les lieux… Puis il s’agit d’écrire les parties « manquantes ». Le résultat est une réussite. On est happé par le récit et en complète empathie avec les personnages. On ressent également la sincérité et l’envie des auteurs de servir cette histoire-là. Ils livrent un récit éminemment politique et tout simplement bouleversant. La bande dessinée est suivi d’un dossier documentaire très complet qui éclaire utilement le propos des auteurs. Ndlr Hélène Sagnet

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Citations et extraits

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  • Par lehane-fan, le 17 novembre 2011

    Au rendez-vous allemand

    Un homme est mort qui n'avait pour defense
    Que ses bras ouverts à la vie
    Un homme est mort qui n'avait d'autre route
    Que celle ou l'on hait les fusils
    Un homme est mort qui continue la lutte
    Contre la mort contre l'oubli

    Car tout ce qu'il voulait
    Nous le voulions aussi
    Nous le voulons aujourd'hui
    Que le bonheur soit la lumiere
    Au fond des yeux au fond du coeur
    Et la justice sur la terre

    Il y a des mots qui font vivre
    Et ce sont des mots innocents
    Le mot chaleur le mot confiance
    Amour justice et le mot liberté
    Le mot enfant et le mot gentillesse
    Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits
    Le mot courage et le mot découvrir
    Et le mot frere et le mot camarade
    Et certains noms de pays de villages
    Et certains noms de femmes et d'amis
    Ajoutons-y Péri
    Péri est mort pour ce qui nous fait vivre
    Tutoyons-le sa poitrine est trouée
    Mais grace à lui nous nous connaissons mieux
    Tutoyons-nous son espoir est vivant .

    Paul Eluard
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  • Par zevince, le 06 mai 2012

    C'est curieux quand y'a un type qui part : d'un côté, ça fout une tristesse terrible, et de l'autre, ça rend ses camarades plus unis et plus forts... c'est une connerie la mort.
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Interview Etienne Davodeau - Les ignorants - Stand Fnac à Angoulême 2012
Retrouvez Etienne Davodeau sur fnac.com : www4.fnac.com Figure de la BD documentaire et sociale (Rural, Les mauvaises gens), Étienne Davodeau s'initie au travail de la vigne en compagnie d'un vigneron, tout en lui expliquant les arcanes de l'édition et de la bande dessinée. Enregistré le 27 janvier 2012 à Angoulême.








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